L’homme complet

Silhouette dorée illuminée, symbolisant l’élévation spirituelle.
Un être rayonnant entouré d’énergie cosmique.

La quête initiatique de l’homme complet en Franc-Maçonnerie repose sur un travail intérieur profond, mêlant symbolisme, discipline et transmission. Ce parcours exige une remise en question permanente pour tendre vers la perfection tout en acceptant sa place dans l’Ordre.

La quête de soi à travers le symbolisme maçonnique

Je suis, depuis que je suis adolescent, à la recherche de moi-même, même et y compris au travers de révoltes et des conflits. La symbolique m’a été offerte jeune, trop jeune peut-être, mais immédiatement, elle m’est apparue comme non figée. Il est toujours possible de modifier le nombre de symboles et leur disposition rituelle voire de les perfectionner. Toutefois, cela n’autorise personne à l’interprétation libre et délirante sinon le risque est que le langage symbolique qui relie les hommes entre eux disparaisse au profit soit d’un symbolisme éthéré sans plus aucune relation avec l’être, soit d’un groupuscule de « masturbateurs de quintessence ». Nous ne sommes pas en maçonnerie pour « alimenter » la gigantesque consommation de curiosités de l’ésotérisme sans valeur. Il suffit de rendre visite au rayon dit « Esotérisme » d’une librairie pour s’en persuader.

L’interprétation, si exceptionnelle qu’elle soit, ne doit pas faire oublier la « musique » ésotérique dont l’harmonique est précise. Les notes sont depuis toujours identiques et pourtant la création musicale de l’homme est toujours possible, libre et infinie. Notre symbolique est un moyen puissant et éprouvé pour mettre « à l’unisson » une pluralité, une multitude de femmes et d’hommes, pour ramener au même rythme leur respiration, les battements de leur cœur et leurs sentiments, à accomplir les actes sacrés nécessaires à la découverte de leur être profond et leur relation avec l’autre.

On le sait : notre Art cherche à approcher de la perfection, de l’être pur, de la réalité pleinement accomplie. Souvent, nous avons, lors d’une tenue particulièrement riche en dévoilements et en accouchements, senti le cheminement du devenir de l’être, du possible au réel.

L’épreuve du doute et le poids de la différence

Mais, comme tout être vivant, j’ai mon démon et mon « amor fati » (l’amour du destin). Quand je pris conscience de ma situation et de mon destin social, je vis immédiatement arriver, sans jamais l’éviter, l’admiration ou plutôt l’envie des autres, et souvent je fus traiter de « suspect », d’arriviste et naturellement l’admiration ouvrira les portes au dénigrement et à la haine.

Fort heureusement, je sus mettre, très jeune, un rituel de détachement et d’affirmation de ma liberté de pensée et de conviction. Je dois être honnête, je me suis senti différent… et cela ne m’a jamais rendu heureux. 

Me suis-je senti supérieur ou inférieur ?

Me suis-je senti écraser par une structure étouffante et sclérosante ?

Ma recherche m’entraînait sur des chemins ardus, difficile, chemin qui, trop souvent pour l’être possessif que je suis, fuyait sous mes pas. Je ne voyais pas le but de ma quête, je ne dominais pas les outils, les fils d’Ariane s’estompaient pour se transformer en un nuage qui, au lieu de se contenter de l’entourer m’empêchait de contempler le Delta lumineux.

La singularité comme chemin initiatique

Je me sens différent. Le suis-je vraiment ?

Différent par cette soif d’absolu dans la démarche.

Différent par la volonté de ne jamais arrêter de marcher.

Différent par la conscience de ne pas être arrivé et qu’après tout, en haut de cette petite butte dominant le territoire de quelques mètres carrés, la vue est suffisante et que l’heure du repos n’est pas arrivé.

Différent dans le croyance que la communication entre les hommes n’est pas un but en soi, mais un moyen si quelques hommes désirent partager des instants privilégiés pour échanger leurs expériences, leurs solutions pour éviter, contourner ou faire face aux épreuves qui se présentent. Cela ne changera que peu de choses dans leur vie future s’ils se contentent de parler et non de vivre !

Différent car résolu à rester fidèle à l’esprit et à user de toutes mes forces pour sauver et maintenir un noyau de « bonnes traditions », de discipline, de méthode et de conscience.

Différent dans le refus de penser que la Franc-Maçonnerie n’est qu’un simple jeu où le fondement réside dans les mots, dans les phrases, rituelles ou non, comme si le seul désir était de disposer d’un noyau intellectuel pour exprimer, mais aussi tester le contenu d’une pensée nouvelle qui, automatiquement, doit remplacer les précédentes.

Différent dans le fait de sentir, à chaque étape parcourue, à chaque responsabilité acceptée, acquérir aucune liberté nouvelle ou supplémentaire, au contraire !

Différent par cette frappante ressemblance avec le pavé mosaïque pour prendre conscience, au-delà de l’enseignement classique de la dualité, de la nécessaire résolution de mon propre labyrinthe et d’être une infime partie de l’Univers, même si je suis la seule clé de la compréhension de tout l’Univers.

Différent de sentir que, par certains aspects, le symbolisme analogique ne permet pas les conditions favorables à une réelle création, une réelle mise au jour de mes potentialités, une réelle prise de conscience de notre Être profond. A étudier tous les auteurs classiques ou modernes, on en oublie souvent d’écrire de nouvelles et merveilleuses pages de littérature.

Et puis, le hasard, la nécessité, un regard triste, une discussion joyeuse, une amitié naissante ou retrouvée… que sais-je encore !

La différence et l’unité : vers la liberté de conscience

La vie maçonnique n’oublie pas ses adeptes et lui montre que cette différence est le lien indispensable entre nous. Seule cette différence nous permet de tenter d’expliquer, de défendre s’il le faut, nos visions obligatoirement contradictoires car elles sont notre mode de pensée et de vie.

Nous sommes faits pour reconnaître avec précision les antinomies, tout d’abord en leur qualité d’antinomies, mais ensuite en tant que pôles d’une unité. Il en est également ainsi de la Symbolique maçonnique.

Les natures des initiés « artistes » en sont éprises parce qu’on peut y faire montre d’imagination ; les esprits rigoureusement scientifiques le méprisent sous prétexte qu’il manque à la Symbolique ce degré de rigueur. Pourtant, ces deux oppositions peuvent se fondre dès lors que l’on accepte d’appliquer rigoureusement une démarche, une méthode afin de développer nos capacités créatrices qui, elles-mêmes, respectent la démarche.

C’est cela, à mon humble avis, la liberté de conscience !

Ce n’est ni la licence ni la fermeture et encore moins l’absolutisme comme cela l’est amplement exprimé dans la formule pourtant si célèbre de « liberté absolue de conscience ». La vraie liberté n’a nul besoin de ce qualificatif.

En vérité, chez les âmes sincères et les esprits ouverts vers l’altérité, ces réactions passionnelles n’existent pas parce qu’ils ont compris que nous n’étions rien de plus qu’un essai, une étape.

Mais cette étape doit nous conduire vers le lieu où se trouve la perfection !

Nous devons tendre vers le centre et non vers la périphérie.

Responsabilité, doute et persévérance sur le chemin initiatique

La maçonnerie de liberté n’est pas seulement une sélection, elle doit être avant tout une hiérarchie de devoirs, un édifice dans lequel chaque pierre ne doit sa signification qu’à l’ensemble. Cet ensemble n’a pas d’issue, et, quand on y monte et qu’on y reçoit des tâches plus hautes, on n’y acquiert pas davantage de liberté, mais seulement des responsabilités de plus en plus lourdes.

Arrive toujours, sur ce chemin ardu et exaltant de son initiation, le doute.

Nous avons tous traversé ces moments de crise au cours desquels toutes les études, tous les efforts deviennent contestables et souvent sans valeur. Alors, nous avons plus envie de travailler notre jardin, nous avons besoin d’aller jouer à la pétanque, boire un coup avec des amis ou de se transformer en oiseau qui gazouille sur la branche, le bec au vent, au lieu de travailler sa descente le long de la perpendiculaire…

Il m’est arrivé de chercher toutes les possibilités de fuite et de « libération » les plus singulières, je songeais à m’en aller par le monde. Alors, la parole de mon Maître, de mon ami, de mon Frère m’éclaira : « écoute cette musique, respire, fais le vide, calme-toi, fais une promenade tout seul, ne parle pas. Puis, reviens sur ta vie, entre en toi et décide seulement ».

Plus nous exigeons de nous, ou plus notre tâche du moment exige de nous, et plus nous avons besoin de cette source de vigueur qu’est le travail symbolique, de cette réconciliation sans cesse renouvelée de l’esprit et de l’âme. « Que tu deviennes professeur, savant ou musicien, aie le respect du « sens », mais ne t’imagine pas qu’il s’enseigne ! »

C’est en voulant enseigner ce « sens » que les philosophes de l’histoire ont gâché la moitié de l’histoire universelle, ouvert la porte à l’ère des « pages d’actualité et contribué à faire répandre une quantité de sang sur cette terre.

L’engagement initiatique : équilibre entre vérité et responsabilité

Il ne faut pas oublier qu’introduire dans le monde une jolie petite plantation de roses, c’est encore possible. Mais, il apparaît douteux que le planteur réussisse à introduire le monde dans sa roseraie.

Faut-il renoncer à l’universalisme, renoncer au présent et à ses lendemains au profit d’une perfection ? Elle est pourtant celle du passé, c’est une forme sublime de fuite. Ce n’est pas la voie du cherchant franc-maçon !

Toute accession à une fonction de degré supérieur n’est pas un pas vers la liberté, mais un lien supplémentaire avec l’Ordre Initiatique. Plus les pouvoirs de la fonction sont grands, plus son service est strict. Plus une personne est forte, plus l’arbitraire lui est interdit.

L’esprit de notre Ordre se fonde sur deux principes : l’objectivité et l’amour de la vérité dans l’étude et la pratique de la sagesse méditative des symboles et de l’harmonie de vie dans une communauté initiatique vraie.

Garder l’équilibre entre ces deux principes, c’est pour nous être sages et dignes de notre Ordre. Nous aimons les sciences, chacun la sienne, mais nous savons qu’il ne suffit pas de se vouer à une science pour être totalement à l’abri de l’égoïsme, du vice et du ridicule. Ici, c’est par la méditation des symboles, par la pratique des multiples degrés, l’un éclairant l’autre, que nous cherchons à exorciser la bête tapie en nous et le diable qui niche dans chaque être. Il n’est pas question d’être des virtuoses des symboles et ainsi flatter la vanité des artistes, mais d’être capables des plus grands exploits intellectuels : savoir toujours se dépasser, simplement, humblement.

La Franc-Maçonnerie est un moyen d’élévation, non une finalité

Notre ordre est un monde dans lequel les plus hautes envolées spirituelles et les plongées les plus ferventes vers les valeurs essentielles sont encore possibles, et où le développement supérieur et le libre jeu de la spiritualité ne connaissent plus aucune limite.

Toutefois, il existe un danger : celui de voir en la Maçonnerie qu’une fin en soi. Elle n’est qu’un moyen pour nous aider à mieux vivre la vie que nous rêvons de vivre ! Les abstractions sont ravissantes, mais je suis d’avis qu’il faut aussi respirer de l’air et manger du pain.

Il n’y a pas de vie noble et supérieure, si l’on ne sait pas qu’il existe des diables et des démons et si on ne les combat pas constamment !

La franc-maçonnerie est grande et belle, même si c’est une évasion pour certains, même si, par dessus le marché, ceux-là seraient en majorité chez nous, souvent pleutres et timorés, trop souvent manipulateurs et profiteurs, jouant au parti politique, jouant au cérémonial bien léché mais sans aucun sens. Malgré ceux-ci ou ceux-là, la maçonnerie sera toujours le lieu privilégié de l’échange, du partage et elle ne perdra jamais sa valeur ésotérique ni son éclat de vraie sérénité, elle sera toujours le lien entre l’odeur de la terre quand on la saisit et la malaxe dans sa main et l’esprit libre de la conscience libérée.

Accomplissement initiatique, transmission du savoir

Nous sommes à la recherche de notre centre d’où l’on pourrait savoir, voir et déchiffrer tout le passé et tout l’avenir. Quiconque se trouverait en ce point central verrait la Connaissance venir à lui comme la vallée voit venir l’eau des montagnes. Sa parole toucherait au but, aussi tranchante et aussi infaillible que la pierre taillée caressée par le tailleur ayant terminé son Chef d’œuvre. Par la force de l’esprit, ce tailleur réunit en lui et laisse jouer tous ses dons particuliers, toutes ses capacités. C’est l’homme parfait, sage, sans rival !

Être comme lui, se rapprocher de lui, être sur le chemin qui mène à lui, c’est la voie suprême, c’est le but, c’est ce qui donne à notre vie sa consécration et son sens. Cet homme-là, c’est vous ! (Si vous le voulez vraiment !)

Oui, je l’ai rencontré !

Les adhérents en maçonnerie ne savent pas, et personne sans doute en dehors de moi ne sait comment il a été donné à mon Maître de vieillir, comment son corps se faisait petit à petit plus faible et plus caduc. Il ne vivait plus entièrement parmi nous, il vivait de plus en plus dans son univers personnel… Un jour, je me suis rendu chez lui. Je me mis à lui parler, je lui ai parlé sans cesse, des heures durant pour le ramener dans notre monde… Je ne m’étais pas aperçu tout de suite que quelque chose de son silence serein, de sa patience et de son calme passait en moi, et soudain je compris pleinement ce vieillard et le tournant qu’avait pris son être, quittant les hommes pour le silence, la parole pour la musique, la pensée pour l’Unité.

Il était parvenu à la perfection.

Alors, au prix de moins d’effort que je n’aurais pu l’imaginer, il me dit :

« Tu perds ton temps, mais je suis heureux de te voir. Tu te fatigues…

Nous ne serons jamais qu’une partie, qu’une petite partie de l’Univers. »

Je n’ai jamais plus entendu le son de sa voix.

J’avais trouvé ma voie, celle de la transmission désintéressée !

Celle d’être un Maître conscient que la tâche du Maître n’est pas d’être utile à son « élève » : tous deux doivent servir l’esprit !

Il nous faut entrer en contact avec les jeunes car la jeunesse est la période créatrice de la culture maçonnique de demain. Nous ne devons pas être les chantres de la fin prochaine de notre Art, de la science symbolique et de notre langage ésotérique.

Alors, à travers les feuilles et les branchages, la lumière du jour s’insinue en serpents d’or. Alors, les odeurs, les parfums des fleurettes, des essences végétales, des feuilles, des eaux, des mousses, des animaux, de la terre et de sa putréfaction surgissent. Alors, dans un ravin invisible du bois, un bruissement d’eau se fait entendre comme un papillon de velours blanc tacheté de noir et de rouge. Alors, le miel coule, le cerf brame, les feuilles s’affaissent. Alors, le temps est venu !


En savoir plus sur GOTM

Subscribe to get the latest posts sent to your email.

Soyez le premier à commenter

Laisser un commentaire