Épisode 12 : Le mythe Adam-Eve

Livre ouvert et plume dans une forêt, illustrant “feuilleton relire Adam et Ève” sur le GOTM.fr, lecture ésotérique et initiatique.
Relire Adam et Ève, au rythme du feuilleton

Dans ce douzième épisode du feuilleton consacré à la relecture d’Adam et Ève, nous abordons frontalement l’un des dogmes les plus structurants — et les plus contestables — de la pensée occidentale. Que devient le péché originel en franc-maçonnerie, lorsque l’on dépouille le mythe de la lecture augustinienne pour retrouver le sens hébraïque ? Loin de la chute coupable, se dessine alors une transgression fondatrice : celle du cherchant qui accède à la connaissance et accomplit son rôle de partenaire du Créateur.


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Chapitre 8 – Le péché originel

« Une est la Vérité, nombreux sont les noms que lui donnent les sages » (Védas)

Le terme de péché originel a été inventé par saint Augustin à la fin du IVe siècle après J-C. L’idée la plus répandue consiste à croire que le péché originel vient de la Bible. Cela n’est pas vrai… Après analyse du texte biblique et de son approche historique, le péché originel est à reconnaître comme une construction névrotique… Le mythe de Adam et de Eve, fabriqué à partir d’une traduction volontairement fausse, participe au jeu du pouvoir…

L’homme vit une tension entre deux désirs contradictoires : ressembler et se distinguer, autrement dit, être un parmi les autres, mais également un à part. Cette contradiction est source d’énergie, puisque celle-ci est l’effet de forces qui s’opposent. Sans énergie, rien de vivant ne dure…

Nous le savons tous, il s’agit d’un péché que l’ensemble des hommes aurait commis dans la personne de Adam et de Eve. Ce texte, souvent traduit et retraduit, affirme que le monde a bien été créé, mais que l’homme est là pour poursuivre l’ouvrage. Cette idée est très importante parce qu’elle fait de l’homme le partenaire du créateur.

Or, la traduction chrétienne occulte cette idée.

Pourtant, le texte dit explicitement que le travail est la raison d’être de l’homme : « Dieu fait pleuvoir et l’homme cultive la terre ».

Pour quelle raison dieu interdit-il à son partenaire, avec lequel il poursuit l’œuvre de la création, d’apprendre à distinguer ce qui est utile et ce qui est nuisible à sa survie ? Dieu est parfait parce qu’il est dieu. Il ne peut rater la création de l’homme « Adam », il ne peut pas ne pas savoir ce qu’est le rôle de l’homme, ce qu’est l’homme. Dieu a donc l’intention de lui donner la connaissance, mais dieu sait que tous les hommes n’ont pas conscience de leur rôle sur terre, tous ne savent pas le sens de leur vie… Alors, il sépare les hommes entre deux classes, ceux qui croiront, les suiveurs, sans que cela soit péjoratif, et les cherchants, les veilleurs.

Ce mythe est donc clair, tous peuvent trouver ce qu’ils y cherchent et, malheureusement, y compris ce que Paul et saint Augustin ont voulu y mettre.

En réalité, Adam raconte l’histoire des êtres vivants qui deviennent conscients, créateurs à leur tour et aptes à gérer leur destinée.

Pour moi, dieu est un symbole qui représente la finalité de l’homme… celui-ci doit se libérer de sa prison, de ses limites terrestres pour se fondre dans la lumière suprême… N’est-ce pas la mission de l’initiation maçonnique ? N’oublions pas que l’Eternel dieu dit : « voici l’homme devenu comme l’un de nous, en ce qu’il connaît le bien et le mal… »

Ainsi, l’homme n’est plus un homme ordinaire, il est « augmenté » par du savoir… Le thème central du mythe est la quête du savoir pour élargir le champ du possible.

Pourtant, la plupart des croyants attachés à une lecture traditionnelle de la Bible admettent la doctrine du péché originel, accompagnée de son corollaire selon lequel la corruption de la nature originelle de l’homme se diffuse par contagion à tous ses enfants. Ainsi, la communion avec leur créateur devient impossible. Un comble !

Faut-il y voir le symbole du palpable de l’humain ?

L’initié, le cherchant ne confond pas la « fidélité à la Parole de dieu » avec la soumission aux dires des dits intermédiaires de dieu. Cette loyauté à l’égard de la Tradition de l’Église historique est tout à leur honneur, malheureusement elle s’inscrit dans une théologie manquant singulièrement de bon sens. Que se serait-il passé si le plan attribué au Créateur s’était déroulé de façon idéale, c’est-à-dire sans la désobéissance et la sanction de nos « premiers parents » ?

Si l’on prend le contrepied parfait de tout ce que les générations successives ont vécu, imaginons une vie dans laquelle la Bible serait devenue inutile dans la mesure où les Alliances avec dieu deviennent superfétatoires… Ainsi, le peuple d’Israël n’a plus de fonction et la Révélation s’écroule car elle ne possède plus de fondation… Nul besoin de Rédemption et donc, pas d’Église, pas de corps du Christ… Pas de mort, pas de fin du monde, pas de jugement dernier, pas de résurrection en Christ, pas de corps spirituel semblable à celui du Christ ressuscité, et donc pas de règne avec lui dans la Gloire…

Or, quelle que soit la façon dont l’humanité est apparue sur la terre, il nous faut bien reconnaître que le récit de la « chute » nous renvoie à nous-mêmes ? si bien que Adam et Eve, c’est moi, c’est toi, c’est nous ! 

C’est chacune et chacun d’entre nous tous qui, d’une façon ou d’une autre, à un moment ou à un autre, avons voulu décider par nous-mêmes de ce qui est bien ou mal pour notre vie.

On peut noter que, puisque ni Adam ni Eve ne connaissaient la notion de Bien et de Mal avant de goûter au Fruit, ils ne pouvaient donc pas savoir que la désobéissance était un acte répréhensible, et qu’ils sont, par voie de conséquence, à considérer comme innocents du péché. Ce point de vue est séduisant, mais se base sur un postulat malheureusement improuvé : celui selon lequel la malédiction prononcée par dieu à la suite de l’absorption du Fruit serait une punition. Or, rien dans le texte ne nous le dit.

Aussi terribles que soient les malédictions divines, elles ne s’accompagnent d’aucune description de courroux, ni de colère de la part de l’Éternel.

D’autant que ce mythe ne vient pas des textes bibliques, mais des traducteurs et commentateurs. Son succès est dû au fait qu’il propose de laver le péché originel dans les eaux du baptême et de suivre l’enseignement d’un messie, un rédempteur qui rachète les fautes humaines et, ainsi, de rétablir l’état originel de l’homme… c’est-à-dire l’état d’obéissance, de domination et d’absence de conscience… position éminemment politique de la part de la religion chrétienne. C’est rendre irresponsables les actes et les pensées des hommes croyants et souffrants. Le roi de Babylone, Elohim d’Israël, le Jésus des chrétiens et tant d’autres en portent la responsabilité collective.

Par ce fait, les fautes commises par les sujets (remarquez bien ce terme de « sujets » !) retombent sur le rédempteur.

Or, les initiations, dont celle proposée par la Franc-maçonnerie, présentent la capacité de l’homme à devenir un élu, un veilleur, et d’être simultanément un éveilleur… de consciences sans les diriger. L’explication ésotérique reconnaît la complémentarité de la lumière et de la ténèbre et la nécessité de la transgression, fonction vitale du cherchant, de l’initié qui légitime la lutte, l’effort, le devenir, le mouvement, la vie. En revanche, l’Épître de Paul dit que l’homme ne peut produire du sens ni approcher par ses propres moyens la Vérité. Celle-ci doit être donnée, révélée, qu’elle vient d’en haut, elle est transmise par des voix surnaturelles ou bien par des voix autorisées, celles des clercs, les hommes de l’appareil en place !

La foi sauve ceux qui souffrent et ont besoin de repères, de certitudes auxquelles s’accrocher. Pourtant, nul ne peut se libérer du mal-être sans un effort personnel, un effort d’introspection et de recherche. Et pourtant, c’était bien cela, l’un des messages de notre cher Mythe de Adam et de Eve !

Trop souvent, le mal-être est perçu comme une chute… et quand le désir du « savoir-pouvoir » se heurte à la réalité, alors la transgression est nécessaire et fondatrice.

Pour ma part, la destinée d’un homme est le passage de la dépendance à l’autonomie.

La parole, libre, sincère et spontanée, permet de se regarder vivre… Un comportement nouveau est possible, la parole libère : tel est le pari maçonnique, tout au long de son deuxième degré symbolique. Ainsi, si cela est bien compris, le monde est « créé » par dieu « pour faire » et l’homme, partenaire de dieu, poursuit la création. L’homme joue ainsi le rôle que lui a assigné l’Eternel : celui de partenaire…

C’est à mon sens la déclaration de ce mythe… En travaillant en Loge, nous accomplissons ce que ce Mythe déclare.

Dans le prochain épisode, nous partons à la rencontre d’Ève — non la coupable du mythe chrétien, mais la Déesse Primordiale, la femme-lumière dont l’humanité a effacé le véritable nom. Du Hheva hébraïque à la Devi hindoue, de l’androgyne originel au matriarcat de l’Âge d’Or, c’est un pan oublié de notre mémoire initiatique qui resurgit. Pour ne rien manquer de la suite du feuilleton, abonnez-vous gratuitement au site : la Tradition continue de se transmettre, encore aujourd’hui, de bouche à bouche.


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