Ep 2 : Des Nombres pour déchiffrer notre Vie

Sphère de géométrie sacrée illustrant la symbolique des nombres en franc-maçonnerie, du 1 à la base au 9 au sommet, avec le 5 au centre.
Du 1 au 9 : l'architecture invisible du Nombre

Dans l’épisode précédent, nous avons ouvert le chantier de la symbolique des nombres en posant une question oubliée : « What Number makes a Lodge ? », devenue par une traduction trop hâtive « Combien font une Loge ? ». Nous y avons découvert que le mot « chiffre », issu de l’arabe sifr, désignait d’abord le vide, que compter et conter ne font qu’un, et que tout le chemin initiatique, par paliers de 3, 5 et 7, tend vers un seul but : la réintégration du 1.
Dans cet épisode, nous franchissons le premier seuil du chapitre inaugural, consacré à la marche vers l’Unité. Pourquoi une quantité n’est-elle jamais une valeur ? Pourquoi la Genèse s’ouvre-t-elle sur le Beith, principe du 2 ? Qu’est-ce qui distingue un symbole d’un archétype ? Des sept plans du Mental à Schwaller de Lubicz, jusqu’au Yi King, apprenons à ne plus dénombrer, mais à déchiffrer.


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Chapitre 1 – L’unique démarche : la marche vers son Unité

« …, nous ne sommes « je » que si nous savons dire « tu ». « Je » apparaît avec la capacité de dire « tu ». » (J.M. Martin)

Le chiffre compte, le Nombre raconte

Vous êtes prêts ? Alors 5 – 4 – 3 – 2 – 1 : partez !

« Les chiffres servent à compter et les nombres à raconter ».

5, 4, 3, 2, 1 : est-ce une succession de chiffres ou de nombres ?

Cela dépend, diraient certains !

Oui, c’est très difficile, voire c’est l’objet d’une gageure surhumaine que de vouloir faire cette distinction tellement nos esprits sont encombrés par cette confusion quasi millénaire. Pourtant, si nous voulons utiliser les nombres, les comprendre et les intégrer pour notre chemin de vie, il nous faut faire cet effort.

Nous le savons, le chiffre n’est qu’une représentation élémentaire d’une quantité et, à ce titre, nous pouvons imaginer additionner, multiplier, diviser et que sais-je encore.

En revanche, si le nombre est également une simple représentation, il met en évidence une « valeur », une « qualité », un archétype, une énergie… Ainsi, l’addition, la multiplication ou la division n’est plus possible. Tentez donc de faire la multiplication entre la laïcité et l’enthousiasme, et merci de nous offrir le résultat !

L’erreur est ancienne. Nous l’avons bien compris, l’erreur réside dans le fait que nos anciens ont choisi la même représentation pour deux réalités différentes (une quantité n’est pas une valeur). D’autant que la tentation était particulièrement aisée de décomposer une notion pour la comprendre et l’intégrer. Alors, nos anciens ont décomposé arithmétiquement la valeur, ils l’ont additionnée … Ainsi, le nombre a été mis au rang de chiffre. L’homme connaissait les opérations arithmétiques de base, il a voulu les utiliser pour appréhender, puis comprendre des notions métaphysiques ou énergétiques.

Qui pourrait lui en faire reproche ?

Il a utilisé les outils qu’il possédait.

Mais ainsi, il a oublié la Symbolique, seul « processus » scientifique pour pénétrer les mystères de la vie et de la mort, pour s’immiscer dans le Vivant, le Réel, l’essentiel.

Il faut se rendre à l’évidence : au moins à l’échelle humaine, tout n’est que phénomène lié à la conscience. Or, le terme « se rendre compte de… » nécessite un sujet observant et un objet observé, lui-même seulement discernable grâce à l’opposition des valeurs. Par nature, toute prise de conscience implique la présence d’un contraste, ce que certains appellent la dualité et que les cherchants en kabbale nomment le « rapport énergie-résistance ». Rien ne se passe si l’énergie première ne rencontre aucune résistance.

Comment s’étonner que le Livre de la Genèse, et surtout son « Bereschith », s’ouvre par un « beith » inséparable du 2 ? Comment ne pas remarquer, aussi, que cette prise de conscience réflexive est toujours en retard sur l’événement ? N’est-ce pas seulement après la communion ou résonance (l’expérience vécue) qu’il est possible de la décrire ? D’autant que le « 2 énergétique » (le beith) n’a rien à voir avec le « 2 numérique » qui se dit en hébreu moderne : shenym !

L’alephbeith hébraïque présente une particularité remarquable : celle d’associer à chacune de ses pseudo-lettres le dynamisme ontologique propre au nombre correspondant. Ainsi, le sens qui en résulte apparaît sur un autre niveau sémantique, en révélant le mouvement spécifique (le processus) qui se cache, figé, derrière chaque signe graphique. Comme ceux-ci se limitent à 27, il faut et il suffit de vibrer à l’unisson de ces 27 composantes pour accéder au Tout (facile non ? Pas réellement !). C’est une des méthodes pour approcher la Connaissance. Personne ne l’a atteinte !

Prétendre, comme nous le souhaitons dans cette recherche entamée au sein du CERM Jean Behr, traiter de la précision quasi poétique du langage universel des nombres apparaîtra comme une plaisanterie, un paradoxe ou encore une folie aux yeux de la majorité.

Nonobstant, il faudra bien que nous tentions de retrouver la même précision que celle des chiffres !

Pourquoi donc le symbole ne posséderait-il pas la même précision scientifique ?

2 + 3 feront toujours 5 (en base 10, évidemment). Alors, l’association énergétique du Beith et du Ghimel serait-elle pure spéculation « fantaisiste » et délirante ? Une fois la qualité d’un Nombre intégrée (par la calligraphie souvent), la réalité expérimentale, pratique, de cette valeur ne fera plus aucun doute car notre raison, notre intuition et notre intelligence sont sans limite… au moins collectivement !

Nous le savons, associer trois niveaux de conscience (physiologique, psychologique et logique) n’est pas très aisée, car il faut mettre en œuvre, en même temps, la désorganisation et l’organisation afin d’engendrer notre propre « état créateur ». Nous sommes, sur ce point, très optimistes car nous sommes les meilleurs spécialistes de « l’Ordo ab Chao » … et donc du langage des Nombres.

Ce langage consiste en des interférences de mouvements, ou plus exactement, des dynamismes fluctuants (les champs de la physique).

Notre entendement est mis à mal !

Il nous faudra libérer notre esprit de toute prévention.

Il nous faudra entrer en résonance avec des structures en mouvement, qui plus est furtives.

Comme le disait Schwaller de Lubicz dans « Le Miracle Égyptien » : « l’intelligence est la faculté de dénombrer, l’entendement est la Conscience du Nombre ; l’entendement est une connaissance innée que l’intelligence ne peut pas comprendre ».

Par les Nombres, nous arrivons au « Monde de la Pensée » car les nombres sont les représentations d’archétypes. Ici, nous ne sommes plus au niveau émotionnel, au plan des sentiments. Nous cherchons les explications des processus régissant la Création et, plus encore, l’évolution de cette création tant sur le plan environnemental que sur celui de l’homme intrinsèque.

Nous sommes sur le plan des archétypes !

Les archétypes nous permettent de savoir comment les choses s’articulent les unes par rapport aux autres et de manière permanente et infinie, sauf catastrophe organisée par l’homme.

Nous savons que le monde de la Pensée, ou le Mental, s’articule selon 7 plans, ce qui souligne l’extrême importance du nombre 7 dans toutes les Traditions et la nécessité d’intégrer correctement les enseignements de la lettre Zaïn.

Le plan de l’idée « germe » la forme, il précède celui de l’idée.

L’idée est le germe de la Vie.

Dès que la Vie apparaît, arrive le plan des désirs et des émotions.

Ainsi se terminent les plans qui ne dépendent pas de nous, les initiés.

Notre domaine démarre avec les forces archétypales (4e plan) pour continuer par les plans supérieurs qui correspondent à des degrés dits supérieurs (notamment le 18e du REAA – plan de la vitalité ou du « vivant » – et le 32e et le 33e du REAA).

Revenons aux archétypes.

Si nous avons de grandes difficultés à étudier les nombres sans tomber dans le travers d’utiliser des chiffres, c’est à notre sens que nous n’avons pas encore atteint la compréhension satisfaisante du concept « archétype ».

Quelle est la différence entre un symbole et un archétype ?

Il faut définir les termes qu’on utilise. Il faut être précis, rigoureux et n’utiliser que des termes que l’on a compris. Cependant aujourd’hui, dans notre société, on utilise des tas de termes qu’on ne comprend pas, mais « ça fait joli ! » Et, en plus, comme ce sont des termes que l’on n’emploie pas dans le langage courant, « ça fait sérieux », « ça fait scientifique ».

Un symbole représente un concept particulier. Par exemple la Croix. Ce symbole peut avoir des significations différentes selon qu’on est bouddhiste ou chrétien. On peut attacher au même dessin plusieurs symboles. Ou plusieurs significations. Ou même plusieurs significations différentes selon la manière dont on l’utilise.

Le symbole est compris par les initiés parce qu’il faut être initié pour l’intégrer.

La croix, pour un homme ordinaire (qui n’a aucune référence idéologique ou religieuse, ou autre), représente le croisement de deux traits. Nous entrons ici dans le domaine du mental concret. La croix, à cet instant, n’est plus un symbole.

Ainsi, l’idée germe, c’est aussi l’aspect symbolique : « j’ai l’idée de… ». Je suis myope et, devant une page, je n’arrive pas à lire cette page. Mon idée germe de créer quelque chose qui permette de grossir cette page. L’idée germe dès qu’un besoin existe. Mais, rien n’est encore fait.

Il me faudrait quelque chose qui me permette d’agrandir cette page. Comment faire ? A ce moment-là, l’archétype va intervenir. L’archétype va permettre de définir les aspects scientifiques et le plan qui, lui-même, permettra de créer ce que je veux réaliser.

Il y a d’abord l’idée, puis la mise en place des lois.

Un archétype, c’est un ensemble de lois appliqué à un domaine particulier, précis, en l’occurrence « créer une loupe ». C’est grâce à l’archétype que l’image s’agrandira car sans connaissance des lois de la Nature, rien n’est possible.

Souvent, les archétypes sont très simples. Par exemple, le Yi King chinois, qui est considéré comme l’archétype du code génétique, nous a apporté le système binaire, simple à comprendre, simple à appliquer. Nous en avons fait les ordinateurs (grâce à Leibniz – 1880).

Toute la vie sur cette terre et toutes les lois de la Nature sont comprises dans ce système. Toute la vie fonctionne comme ça (nous nous avançons un peu, peut-être !).

À ne pas manquer :
Dans le prochain épisode, une question que l’on croyait réglée va se retourner contre nous : et si comprendre le Nombre était précisément le moyen de le manquer ? La Kabbale, rappelons-le, ne signifie pas « savoir » mais « recevoir ». Nous verrons pourquoi 10 ne s’écrit pas dix mais Un décuplé, pourquoi le Nombre se lit d’abord à la verticale, 1, 10, 100, avant de s’égrener à l’horizontale, et pourquoi le véritable sacrifice ne consiste pas à perdre, mais à rendre sacré. Nous y découvrirons enfin que la dualité, cette déchirure qui nous travaille depuis le cabinet de réflexion, n’existe peut-être pas. Qu’il n’y a jamais eu deux, mais un Tout dont nous ne voyons que les faces. Préparez-vous à désapprendre à compter !

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