Ep 1 : Des Nombres pour déchiffrer notre Vie

Sphère de géométrie sacrée illustrant la symbolique des nombres en franc-maçonnerie, du 1 à la base au 9 au sommet, avec le 5 au centre.
Du 1 au 9 : l'architecture invisible du Nombre

Premier épisode d’un feuilleton initiatique consacré aux Nombres ! Cette ouverture pose la distinction fondatrice : le chiffre dénombre, le Nombre déchiffre. De l’arabe sifr, le vide, au « What Number makes a Lodge ? » de 1760, 3, 5 et 7 deviennent des principes plutôt que des quantités. Neuf Nombres, neuf archétypes de la Vie, que la série explorera un à un jusqu’au retour à l’Unité.


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1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8 et 9 : Neuf Nombres pour la Vie…

ou 9 principes de vie ou encore 9 archétypes !

Neuf Nombres pour tout comprendre, neuf Nombres pour tout reconnaître et connaître.

Neuf Nombres pour tout transmettre et pour mourir en paix…

Voici neuf Nombres décrivant, chacun, les différents aspects de l’énergie cosmique dans ses différentes structures !

Les Nombres souffrent de leurs représentations, car dans leur mystère, ils sont à la fois les archétypes, les manifestations et les accomplissements de toutes les fonctions de la Vie, représentant cette Vérité insaisissable tant convoitée par le Maçon, tout en étant pourtant si proche de lui.

Lorsque nous évoquons le Nombre en Loge, nous parlons de la Vie, nous utilisons un langage sacré, un langage naturel car commun à tous.

Lorsque nous évoquons le Nombre en Loge, nous parlons de biologie, nous parlons d’astrophysique, de neuroscience, de physique quantique, de sociologie et de psychologie… Nous parlons donc de l’Homme dans tous ses éléments constitutifs tant intérieurs qu’extérieurs.

Pourtant, la plupart du temps ce sont des chiffres qui nous viennent à l’esprit, comme pour nous rappeler inlassablement le paysage de notre courte existence soumise à un espace et un temps bien définis : des chiffres qui comptent les heures qui défilent, les euros qui disparaissent de notre porte-monnaie, le nombre de Sœurs et de Frères présents permettant d’ouvrir des travaux de Loge…

Ce paysage est un point de vue particulier, changeant, éphémère.

C’est une photographie parmi tant d’autres constituant l’album de notre réalité. Toutefois, dès le début, dès sa réception en Loge, le Maçon entretient l’espoir que, sous-jacente à cette réalité passagère, préside le Réel, véritable milieu ambiant où se jouent, depuis la nuit des temps, le sens de la vie, l’interaction des énergies, les équations des Nombres…

Ainsi, contrairement au chiffre, le Nombre n’a pas de forme.

C’est bien normal, puisque le Nombre informe !

Le Nombre est pulsion, tension, intention. Il est partout, dans chaque mouvement, chaque génération, chaque transformation, mais si nous voulons l’observer, alors il disparaît derrière l’apparence de son réceptacle. Si depuis quelques années, les physiciens quantiques valident cette expérience qu’ils nomment « dualité onde-corpuscule », saviez-vous qu’à l’origine le mot « chiffre », emprunté à l’arabe « sifr », désignait le vide ?

Nos prédécesseurs avaient-ils déjà compris la valeur impalpable et pourtant réelle de l’énergie vivante sans pour autant la nommer « volonté de Dieu » ? C’est fort probable… Ce qui est certain, c’est que ce terme de « sifr » en langue arabe ou de « sefer » en langue hébraïque est originellement lié à la qualité du Nombre-énergie. Et, c’est bien par métonymie que « sifr » a par la suite fini par désigner tous les chiffres arabes.

Le Nombre est donc cette force, cette énergie incontrôlable qui nous fait naître, qui nous nourrit, qui nous anime à tout moment, qui nous fait choisir à chaque instant et qui nous emporte un jour et nous fait disparaître… Le Nombre est la cause de tout ce que nous appréhendons et dès que notre esprit tente de le représenter, il se noie dans le monde des conséquences !

Comprendre le Nombre, c’est satisfaire le Nombre, c’est être le Nombre, c’est « tout simplement » se consacrer à l’essentiel… Ainsi, il est fort probable que, sans une connaissance du langage des Nombres, nous ne puissions comprendre à leur juste valeur la plupart de nos symboles, comme nos mots, signes et attouchements. Et, surtout, il est fort probable que nous ne puissions un jour retrouver la Parole jusqu’alors perdue…

Certes, il est bien difficile, pour un Apprenti Maçon, de déduire sur simple lecture de l’Instruction du Grade, une quelconque existence d’un nouveau langage, que l’on appelle langage des nombres.

Seule son intuition pourrait pressentir, par une rapide analogie, une réelle correspondance entre les trois degrés des escaliers du Tableau de loge (au Rite Français Moderne) tracés par les nombres 3, 5 et 7, et ces mêmes nombres qui rendraient, selon l’Instruction, la loge « juste et parfaite ».

Cette intuition se verrait alors confortée par une « curiosité » apparaissant sur un ancien rituel anglo-saxon de 1760 (Les Trois Coups Distincts) : « What Number makes a Lodge ?« 

Le terme « Number » porte une majuscule comme si l’on voulait ici différencier le nom du Nombre du simple adjectif numéral. La tournure de conjugaison est la troisième personne du singulier, et l’adverbe employé est « quel ». Malheureusement, cette question, qui est littéralement « Quel Nombre fait une Loge ? », a été traduite en français par « Combien font une Loge ? ». Le sens n’est plus le même…

Ainsi, remplaçons « Trois la gouvernent, cinq la composent et sept la rendent juste et parfaite » par « Le 3 la gouverne, le 5 la compose et le 7 la rend juste et parfaite », et nous pourrons commencer à étudier ce langage !

Cette différenciation nom/adjectif du nombre semble capitale, car elle nous permet à chaque occasion de reconnaître les nombres qui « comptent » des nombres qui… « content » !

Pourtant, l’origine étymologique est la même, car « compter » ou « conter » n’est toujours que « é-numérer« , n’est toujours que « donner le nom des choses« , c’est-à-dire leur Nombre.

Il existe une relation étroite entre le Nom et le Nombre (en langue espagnole, le nom se dit « nombre » !). Les anciennes traditions le savaient, mais nous, nous l’avons presque oublié…

Notre démarche initiatique et maçonnique nous propose, aujourd’hui, de retrouver le sens de ce langage qui privilégie la qualité du Nombre au détriment de la quantité qu’il représente. Nous ferons cet effort de différenciation en usant du Nombre ou du chiffre en fonction des cas. Mais, reconnaissons que notre langue a conservé ce lien étroit puisque, si les chiffres nous permettent de « dénombrer » les choses, les nombres, eux, nous permettent de les « déchiffrer » !

Il existerait donc une connaissance véhiculée par le Nombre.

Connaissance ancestrale car le Nombre est connu de tout peuple, depuis la nuit des temps.

Connaissance originelle car le Nombre n’est pas une invention, mais exprime la Création.

Connaissance universelle car le Nombre reste toujours le même, quel que soit le nom que chaque peuple ait pu lui donner. Et cette connaissance constitue une vision cosmogonique que notre démarche initiatique nous propose de dévoiler de degrés en degrés…

« Recevoir la Lumière« , c’est enlever ce voile qui nous aveugle, c’est accéder à la plénitude des nombres, c’est tout simplement savoir compter jusqu’à 9 !

Quel que soit le rite que nous avons choisi, cet apprentissage se fait progressivement, par paliers successifs. Lorsqu’un Maçon du rite de Memphis-Misraïm prend la parole, il clôt sa réflexion par « tous les Nombres qui lui sont connus« , montrant ainsi, s’il est sincère, le sens de sa démarche.

Mais, de quel sens parlons-nous ?

Si la démarche est croissante, si la connaissance du Monde et de soi se réalise par paliers successifs (par 3, 5 et 7), le but à atteindre est incontestablement une réintégration du 1, un retour à l’Unité.

C’est ainsi que, dès le 1er Grade, il nous est demandé, en premier lieu, de comprendre le 3 avant même d’atteindre la révélation du 2 comme l’inéluctable condition du 1…

Dès le début, le sens de notre démarche est déjà un retournement (introspectif), une « déconstruction » … Dès le début, le « dépouillement » (de nos métaux) préfigure cette nécessité absolue de quitter le monde des apparences, car tout ce qui « brille » n’est certainement pas ce qui « éclaire » … Dès le début, notre première vision ternaire du « Soleil, de la Lune et du Maître de la Loge » n’est que la manifestation, la projection spatio-temporelle de la vraie Lumière, et cette Lumière ne se situe pas « au-dessus » de nous, comme on veut bien le penser (surtout lorsque l’on croit en Dieu !), mais en deçà, en dedans, voire en dessous de nous (nous sommes bien des terriens et c’est l’humus qui nous rend humain !).

L’Alchimiste sait que la Lumière se trouve à l’intérieur de la matière, et son travail est de faire disparaître cette matière. Le Kabbaliste sait que « El » n’est pas une puissance extérieure divine, mais la force de l’Energie primordiale se mouvant à l’intérieur de chaque être vivant…

À ne pas manquer – le prochain épisode
Nous poursuivrons la marche vers l’Unité. Car si le Beith ouvre la Genèse et fait naître la conscience dans le contraste, il reste une question que nul Apprenti ne pose et que tout Maître redoute : que devient le « je » lorsqu’il n’y a plus de « tu » pour le refléter ? Nous croyons remonter vers le 1 comme on gravit un escalier. Et si c’était l’inverse, et qu’il fallait d’abord consentir à se défaire du 2 pour que l’Unité, enfin, se laisse approcher ?

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