Épisode 7 : Le mythe Adam-Eve

Livre ouvert et plume dans une forêt, illustrant “feuilleton relire Adam et Ève” sur le GOTM.fr, lecture ésotérique et initiatique.
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Dans ce septième épisode, nous abordons l’une des scènes les plus méconnues et les plus profondes de la Genèse ésotérique : le moment où Adam nomme les animaux. Loin du récit naïf d’un homme distribuant des étiquettes aux créatures, la kabbale révèle ici un acte initiatique fondateur — celui par lequel la conscience fixe le Principe en la forme. Nommer, c’est reconnaître, c’est rendre observable, c’est participer à la création sans jamais s’en prétendre l’auteur. Nous découvrirons pourquoi chaque Nom est un algorithme sacré, pourquoi la quête de la « force auxiliaire » reste inassouvie parmi le règne animal, et comment cette épreuve fait d’Adam, contre toute attente, le premier écologiste de la Tradition.

Chapitre 4 -1ère Épreuve pour Adam : Nommer les animaux.

« Remarquons que si l’on dit les animaux au pluriel, on dit l’homme au singulier. Parce que l’homme est unique. De même, nous dirons que les animaux font des crottes, alors que l’homme sème la merde ». Pierre Desproges

Le principe préexiste à la matière ! Il doit donc apprendre à reconnaître l’existant pour lui « donner vie ». Au verset 19, Adam nomme toute espèce de volatile des cieux.

Ainsi, il participe à la formation des animaux alors même qu’il n’existait pas au moment de leur création. Extraordinaire ! Cela nécessite une explication. N’oubliez pas qu’il y a une création en principe et que c’est par l’acte réalisé par Adam que les choses prennent vie, au sens quantique du terme, donc plus exactement : elles deviennent observables par l’Homme.

Oh, ne donnez pas à Adam un pouvoir qu’il ne possède pas.

Il participe à la création, mais il ne crée pas.

Il fixe le Principe en la forme (il nomme).

Il n’est pas le concepteur des êtres et des choses, mais parce qu’il existe et qu’il est doté de conscience, il donne vie à tout cela « au travers de lui », au travers du prisme de sa compréhension et, ce faisant, il les extrait des principes, et en les nommant, il leur donne ce qui leur manque : la faculté d’animer une forme dans la sphère organique.

Rappelons que Adam doit, toujours et en toute circonstance, respecter les êtres et les choses, il doit être utile à leur développement harmonieux, il ne doit pas les exploiter…

D’ailleurs, après les oiseaux (symbole de ce qui est volatile, « en haut »), notre cher Adam nomme, au verset 20, toute l’espèce quadrupède et toute l’animalité de la nature terrestre (symbole de ce qui est lourd, « en bas »).

La capacité de « nommer » peut amener certains esprits simples à croire que connaître le nom de quelqu’un et le prononcer d’une certaine manière (souvent en inversant les lettres ou par anagramme) suffisent à détruire l’Être. Faribole que cela, carabistouilles pour profiter de la crédulité des personnes fragiles.

Pire, donner la responsabilité à Adam de nommer les animaux a souvent donné l’illusion que Adam pouvait devenir « l’Être des êtres », supérieur à tout le vivant se développant sur notre terre. N’est-ce pas là une vision d’une terrible imbécillité ? Ainsi, se crée la première ségrégation.

Créer une ségrégation, c’est créer une impossible harmonie dans et avec la Nature. Ce sera ainsi, et il faut le regretter, la source d’une « ségrégation fractale » de même nature sur le plan humain, ce que l’histoire hélas démontre… La Bible a condamné toutes les potentialités de l’Homme à des vues bien mesquines et égocentriques qui seront lourdes de conséquences dans nos civilisations. Ce texte fut forcément corrompu car il contenait en germe la possibilité d’être interprété autrement que d’une façon sectaire et violente. Décidément, les intermédiaires de dieu manquent de sérieux !

Revenons à plus sérieux.

Ainsi, il convient de comprendre l’extrême importance et la signification du Nom : chaque nom est un puissant algorithme, une équation énergétique qui renferme en contingence d’être, des richesses de connaissances inouïes.

Rappelons-nous : chaque nom est une clé précieuse. Connaître la signification d’un nom, c’est expérimenter le mystère qu’il dissimule.

Un changement de nom exprime un changement d’état.

La kabbale n’est pas un commerce : pas de cours, pas de conférences, pas de séminaires… payants ! La kabbale, comme son nom l’indique, s’effectue de la main d’un homme à la main d’un autre homme, de la « bouche à la bouche ». Lors de la cérémonie de transmission,un changement de nom s’opère, le nouveau nom exprimant une transmutation d’état. C’est ce qui arrivera à Adam, mais patience.

Les Traditions ésotériques rappellent à l’homme comment se rapprocher de la création par la connaissance de son nom « en propre », qui n’a évidemment aucun rapport avec son « nom de baptême ». Savoir décomposer son Nom signifie la compréhension de son essence car un nom est une formule qui contient tous les éléments qui servent à la manifestation d’un Être.

La connaissance du Nom constitue le « grand mystère » de l’initiation. Elle est scientifique et ne dépend nullement d’un hasard, d’un désir ou d’un délire. Il faut comprendre, percer, ressentir, pressentir, « intuiter » la formule de son Nom.

Connaître son Nom, ce n’est ni le créer, ni le détruire, comme trop souvent cela est écrit par des esprits « malades ». Le maléfice n’existe que dans les cerveaux pollués par les religions de l’endormissement. Le mal ne sert au fond qu’à manifester le bien, il le fait « renaître » ou, pour ainsi dire, « rajeunir ».

Connaître son Nom, c’est simplement se comprendre, s’accepter et remplir son devoir ! L’homme n’est pas seulement un animal, même s’il doit respecter le fait qu’il est aussi un animal et qu’il évolue dans la Nature, il est doté de raison.

Comme la Raison Suprême de la Création englobe synthétiquement toutes les manifestations possibles, l’homme « créé à son image » (au sens de son « ombre ») contient dans sa partie corporelle tout le développement préalable des phénomènes réels et, par sa partie spirituelle, tout ce qui existe en potentialité. L’homme peut se projeter dans son propre avenir, il est capable de prospective, d’imagination, de rêves.

La raison (Ish) a obligatoirement besoin de isha, le libre-arbitre, pour appliquer et manifester les conceptions. Ils s’unissent en équilibre parfait pour constituer la totalité de l’Unité synthétique à l’image du principe. 

Un « grand mystère » réside dans cette vision, mystère qui est à la base de la vie de l’Univers comme de celle de l’Homme : le mystère de la conception du lendemain. Bien entendu, ne prenez pas le terme « raison » seulement dans son sens littéral de raison raisonnante. Le mot « raison » doit plutôt être entendu dans un sens voisin du mot « cause ».

L’être d’un individu commence à sa conception. Cependant, il devient un être raisonnable et responsable quand il comprend sa personnalité, son moi manifesté par sa propre volonté.

Pour qu’un homme existe, il faut qu’il soit conscient de sa composition par l’énonciation de son Nom, nom formé dans l’intelligence et prononcé par le verbe.

On comprend mieux pourquoi il est dit : « tous les mots de la langue hébraïque sont formés de manière à porter en eux-mêmes la raison de leur formation » (Fabre d’Olivet).

Prononcer le Nom, c’est façonner par la voix l’image spirituelle ; écrire le Nom, c’est en dessiner l’image matérielle. C’est la raison pour laquelle de nombreuses Traditions cherchent à préserver le nom d’un homme après sa mort afin de continuer à lui donner vie. Ainsi, se créa l’illusion de l’éternité pour un individu et le délire de l’âme qui continue à exister de manière éthérée dans un lieu mythique ou un nuage rose au-dessus de nos têtes, mais que l’on ne voit évidemment jamais.

La « prestidigitation » doit être parfaite !

En vérité, « mon Nom est caché dans mon corps depuis ma naissance pour que la force de mon charme magique ne passe pas à un enchanteur contre moi » (Moret[1], Le Nil et la civilisation égyptienne) parce que le Nom est une formule magique qui fait vivre l’individualité de l’homme et qui lui est attachée par le nœud symbolisant le rituel magique « qui lie les forces de la nature dans une combinaison particulière et précise ».

L’initiation nous sert à sortir de « notre peau », de notre coquille et nous prépare ainsi à une vie individuelle. L’initiation doit donc nettement développer notre capacité analytique et notre faculté de synthèse afin de nous permettre de devenir l’être debout, élevé et doté d’un esprit équilibré.

Nous avons reçu tout ce qu’il nous faut pour vivre des forces de la nature, il faut maintenant, par l’initiation, libérer l’esprit en le « faisant jaillir sur le chemin de l’évolution ».

La légende de la Genèse, dans laquelle la raison (Ish) de l’homme universel (Adam) fut plongée par sa volonté (isha) dans le gouffre des passions, représente la même idée.

L’homme incarné est comme « un oiseau de passage qui prend son siège temporel dans le corps physique lui servant d’enveloppe où il habite. Son corps physique lui sert également de trône sur lequel il règne en manifestant son individualité au moyen de ses actes » (« Je suis le maître de la couronne » – Livre des Morts, Papyrus Nu).

La possibilité de « sortir » est de ma responsabilité, de ma volonté parce que l’état de « briller » est en moi. La possibilité d’entrer en moi est également de ma propre implication. La transformation d’état en état est de la seule responsabilité de l’homme.

Adam est sur le point de s’incarner, en principe, dans l’être conçu, mais il n’en a pas conscience, cela est indépendant de lui. En revanche, il désire la re-naissance parce qu’il devient de plus en plus conscient.

Un état forme l’autre, l’homme vivant prépare par ses actes son état suivant.

Mais, ces différents états d’évolution ou d’involution, conséquences de notre propre libre arbitre, ne sont que des transformations du même être, invariable dans son individualité, et présentant l’unité complète dont la formule est exprimée par le Nom.

Le nuage cache un temps le soleil, mais n’empêche pas la régularité de sa marche. C’est la Loi invariable de toute vie !

Contentons-nous d’intégrer que l’état préparatif (en potentiel) et réel (vie incarnée) constitue la globalité du cycle de vie.

C’est à notre libre-arbitre de choisir le moment de sa vraie naissance.

Il le fait après s’être reposé et après avoir accumulé les forces nécessaires pour sa nouvelle existence. « Je ne me plains pas des coups provenant d’hier », les épreuves subies sont nécessaires et obligatoires, elles servent de « pierre de touche » pour prouver son désir dirigé vers l’évolution. Ce désir est appétence de la joie lumineuse de se révéler soi-même à soi-même dans la Lumière, hors de la ténèbre originelle, par le mouvement permanent et éruptif du feu, de notre feu intérieur, notre force volitive (isha).

L’enseignement initiatique devient alors lumineux, « numineux », si j’ose dire !

A force de recherches et surtout à force de questions, les pensées se libèrent d’elles-mêmes. Cette « libération » n’a, bien entendu, rien à voir avec le fait de donner libre cours à tous nos caprices. Libération veut dire ici que les pensées cessent de s’enchaîner et donc de plonger notre esprit dans la confusion. Elles deviennent, comme l’exprime si justement le bouddhiste Matthieu Ricard : « comme un voleur dans une maison vide : le voleur n’a rien à gagner et le propriétaire rien à perdre ».

« Quel est ton nom ?» demande Mosché.

C’est alors qu’éclate la prodigieuse révélation : « Ehié Ascher Ehié » (Aleph-Hé-Yod-Hé, Aleph-Schîn-Reisch, Aleph-Hé-Yod-Hé). Alors, l’univers se précipite en lui !

Adam nomme, il ne crée pas, mais « il ne trouve pas – dans cet acte – sa force auxiliaire comme un reflet lumineux ». Adam ne trouve ni chez les oiseaux, ni chez les quadrupèdes ou tout autre animal d’ailleurs, ce qui lui manque pour atteindre la perfection, l’accomplissement.

Ce n’est pas le fait de nommer les animaux qui lui donne une supériorité sur les animaux. Il les reconnaît, il prend ainsi conscience de leur existence, mais aucun ne représentera sa « force auxiliaire ». Le chat, le chien, le cheval et la grenouille seront proches des hommes, mais ils ne seront pas cette « force auxiliaire » de Adam.

La « force auxiliaire » est d’une autre nature, comme lui.

N’oublions pas que Adam est mâle et femelle car il est l’archétype, le principe…

Ainsi, la réalité s’acquiert exclusivement par répétition. Adam ne cessera de nommer, il le fera de manière perpétuelle. Les hommes auront donc tendance à devenir archétypaux et paradigmatiques.

Nous avons bien compris que Adam, en nommant les animaux, les reconnaît car il les considère tels qu’ils sont, il a conscience de leur existence parce qu’il a conscience de la Vie, expression de son propre principe… En réalité, il les respectera. Il en prend l’engagement. Intrinsèquement, il les respectera…

C’est raté, non ? Décidément, les Hommes ignorent lire !

Celui qui sait lire le Livre de Moyse les respectera car il comprendra que les animaux représentent son passé, son origine. S’il tue un animal, il tue simultanément une opportunité de son développement.

Adam est bien le premier écologiste !


Dans le prochain épisode, nous pénétrons au cœur de l’un des plus monumentaux « plantages » de traduction de l’histoire humaine : le sommeil d’Adam et la fameuse « côte ». Oubliez tout ce que vous croyez savoir. « Tardamah » n’est pas un sommeil, « Tsala » n’est pas une côte, et celle que l’on appelle Ève… n’est pas Ève. Nous découvrirons comment une enveloppe extérieure levée — geste éminemment initiatique — fut transformée en récit de soumission, et comment isha, la force volitive de Adam, dessine en réalité l’avenir de l’Homme tout entier. Préparez-vous : le Ternaire Divin se révèle, et avec lui, le plus grand mensonge jamais imposé à la moitié de l’humanité.


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[1]     Alexandre Moret (1868-1938) est un égyptologue français.


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