
Sagesse, Force et Beauté – ces trois mots résonnent à chaque ouverture de loge maçonnique. Mais leur sens va bien au-delà d’une simple devise rituelle. Ils incarnent les trois forces créatrices universelles qui, dans leur union vivante, tracent le chemin de la réalisation de l’Homme et de sa place dans l’Univers.
Le centre de l’idée – résumé (TL;DR)
- La franc-maçonnerie propose une troisième voie là où science et religion échouent à répondre à la question fondamentale de l’existence.
- Sagesse, Force et Beauté ne sont pas une devise abstraite mais trois forces créatrices universelles célébrées rituellement en loge.
- Le triangle maçonnique rejoint le triangle cosmique des astrophysiciens et la trinité divine des théologiens – trois langages pour un même mystère.
- La démarche initiatique part de l’homme lui-même, selon le principe hermétique « ce qui est en bas est comme ce qui est en haut ».
- La célébration rituelle de Sagesse, Force et Beauté n’est ni une prière, ni une formule magique – c’est un égrégore vivant ancré dans l’ici et maintenant.
- La porte Daleth/Delta ouvre sur la Loi Sacrée, déchiffrée à travers les outils symboliques du rite maçonnique.
- La réponse à notre place dans l’Univers ne se reçoit pas – elle se découvre et se réalise en soi
La question fondamentale : pourquoi chercher une voie initiatique ?
Aujourd’hui, vous me donnez l’occasion de me reposer la question qui a déterminé ma volonté, à un moment donné, de choisir une voie initiatique :
Et maintenant, que vais-je faire de ma vie ?
Rapidement, en guise de réponse, notre Ordre Maçonnique pose d’autres questions, primordiales :
Comment se fait-il qu’il y ait quelque chose plutôt que rien ? Mais aussi : De quoi est fait et comment fonctionne ce « quelque chose » ?
Dans notre confort actuel, ces questions nous paraissent parfois trop métaphysiques, parfois trop scientifiques, mais ce sont bien celles que se sont posées nos ancêtres les plus éloignés, dans la peur de la mort, des cataclysmes, de la guerre et de la famine.
Quand science et religion s’avouent incomplètes
C’est en ce temps-là très éloigné que certains hommes ont ressenti la nécessité d’expliquer par Dieu tout ce qui existe, et de chercher en Dieu les raisons de leur malheur et de celui des autres. Explication certes dogmatique, mais irrécusable, car aucune recherche scientifique n’a pu, jusqu’à aujourd’hui, expliquer le « pourquoi » du « comment ». Ce que les sciences « reconnues » peuvent expliquer de plus en plus précisément, et particulièrement les sciences physiques et cosmologiques, c’est le « comment ». Plus elles observent, et plus elles comprennent et démontrent les phénomènes naturels. Mais plus elles se rapprochent de l’instant zéro de la création de l’univers qu’elles appellent « singularité primordiale » dans la théorie du Big-Bang, et plus ses chercheurs s’accordent à affirmer que cet instant n’a probablement jamais existé et que si toutefois il a existé, nous ne serons certainement jamais en mesure de l’observer et donc de le valider.
Ces sciences ne sont donc toujours pas en mesure de relier l’ensemble des lois universelles, celles du microcosme avec celles du macrocosme et de répondre à la question primordiale de « comment se fait-il qu’il y ait quelque chose plutôt que rien ? »
Ainsi, c’est dans un monde bouillonnant, perturbé par des changements climatiques incontrôlables et plus que jamais meurtri par les inégalités sociales, que religions et autorités scientifiques, pourtant à l’origine de la plupart des dérèglements et conflits, tentent chacune, dans leur domaine, d’apporter leur réponse en se renvoyant les responsabilités.
La voie initiatique comme troisième voie vers l’unification
Et c’est sans doute pour ces diverses raisons, que les esprits libres et insatisfaits restent encore aujourd’hui insatisfaits et que la voie initiatique leur apparaît comme l’unique voie d’apaisement et de conciliation.
Le fil rouge pour avancer dans la connaissance de l’Univers est la quête d’une théorie du Tout : « Ordo ab chaos ». Que cette théorie s’appelle Dieu, qu’elle s’appelle Théorie des cordes ou encore Grand Architecte de l’Univers, tout chercheur et tout cherchant s’accordent à dire que ce qui importe c’est d’être sur le chemin de l’unification. D’ailleurs, utiliser le mot Cosmos, ne désigne pas seulement le ciel ou la voûte étoilée, mais signifie littéralement « bon ordre, harmonie, intention structurée », dès le commencement et quel que soit ce « commencement ».
Trois regards sur un même Univers
Il me semble que dans cette croyance universelle (si je puis dire) que Tout est Un, si religions et sciences cherchent à rencontrer le principe créateur par la foi ou l’observation scientifique pour expliquer la présence de l’homme sur terre, à l’inverse, la démarche initiatique qui est la nôtre, tente la rencontre avec soi comme point de départ et dans une re-naissance, afin de retrouver une vraie place dans l’Univers.
En effet, demandez à un astrophysicien de vous dessiner l’Univers et il vous tracera un « Triangle Cosmique » composé de trois mesures fondamentales déterminant ainsi une « constante cosmologique » impliquant que l’Univers est, comme son nom l’indique, uni dans sa diversité.
Maintenant demandez à un Frère de vous dessiner l’Univers et il vous représentera un Triangle Divin composé de la Trinité Père- Fils-St Esprit, renvoyant au Temps-Espace-Matière, les trois attributs de Dieu.
Enfin, nous avons demandé à un autre Frère de nous dessiner l’Univers et il nous a dessiné un Delta Rayonnant représentant également un principe ternaire, la « Tri-Unité », mais se rapportant ni à un Dieu, ni à une constante cosmologique, mais à l’homme lui-même, un homme éveillé, un homme de plus en plus clairvoyant, l’Homme en devenir (avec un grand H). Ainsi un œil peut être représenté au centre de ce delta, celui de la clairvoyance, mais le Tétragramme est plus signifiant car le sens de ce schéma se rapporte directement à cet Homme réalisé, fécondé par lui-même.
Notre démarche qui consiste à vouloir connaître l’Univers est forcément étroitement liée à celle qui consiste à vouloir se connaître soi-même :« Ce qui est en bas est comme ce qui est en haut et ce qui est en haut est comme ce qui est en bas » écrivait Hermès Trismégiste.
Sagesse, Force et Beauté au cœur du tableau de loge
Ce parcours est clairement tracé par notre tableau de loge et si ce dernier est placé entre 3 piliers, 3 étoiles que nous faisons briller à l’ouverture de nos travaux, c’est que ces 3 piliers sont bien les 3 forces créatrices auxquelles nous croyons et qui, dans leur union, représentent le socle, le fondement, c’est-à-dire dans un autre terme l’hypostase de tout ce qui doit être.
Un égrégore qui fait surgir la Lumière
La célébration de cette union hypostatique de Sagesse, Force et Beauté, annoncée par le Vénérable et les deux Surveillants, n’est pas une formule magique secrète qu’il faudrait prononcer pour faire apparaître la Lumière !
Elle n’est pas une simple devise philosophique ou moralisante à étudier car elle nous placerait dans la distanciation passive de l’observateur.
Elle n’est pas non plus une prière adressée au Grand Architecte de l’Univers car elle ferait preuve d’attentisme et de résignation de notre part.
Non, la célébration de l’union hypostatique est une fête, un encouragement collectif, un moment exceptionnel d’égrégore, ponctué d’une batterie fédératrice, d’une joyeuse acclamation et s’achevant par une fraternelle Chaîne d’Union.
Elle s’inscrit dans l’espace, ici, et dans le temps, maintenant, par trois grands coups de canne du Maître des Cérémonies et nous relie au macrocosme par l’épée de l’Expert pointée en direction de la Voûte Etoilée. C’est seulement de cette manière que la Lumière apparaîtra en nous.
La porte Daleth/Delta : seuil du secret maçonnique et de la Loi Sacrée
Une lumière concentrée dans l’énoncé d’une équation en trois dimensions, d’un théorème qui a besoin de se vérifier dans tout ce qui existe, dans l’infiniment petit comme dans l’infiniment grand. Et cet énoncé devient une porte, la porte Daleth/Delta qui protège le secret maçonnique. Si toutefois nous voulons frapper à cette porte, celle-ci s’ouvrira sur la compréhension de la Loi Sacrée, une Loi Sacrée qui se décode et se déchiffre dans la lecture de quelques lignes de la Bible placée, dans notre rite, sous le Compas, l’Equerre et le Fil à plomb.
Se réaliser soi-même comme réponse à notre place dans l’Univers
Ainsi, la célébration de l’union hypostatique de Sagesse, Force et Beauté doit être perçue comme l’empreinte génétique de l’existence, de la vie et de la fécondité.
Elle devient la marque de notre responsabilité d’Homme dans le sens où elle est la réponse à notre questionnement fondamental sur notre place dans l’Univers. Cette réponse n’est pas une réponse que l’on reçoit mais une réponse que l’on découvre en soi et que l’on donne dans la réalisation de soi.
Voilà pourquoi cette célébration de l’union hypostatique est la plus puissante représentation rituelle de notre chemin de libération, parce qu’elle chante la transcendance, parce qu’elle chante l’amour, parce qu’elle chante l’éternel.
FAQ – Questions des cherchants
Que signifient Sagesse, Force et Beauté en franc-maçonnerie ?
En franc-maçonnerie, Sagesse, Force et Beauté désignent les trois piliers fondateurs du temple maçonnique. Ils ne sont pas une simple devise philosophique mais trois forces créatrices universelles célébrées rituellement à chaque ouverture de loge. Leur union représente le socle – l’hypostase – de tout ce qui doit être, reliant l’homme à l’Univers.
Quel est le sens du rituel maçonnique de l’ouverture des travaux ?
L’ouverture des travaux en loge maçonnique est un acte vivant et collectif, bien au-delà d’une simple formalité. La célébration de Sagesse, Force et Beauté y est annoncée par le Vénérable et les deux Surveillants comme un moment d’égrégore fédérateur, ponctué d’une batterie collective et d’une chaîne d’union, ancrant le rituel dans l’ici et maintenant.
Quelle est la différence entre la démarche maçonnique et la démarche religieuse ?
Là où la religion cherche à rencontrer le principe créateur par la foi, et la science par l’observation, la démarche initiatique maçonnique part de l’homme lui-même. Elle ne propose pas une réponse reçue de l’extérieur mais une réponse découverte et donnée dans la réalisation de soi, selon le principe hermétique : ce qui est en bas est comme ce qui est en haut.
Qu’est-ce que le Delta Rayonnant en franc-maçonnerie ?
Le Delta Rayonnant est un symbole maçonnique représentant un triangle lumineux. Il incarne le principe ternaire maçonnique – la Tri-Unité – qui ne renvoie ni à un Dieu ni à une constante cosmologique, mais à l’homme éveillé et en devenir. L’œil ou le Tétragramme en son centre symbolise la clairvoyance et la réalisation intérieure de l’Homme accompli.
Qu’est-ce que la porte Daleth en franc-maçonnerie ?
La porte Daleth, quatrième lettre de l’alphabet hébreu, est en franc-maçonnerie le symbole du seuil entre le monde profane et la compréhension de la Loi Sacrée. Elle représente l’équation en trois dimensions que constitue Sagesse, Force et Beauté. Frapper à cette porte, c’est s’engager dans le déchiffrement de la Loi Sacrée, révélée par les outils rituels et les textes fondateurs.
Pourquoi la franc-maçonnerie s’intéresse-t-elle à la cosmologie ?
Parce que connaître l’Univers et se connaître soi-même sont pour le franc-maçon une seule et même démarche. Le cosmos – dont le nom signifie littéralement bon ordre, harmonie et intention structurée – est le miroir de l’homme intérieur. La quête maçonnique rejoint ainsi celle des astrophysiciens cherchant une théorie du Tout, résumée par la formule universelle Ordo ab Chaos.
Qu’est-ce que l’égrégore en loge maçonnique ?
L’égrégore désigne en loge maçonnique la force collective et spirituelle générée par l’union des frères lors du rituel. Lors de la célébration de Sagesse, Force et Beauté, cet égrégore se manifeste par une batterie fédératrice, une acclamation collective et une chaîne d’union. Ce moment d’énergie partagée est ce qui permet à la Lumière d’apparaître en chaque frère présent.
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