Épisode 14 : Le mythe Adam-Eve

Livre ouvert et plume dans une forêt, illustrant “feuilleton relire Adam et Ève” sur le GOTM.fr, lecture ésotérique et initiatique.
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Dans ce nouvel épisode, nous abordons enfin la signification de la kabbale d’Ève telle que la dévoile le Livre de Moyse, loin des clichés de l’épouse soumise et de la côte arrachée. Des versets 20 à 24 du Chapitre III, nous suivons Ève comme force volitive et créatrice, le mystère de l’« habit de peau » réinterprété en corps de défense et en voile initiatique, l’origine celte de l’épée flamboyante, et l’effacement définitif du péché originel. Un épisode où la femme cesse d’être faute pour devenir la mère qui fait naître l’homme à lui-même.


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Chapitre 9 (suite)

Le verset 20 du Chapitre III du Livre de Moyse nous ouvre les portes de la compréhension du schème Eve. Non, nous ne sommes pas dans les délires sexuels de la Genèse habituelle. Non, il n’y a ni inceste, ni consanguinité et les descendants de Eve ne sont pas des dégénérés.

Au contraire, Eve renforce la puissance de la force volitive pour la contracter, la ramasser (l’existence élémentaire), lui donnant ainsi une énergie plus percutante et, concomitamment, plus précise. Ainsi, le passage en acte (manifestation phénoménique) d’un Principe en puissance se réalise.

Avec Eve, le monde manifesté ouvre la voie de la réalisation intellectuelle, puis spirituelle à toute l’Humanité.

Eve, d’essence spirituelle, se rapproche de la matérialité des éléments de la Nature sans jamais être la Nature « naturée » car elle enfante la volonté d’être de chacun d’entre nous, pour devenir des êtres spirituels, c’est-à-dire au-dessus de toutes les contingences de nos limites apparentes, en se débarrassant du quotidien tout en le respectant, en quittant le monde de l’éphémère pour pénétrer celui de l’essentiel.

Ainsi, l’éthique prévaudra à l’existence physique.

Je comprends mieux la notion essentielle de sacrifice dans le parcours initiatique. L’homme, malgré ses défauts, ses limites, ses insuffisances et, quelquefois, sa médiocrité crasse, est capable du meilleur et c’est dans l’épreuve qu’il en est pleinement apte.

Adam et Eve engendrent leurs fruits « âcres-et-desséchés » dans « la-nature-élémentaire », mais ils n’ont aucun rapport avec les réalités organiques. Ce sont des êtres spirituels venant animer ceux de chair et de sang engendrés par la Nature. Ils nous apportent l’éthique de vie : le respect de la Nature et des êtres vivants, l’amour de l’équilibre entre les êtres, homme ou femme… Qu’en avons-nous fait ?

D’autant que la Genèse biblique s’égare, une fois encore, dans le verset 21 en inventant un « habit de peau ». Même si cet habit de peau fera gloser nombre de francs-maçons dans la mesure où il rappellera leur tablier blanc de peau d’agneau, il serait sage de se demander pourquoi faudrait-il en porter un quand ni Eve ni Adam ne possèdent un corps organique ?

En réalité, il s’agit de « corps de défense » pour nous préparer, nous humains, êtres irrévocablement imparfaits, à résister à toutes les agressions naturelles. La Nature nous dote d’anticorps, en quelque sorte !

La frontière étant si fine entre le mortel et l’immortel, il faut remercier la bienveillance de la Nature qui ne nous laisse pas sans défense dans la vie extrêmement dangereuse que nous allons vivre ; nous sommes et serons toujours en sursis, éternel sursis d’ailleurs.

Cet habit de peau est plus proche de la notion de voile qui cache, mais qui également « dévoile », car il n’y a de secret que pour les ignorants.

Tout nous est offert, y compris la préoccupation de la Nature de nous « envelopper avec soin » de cet « habit de peau ». Ainsi, nous ne sommes aucunement l’objet de cette malédiction, maladroite et malheureuse, ni notre descendance d’ailleurs. Le message est pourtant parfaitement limpide ! Mais ce message n’est pas supportable par les intermédiaires de dieu !

Le verset 22 est particulièrement ardu. 

Adam, doté à la fois de la Connaissance et du discernement – les « religieux » diraient des vertus et des vices ou encore du mal et du bien – devra se méfier de lui-même et surtout de cette incroyable capacité à vouloir trop « consommer » et, notamment, à prendre aux autres une quantité d’énergie trop importante et inutile par rapport à son besoin réel.

La Nature lui offre cette quantité d’énergie, mais l’homme cherchera toujours à se servir goulûment de cette « substance élémentaire des vies ». Adam doit en avoir conscience et il faudra apprendre à réguler cette force déséquilibrante. Le fil est si ténu entre le juste et l’erreur !

Ainsi, selon ce niveau de conscience, Adam pourra-t-il devenir inculte, violent, vulgaire, destructeur ou doux, érudit, en un mot initié ?

Adam doit équilibrer le pouvoir de s’alimenter des autres et celui de nourrir les autres. Nous devons apprendre de l’ordre des choses et non croire que nous pouvons le changer !

Le verset 23 ne s’occupe pas plus d’Eve que le précédent verset.

Ici, la séparation entre la sensibilité temporelle de la sphère et la substance adamique immortelle est flagrante afin que l’esprit se dépouille pour monter, s’alléger, se libérer de toutes les lourdeurs de la vie contingente. Ce verset précise, ainsi, que la force vitale polarisée se lie à la forme correspondant à son évolution. Ce verset est essentiel pour ceux qui vivent la création tous les jours au travers des flux d’énergies dans lesquels nous baignons au quotidien.

Alors, Adam se transforme au cours du verset 24 (ou plus exactement, il prépare sa « mutation »). Il passe du principe de l’homme sur le plan universel (mâle et femelle) à celui de la conscience. Tout lui a été expliqué précédemment, maintenant à lui « à faire ses preuves » !

« L’ardeur-dévastatrice tourbillonnant-sans-cesse-sur elle-même » a souvent été assimilée à la célèbre épée flamboyante du Rite Ecossais Ancien Accepté. N’en déplaise aux maçons qui copient un peu rapidement Wikipédia, l’origine de l’épée flamboyante est celte. René Guénon a remarqué que, chez les Celtes, les symboles figurant sur les monnaies ne peuvent s’expliquer que si on les rapporte à des connaissances doctrinales qui étaient propres aux Druides.

Un jour, je suis tombé, par hasard, sur une pièce d’or gauloise (statère) attribuée aux Baïocasses (peuple armoricain) qui montrait un cavalier brandissant un glaive relié par un éclair (l’épée flamboyante) à un maillet projeté en avant de la tête du cheval.

L’épée est, de tout temps, le symbole de la fonction militaire ou du pouvoir royal. Cette épée est d’ordre spirituel, elle est le symbole de l’Ordre initiatique, elle est associée au Feu et au Verbe. Mais, ici dans le verset 24, il ne s’agit pas de cela : l’ardeur est dévastatrice !

Le « Chérubim » contenant la racine « Reisch-Beith » est l’idée de toute multiplication.

Le « Chérubim » est d’origine mésopotamienne et sa traduction est erronée.

Dans la retranscription de Fabre d’Olivet, en hébreu ancien, il est écrit « rubbin ». Ce schème n’a pas grand-chose à voir avec un ange ou tout autre intermédiaire de dieu ; il est le principe de la multiplication, de la diffusion ciblée. C’est un pluriel, ce qui atteste d’une diffusion dans toutes les directions, vers toutes et tous. A chacun d’entre nous d’en capter les enseignements car la force destructrice, si elle est ignée (et c’est bien le cas), est une puissance qui purifie tout en se diffusant. Si le péché originel avait existé, il disparaîtrait à ce moment précis.

Nous pouvons oublier ce faux « mythe », assurément ; nous devons inéluctablement abandonner cette notion perverse de séparabilité qui crée un prisme déformant de la Vérité. Un de mes Frères disait en substance : « Lorsque nous parviendrons à comprendre qu’entre l’infiniment petit et l’infiniment grand il n’y a que des hiérarchies d’une même conscience, alors nous nous approcherons de l’Universelle Vérité, par un retour à l’homogène par une vision transcendée ».

Quittons la béatitude et la croyance pour faire face à la vie, nous aurons à réaliser, souvent, très souvent, dans cette phase de « travail-angoisseux ». Rien ne sera facile, rien ne sera statique, rien ne sera définitif.

De plus, il y a dans ce récit pseudo-historique des éléments qui sont et resteront justes, aussi longtemps que l’Homme se posera la question de sa place dans l’Univers. Alors, l’Homme qui marche vers lui-même et vers sa propre libération, commencera toujours son chemin par une plongée dans un brasier purificateur… Plonger dans la « lumière sombre » de toute immensité cosmique, faite de feu et de cendres, est une promesse de renaissance, de renaissance après régénération (I.N.R.I. diront les catholiques et les Rose-Croix : « Igne Natura Renovatur Integra »).

Les enseignements du Livre de Moyse sont indispensables pour espérer parvenir à la compréhension des puissances de la Création, qui sont aussi ses grandes Lois, et de leurs interactions entre elles.

Accéder à ces enseignements, ce n’est pas s’enrichir sur le plan intellectuel, mais bel et bien sur le plan spirituel.

Recevoir l’intelligence en germe n’est rien si on ne la laboure pas.

Les prodigieuses richesses du Livre de Moyse, les enthousiasmantes épreuves initiatiques, sont offertes à tous ceux qui souhaitent les utiliser avec respect, mais la « Lumière ne s’offre pas aux serviteurs du contingent ».

L’énergie vitale ne peut pas passer d’un coup de baguette magique de la contingence d’être en une forme matérielle plus dense.

Comment imaginer que l’on puisse passer de l’idée d’un bâtiment à l’installation dans l’un de ses appartements sans vivre les difficultés du chantier ? De la même manière, nous ne pouvons recevoir une forme supérieure à l’état de notre conscience pour reconquérir nos formes spirituelles supérieures qu’à partir de celles ayant la plus forte « densification dans l’épais ».

A chaque étape, il nous faudra élargir notre champ de conscience, l’écartement de notre compas. Cet enseignement valide pleinement la démarche initiatique qui ne peut être que graduelle et longue.

Ainsi, la mère Evah est créatrice de l’enfant ; ce ne sont pas les Elohim.

Quand on dit : « les renfermant en puissance contingente d’être dans une autre puissance d’être », cela signifie que l’enfant se forme, renfermé dans le corps de la Mère. Evah n’est jamais prononcé par les Juifs modernes dans leurs synagogues, sauf chez les rabbins kabbalistes qui connaissent la Transmission, la Tradition et lisent toujours le Livre sans point et sans voyelle ; ce qui est le cas d’une infime minorité de rabbins.

Le passage de EVAH à IHEVAH marque la perte des perfections dites divines vers un sens giratoire – sans sortie comme dans le sketch du grandiose Raymond Devos – la calamité, l’existence malheureuse prônée par la religion dont on ne connaît ni l’origine ni malheureusement le terme.

La puissance physique représentée par Elohim (le principe du Vivant) crée la végétation d’où sortira l’enfance humaine par une lente évolution, mais ne crée pas l’homme tout fait, accompli tel qu’il apparaît dans la génération décrite habituellement.

Si elle ne crée pas à proprement parler l’Homme, c’est la mère qui fait l’homme. D’ailleurs, le Chapitre IV commence par : « Cependant, Adam, l’homme universel, connut Hewah, l’existence élémentaire, comme sa faculté volitive efficiente ; et elle conçut, et elle enfanta Kaîn, le fort et le puissant transformateur, celui qui centralise, saisit et assimile à soi ; et elle dit : j’ai formé, selon ma nature, un principe intellectuel de l’essence même, et semblable à IHÔAH. »

Eve n’est pas la femme par rapport à l’homme, c’est bien Adam qui donne à sa réserve d’énergie, source de vie, le nom d’Eve. Elle seule lui permettra d’accomplir sa vocation de maternité : accoucher de lui-même à lui-même après qu’il aura traversé les barrières qui le séparent d’elle, en fin de compte de lui-même. En un mot : passer de l’inconscient au conscient.

Le point clé de cette étrange épreuve réside dans le fait que nos opinions conscientes sur ce que devrait être la vie correspondent rarement à ce qu’elle est en réalité. Nous refusons de reconnaître l’ampleur de cette fièvre pressante, autodestructrice qui est la nature même de la cellule organique. « Adam-Eve » éveille en nous le fait indéniable que tout ce que nous pensons ou faisons est imprégné de l’odeur de la chair, du sang qui coule dans nos veines. Nous avons besoin d’expulser ce sentiment de répulsion alors que la Nature est belle comme une femme qui s’éveille un matin de printemps.

La descendance de Adam et Eve débute alors, et le temps des hommes commence.

Mais, cela est une autre histoire.

Dans le prochain épisode – Chapitre 10, La métamorphose – nous franchirons le seuil que tout être redoute et pourtant désire au plus profond de lui-même. Là nous attend la grande inversion initiatique : la mort n’est pas une fin mais le berceau de la vie, et l’expulsion de l’Éden n’est pas un châtiment mais l’accouchement primordial. Refuser ce passage, c’est refuser de naître. De Khepera, le scarabée du rajeunissement éternel, jusqu’au « je suis » enfin délivré de son « je suis coupable », nous verrons l’homme cesser d’être créature pour devenir partenaire de la Création – l’Homme cosmique qui chemine entre le Qof et le Tsaddé final.
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