
Dans ce treizième épisode, nous abordons Eve sous un angle rarement assumé : non plus la fautive de la Genèse, mais la faculté féminine créatrice elle-même. En reliant Eve, le féminin sacré et la kabbale, nous remontons du schème Hhevah jusqu’à l’androgyne primordial, pour saisir comment ce rôle fondateur fut peu à peu occulté — de l’Âge d’Or matriarcal au Jehovah dénaturé des modernes. Une lecture qui restitue à la Déesse primordiale ce que notre humanité lui a dérobé.
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Chapitre 9 – EVE
« Quand on a le goût faux, c’est une triste qualité que d’être sincère. » Marivaux
Les hommes naissent trop tôt ! Ils sont inachevés, incapables d’affronter la Vie.
Leur seule défense dans les premiers moments d’ouverture de la conscience, face aux dangers divers et nombreux, est la Mère. Elle devient le seul objet d’amour mais, simultanément, le premier objet de tension. L’homme Adam, jusqu’à l’arrivée de Kaïn, sera l’époux et l’enfant de Eve tout en étant celui qui la révélera. Adam et Eve, seraient-ils les deux lobes du même cerveau ?
Eve, en fait, le schème « r’haweh » (Hheith-Waw-Hé : 8.6.5) signifie entre autres : indiquer, montrer, faire savoir. Rien d’étonnant à cela puisque, grâce au « convertisseur » Waw (6), « l’énergie potentielle indécelable », le Hheith (8), devient « cinétique et tangible » avec le Hé (5). En effet, le Hheith (8) est l’archétype du « réservoir de tout ce qui est indifférencié en tant qu’énergie ou substance » (Carlo Suarès). Le Waw (6) est le symbole de la fécondation et joue, quand il est au centre d’un schème, le rôle d’inverseur des temps, rendant éternel le processus décrit par le schème. Le Hé (5) est l’archétype de la vie universelle. Ainsi, de ce réservoir, le mouvement perpétuel permet la diffusion puissante de tous les potentiels du réservoir (ce phénomène est très connu de la physique quantique). Adam, le potentiel universel et permanent, ne pourra se transformer sans Eve.
Autrement dit, le couple Adam-Eve va rendre dynamique et manifeste la localisation de l’indicible Unité Aleph. Bien sûr, le dénominateur commun entre ces notions consiste en une collection infiniment grande de particules infiniment petites. D’où le « genre humain » non encore physique, principiel en quelque sorte. Adam représente le potentiel de l’ensemble de tous les hommes individuels et surtout collectifs, car tous ont quelque chose en commun.
Voici que nous touchons à l’essentiel de ce que je souhaitais vous relater. Je sais que cette thèse sera combattue, vilipendée, que l’on me traitera de fou et d’illuminé. Qu’importe !
A mon sens, l’événement le plus extraordinaire qui se soit produit au cours de l’évolution humaine est le rôle « fondamentaire » dans la constitution de notre civilisation que l’on a volé à Eve.
Ce vol n’est pas le fait d’un homme ou d’une tribu, voire d’une nation. C’est le vol de toute notre humanité.
Comme cela est écrit dans Campus Biblique du 8 juin 2018 – Paracha Shelakh Lekha, Hébron, à la source de l’Alliance : « L’erreur a trop longtemps duré, l’heure est venue de tout dire, et nous sommes assurés d’intéresser, dans tous les cas, le public intelligent qui, sans se mêler aux luttes religieuses, regarde en gourmet les choses qui passent. »
Il était une fois une « déesse », Eve qui, dans une période reculée de notre Histoire, personnifie l’Esprit. Elle sera créatrice de l’univers ; en vérité, elle nous le manifestera !
Elle sera éternellement vierge et éternellement mère.
Elle est tout embrassante, elle nourrit, elle est vie de tout ce qui vit.
Chez les Hindous, en ajoutant à EVA l’article démonstratif D, on fait D-EVA, ou D-EVI. Le H que l’on met devant EVA est aussi, en hébreu, un article HA (la). Plus tard, on ajoutera devant ce nom un I, lettre idéographique, le sexe masculin, qui donnera au nom un caractère symbolisant. On écrira alors IHEVA ou IHAVE, l’hermaphrodite ou l’androgyne primordial.
Souvenez-vous, Adam fut créé mâle et femelle !
Un androgyne est un être humain dont l’apparence ne permet pas de décider à quel sexe il appartient. L’androgyne est le modèle de la coïncidence (au sens kabbalistique du terme) des opposés, réunissant les puissances magiques et religieuses liées à chacun des deux sexes. L’Androgyne représente à la fois le tenant et l’aboutissant de l’être manifesté, soit que les opposés sont fusionnés à l’état potentiel dans l’être non encore manifesté, soit que l’être manifesté a réalisé leur « ré-intégration » et rejoint l’Unité primordiale.
Originellement, l’être se situait au-delà des polarités fusionnées dans l’Unité. Il n’était ni masculin ni féminin et fort éloigné des caractéristiques physiques de l’hermaphrodite. En réalité, il se plaçait hors du plan existentiel, à un niveau proprement spirituel (potentialité sans encore de manifestation).
Sa scission symbolise la polarisation de l’Unité primordiale, à la source de la manifestation de toute chose, une polarisation entre lumière et obscurité, jour et nuit, Ciel et Terre, chaud et froid, feu et eau, yin-yang, ainsi qu’entre toutes les sensations opposées : bonheur et malheur, peur et agressivité, tristesse et colère, doute et croyance, etc.
Dans de nombreuses traditions, l’Unité primordiale est représentée sous l’aspect d’un « œuf cosmique » de forme « sphérique », la moins différenciée de toutes car elle ne privilégie aucune direction émanant du centre. La différenciation de l’Unité primordiale, sous ses aspects manifestés, passe par la dualité associée à la soi-disante « chute », pur concept religieux pour nous séparer de notre être profond. Le Adam originel était androgyne et n’est devenu mâle qu’en donnant « naissance » à Eve.
Lorsde sa manifestation, l’être devient masculin ou féminin et passe par des cycles successifs de mort à un état d’existence et de re-naissance, tant qu’il n’est pas libéré de la dualité du monde manifesté. « La vie est un tout et la vivre pleinement mène à la transcendance », comme on peut le lire dans le Tikiviracocha – Le double sens de l’Androgyne.
Alors, le Ciel rencontre la Terre, les polarités opposées disparaissent et les antagonismes se muent en complémentarité pour se fondre dans l’Unité première.
Le dépassement des oppositions entre doute et croyance s’opère dans la confiance.
Quant au dilemme entre peur et agressivité, il ne se résout que dans le partage. Restaurer l’état premier, tel est l’objet, de toute démarche ésotérique par l’union des contraires. Ptah de l’Égypte pharaonique ne fut-il pas à la fois « père » et « mère » des neters, dont chacun symbolise certains aspects du principe originel ?
De la rencontre de deux courants ne peut résulter qu’un élément neutre non polarisé, produit de l’action combinée de deux principes complémentaires. En conséquence, cette image représente à la fois l’Androgyne primordial et la voie du retour de l’être manifesté dans son état premier non différencié.
Une autre manière de présenter les choses consiste à voir dans les courants descendant et ascendant les principes actif ou sulfureux et passif ou mercurien de la tradition hermétique.
Le Rebis hermétique (de « res bina » ou nature double) est composé d’un corps couronné de deux têtes, l’une masculine, l’autre féminine. La « Table d’Émeraude », corps de la doctrine hermétique, décrit le Rebis comme engendré par le Soleil et la Lune. Plus tard, d’autres feront du Rebis une représentation de Janus.
Renan dit dans « Le peuple d’Israël (T. I, p. 82) » : « Rien n’incline à croire que IHAVE soit originaire d’Egypte ». En Assyrie, au contraire, et en particulier dans les contrées chaldéennes araméisées, le mot IAHOU ou IHAVE semble avoir été employé. La racine paraît écrite à l’aide d’un H doux ou d’un H dur, signifiant, en langue HAVA, l’Être ou le souffle de vie, ou la vie. La mère de vie, la première femme s’appelait HAVA.
Le nom sacré se contractait en Iahou et Io et s’écourtait en Iah, schèmes bien connus des Francs-Maçons Ecossais de Hauts Grades.
Enfin, souvenons-nous que le mot « Devâ ou Devi » (proche du mot dieu) signifiait, au Moyen Âge, la « femme lumière », la « femme esprit ». Comment ne pas faire le rapprochement entre cette HEVA ou, plus exactement, HhEVA et la racine hébraïque essentielle (Waw-Hé) dans la constitution du Tétragramme.
Fabre d’Olivet, dans sa Langue Hébraïque restituée, explique l’origine du nom de la « divinité » des Hébreux, il suffira d’ajouter à HEVA le Yod, la projection du Aleph en existence.
Or, en changeant la prononciation des voyelles (qui n’existaient pas en hébreu de Tradition), on peut rendre un mot méconnaissable. Les voyelles n’avaient aucune utilité dans la mesure où l’hébreu ancien n’induisait pas une prononciation de mots pour faire des phrases. Cependant, il suggérait des idées, des pensées, des concepts, des principes de vie, des mouvements, des processus, en un mot des symboles.
Malheureusement, le travail des Massorètes est passé dans notre civilisation et la tradition hébraïque a quasiment perdu tout sens ésotérique pour tomber dans des commandements et dogmes religieux. Les interdictions pleuvent en remplaçant les compréhensions.
L’homme ne fait plus confiance en l’intelligence de l’Homme.
Fort heureusement, la Tradition fut transmise de la « bouche à la bouche » en secret.
Les religions ont préféré modifier la prononciation de notre « héroïne » : on prononça « HeVaH » au lieu de « Hhevah », ce qui donna le EVA des modernes. Puis, les voyelles changèrent de place et l’on fit HaVeH avant d’y ajouter un Yod pour arriver à IhaVeH qui servit à faire le Jehovah incompréhensible des modernes.
Le terme de Jehovah ne fut introduit dans le langage religieux qu’au XVIe siècle. Il correspond à une dénaturation par pertes successives du sens du Iahveh du Chapitre II du Livre de Moyse. Iahvehest le symbole de l’autorité morale qui réside dans le processus de création qui autorise la génération par adaptations et assimilations permanentes.
Le passage d’un schème fondamentalement « féminin » à un autre typiquement « masculin », c’est-à-dire le passage du matriarcat au patriarcat ; ce qui explique pourquoi Fabre d’Olivet fut un auteur aussi vilipendé et dévalorisé.
Ainsi donc, Heve était pour Fabre d’Olivet : « la faculté féminine créatrice ».
A l’ère du Lion, l’humanité était placée sous la protection du Matriarcat. C’est ce qu’on appelle « l’Âge d’Or ». Ce régime aurait duré jusqu’au XIIIe siècle avant JC. Il délivrait l’enseignement des lois de la Nature donné par des Prêtresses, guidées par le monde végétal et principalement les arbres et les champignons.
Nos ancêtres ont ainsi pu avoir accès à la Connaissance.
Malheureusement, le Féminin Sacré, créateur de Vie, va être totalement occulté, voire même éliminé.
Notre EVE est la Déesse Primordiale. Elle est reliée au monde végétal.
ADAM, lui, est relié au monde animal, d’où son émanation : le Serpent.
Puis, le monde végétal et le monde animal vont entrer en discordance, et favoriser l’émergence du Patriarcat. Cela a été confirmé par la position de Perrin (Quand Eve débarque en politique) : « l’Eve antique a poussé l’homme inerte dans la sphère du savoir ; c’est à l’Eve moderne d’achever la grande mission de son ancêtre, qui est de créer la renaissance morale de l’homme en le faisant participer à la réorganisation de la société sur les principes de l’amour tout-puissant ». Et, il y aura alors un nouveau ciel et une terre nouvelle, dans lesquels régnera la Vérité. « Les peuples briseront leurs glaives pour en faire des charrues » ; la guerre disparaîtra, l’humanité ayant atteint l’unité par la conscience de la Vérité et de l’Intelligence.
Enfin, nous pouvons toujours l’espérer !
En attendant cette période lointaine, à nouveau faste, et dans cette vie préapocalyptique que nous vivons aujourd’hui, posons-nous quelques questions sur ce qui a fait notre monde et ses déséquilibres funestes. En premier lieu, qui osera dire, comme l’une de mes sœurs trop tôt disparue, Elie : « Israël doit être féminine pour être en conformité avec sa mission donnée par son nom ». En effet, Elie considérait que le terme Israël était issu du sanskrit Içwara qui signifiait : « celui qui prime sur les forts » ou encore « celui en qui réside la puissance ». On comprend mieux pourquoi certains traduisent aujourd’hui ce terme par « fort contre dieu ».
Dans le schème Israël ressort une racine essentielle : isha ou Aisha.
Comme vous le savez maintenant, « isha » désigne la force volitive de l’homme, sa partie féminine comme certains le disent en simplifiant les concepts. A force de simplifier les concepts, on n’arrive plus à comprendre les phénomènes complexes et subtils…
Puis, de isha, de perte de sens en perte de sens, le Hh – prononcer « Rr » (le Hheith – prononcer « Rreith ») se transforma en R et cela donna Is-Ra ; il suffira d’ajouter le principe de « l’Eternel » en oubliant le « principe éternel » et l’on quitta la confiance dans les lois de la Nature pour la croyance en un dieu vaporeux, quoique méchant et vindicatif et, inévitablement, lentement, le régime masculin par incompréhension remplaça le matriarcat.
Et voici que tout commence vraiment. Le premier-né d’Adam et de Hewah n’est pas le maudit que la catéchèse nous a vendu : Kaïn — « le fort et le puissant transformateur, celui qui centralise, saisit et assimile à soi » — porte dans son nom même la signature de IHÔAH dans la chair des hommes. Le prochain épisode lèvera le voile sur ce premier fils trop vite réduit au rang de meurtrier, pour y lire l’exact contraire : l’acte fondateur du temps des hommes. La descendance d’Adam et Eve ne fait que commencer — et elle ne ressemble en rien à ce qu’on vous a raconté.
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