
La foudre embrase un chêne millénaire. Au seuil de la caverne, un enfant prognathe voit dans les étincelles envolées les cendres de son père, chef et roi. Au matin, il emporte un charbon tiède et trace au plafond de la grotte un point, puis un trait. Ainsi naît le premier ciel fabriqué : la voûte étoilée, mémoire des morts et matrice de toute transmission.
Cette nuit, la foudre vient de s’abattre sur le vieux chêne en haut de la colline. L’arbre, si grand, si fier, érigé comme un mât, s’embrase et éclaire toute la vallée. Le ciel est un océan démonté, tumultueux et des nuages épais tournoient en volutes de fumées noires. Cet arbre aux feuilles grasses, vivant et fécond depuis les plus lointains souvenirs est désormais une flamme immense qui s’excite et qui se contorsionne autour des trombes d’eaux puissantes qui assaillent le feu.
Au seuil de la caverne, blotti dans sa peau, un enfant prognathe regarde avec incompréhension ce luminaire improbable. Ses grands yeux noirs, gorgés de peur et de larmes, brillent et s’écarquillent un peu plus à chaque étincelle qui s’envole et qui disparaît dans la nuit.
L’enfant prognathe pense au père, au chef, au roi. Il pense à celui que les frères de la tribu ont brûlé sur le bûcher funéraire, il y a quelques saisons. Les frères de la tribu avaient chanté et dansé autour du brasier. A l’aube, un tas de cendre tiède blanche comme du sel, s’était envolé et s’était répandu dans toute la vallée. L’enfant prognathe attendit le retour de la nuit, avec patience, pour retrouver ces petites étincelles merveilleuses suspendu au-dessus de sa tête dans le ciel d’encre.
L’enfant prognathe croit qu’il retrouvera son arbre et qu’il pourra à nouveau se réfugier dans son feuillage là où les fauves et les loups ne pourront pas l’atteindre. Il croit aussi qu’une nuit, il retrouvera son père, son chef, son roi.
Au matin, la rosée a eu raison du grand feu, l’arbre vert, puis rouge, puis noir est maintenant calciné et blanc, pur. L’enfant prognathe s’approcha alors du squelette. Il cassa une petite branche épargnée, encore tiède, et se réfugia au fond de la grotte. Aujourd’hui, il ne regardera pas les chasseurs s’en aller au loin.
Il repéra dans la pénombre une surface plane et lisse au-dessus de lui. Il traça avec son petit crayon de bois calciné, un point, puis un trait, puis un autre point, puis un autre trait. Demain, il ira à la rivière récolter de l’argile brune, puis plus loin de la craie et il retournera vers le vieil arbre mort et prendra un peu de son charbon.
Depuis, chaque jour, l’enfant prognathe se réfugie au fond de la terre et communique avec ses étoiles. Il les connait, il les reconnait et chaque jour, il trace de nouveaux points qu’il nomme et il s’envole avec elles, dans un ciel qu’il a fabriqué pour lui.
Ses enfants, puis les enfants de ses enfants feront de même…
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