
Dans le précédent épisode, nous avons commencé par une distinction que des siècles de confusion ont effacée : le chiffre compte, le Nombre raconte. Le chiffre mesure une quantité et se prête aux opérations de l’arithmétique. Le Nombre porte une qualité, une énergie, un archétype, et ne s’additionne pas plus que l’enthousiasme ne se multiplie par la laïcité. Avec l’alephbeith hébraïque, où chaque lettre porte le dynamisme du Nombre qui lui correspond, et avec Schwaller de Lubicz, pour qui « l’entendement est la Conscience du Nombre », nous avons appris à séparer le symbole, qui ne se livre qu’à l’initié, de l’archétype, ensemble de lois qui fait passer l’idée-germe à la réalisation.
Dans cet épisode, la méditation des nombres ouvre une autre porte. Il ne suffit plus de comprendre le Nombre : il faut apprendre à le recevoir, au sens premier de la Kabbale. Nous découvrirons pourquoi le Nombre se perçoit d’abord verticalement, de l’Un à l’Un décuplé puis à l’Un centuplé. Nous verrons aussi pourquoi le véritable sacrifice consiste à rendre sacré, et comment l’Unidualité ramène l’être fragmenté vers l’Unité.
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Recevoir le Nombre
Nous comprenons mieux la différence entre le symbole et l’archétype, ainsi qu’entre l’idée qui germe et l’archétype. Pour créer, il faut réunir 3 éléments :
– l’idée-force ou forme ;
– le processus (archétype) accompagné des forces archétypales (représentées par les lettres-nombres, mais ce n’est pas le seul système de représentation) que l’on doit mettre en œuvre ;
– et la réalisation (consécutive à une force volitive que nous possédons tous – cf. Genèse – Le Livre de Moyse).
S’il n’y a pas de réalisation, nous ne quittons pas le domaine du fantasmagorique, du délire. L’épineuse question est de savoir si nous ne sommes que d’humbles vecteurs de la création ou si nous sommes de réels créateurs ? Le Livre de Moyse apporte une réponse : nous sommes les continuateurs de la Création. Grande est donc notre responsabilité, importante est la nécessité de posséder ces archétypes et d’étudier ésotériquement les Nombres !
Tout se situe au niveau de notre Être car les forces archétypales sont en nous.
Il suffit de comprendre les archétypes et d’apprendre à nous servir correctement des processus et vibrations. Alors, nous pourrons véritablement créer ! En vérité, nous sommes tous capables de réaliser la matérialisation de la Création parce que nous en avons conscience ; l’énergie suit la pensée, la parole est une création… Si l’homme n’existait pas, la conscience de la création ne serait pas.
Ce mécanisme est, si l’on y réfléchit bien, le propre de l’Initiation.
L’initiation présente les choses pour que soit accessible cet état de concrétisation de la Création, à un groupe humain donné – à un moment donné – pour l’amener à un autre degré d’évolution. C’est ce que nous faisons actuellement tant dans nos Loges qu’au sein du CERM. Le travail que nous faisons est un travail hors du champ des religions, dans le seul but de réaliser le Plan, notre plan (à chacun d’entre nous). L’initiation nous aide à définir ce Plan.
Il ne nous est pas supérieur, il est une partie de nous, il est nous car c’est nous qui travaillons sur la Planche à tracer.
L’individuation, représentée par le Adam de la Genèse hébraïque, est la focalisation de l’aspect de notre Être intime, celui de notre intelligence créatrice, pour que celle-ci puisse s’exprimer au moyen de la Nature en forme. Cette intelligence créatrice se situe dans les germes des trois archétypes de la Vie, de la Lumière, de la Puissance. Nous possédons ces germes, il s’agit maintenant de les mettre en œuvre. La connaissance des Nombres est une des manières de cette mise en œuvre.
Nous sacralisons les choses ; la sacralisation ne peut se faire sans nous, elle ne nous est pas extérieure, au contraire ! En vérité, le véritable « sacrifice » c’est rendre sacré, autrement dit, mener à un niveau supérieur la nature inférieure. Se sacrifier au groupe, rendre sacré, sacraliser notre action, n’est-il pas l’essentiel de notre engagement de Maçon ? L’initiation est alors une expansion de conscience grâce à la pénétration dans l’Être Humain des énergies qui caractérisent la Vie. Pour permettre cette pénétration, la Personnalité doit être intégrée à la Nature et ses mécanismes, c’est la lumière de la Monade (principe absolu de l’Unité parfaite) des Nombres qui pénètre par le Coronal, le Frontal, l’Occipital ; nous sommes alors en présence de notre transmutation, du début de la période de transformation : alors, l’initiation va commencer.
Ce qui implique :
– La libre utilisation du mental : la faculté de concentration que l’on développe lors de la méditation des lettres-nombres par exemple,
– La faculté de contrôler les émotions,
– La capacité de prendre contact avec le plan des idées (c’est l’objet de notre travail symbolique).
Alors, le Génie parle !
Alors, nous irons de 9 à 3 puis du Ternaire à l’Unité.
5 – 4 – 3 – 2 – 1 – partez.
La question essentielle doit être posée : « comment recevoir le Nombre ? »
Le problème est bien de le recevoir ! Pourtant, curieusement, le Nombre est conçu par l’entendement humain, même si certains animaux sont capables de percevoir voire d’utiliser les chiffres.
La démarche intellectuelle naturelle et immédiate nous ferait dire : non, il faut « comprendre les nombres » car ils sont des objets de transmission ésotérique laissés à nous par nos anciens. Oui, mais, et c’est un paradoxe supplémentaire, nos anciens nous apprennent que pour comprendre il faut « recevoir » (sens réel du schème « kabbale ») et, plus encore, se mettre dans la position de recevoir, donc d’ouvrir toutes les écoutilles, de laisser son cœur accueillant à « tous les possibles-possibles » … pour réaliser son expérience corporelle et vibratoire. Cette démarche ne peut être ouverte à tout le monde, elle nécessite une forte implication ou un don extraordinaire pour vivre le plan ésotérique parce que, devant nous, s’ouvre la porte véritable de l’ésotérique. La méditation des nombres fait vivre en nous les qualités énergétiques qu’ils possèdent. La méditation des nombres ne peut, en aucun cas, de près ou de loin, être assimilée à cette fausse méditation transcendantale de la passivité et de l’attente, car nous sommes des constructeurs.
Pour tous ceux qui ne seront pas encore arrivés à ce niveau d’étude et de vision méthodologique sur les nombres, laissons-les prendre du plaisir dans la recherche de la compréhension des nombres car nous pourrons, certainement, les rejoindre au moment « d’envisager la valeur abstraite des Nombres dans leur aspect archétypal par le biais de notre intelligence mentale » (Fred Molina).
Bien entendu, les nombres sont des également véhicules.
Les archétypes ne sont limités qu’en apparence afin d’être plus compréhensibles des êtres humains et ainsi plus aisément utilisables par l’Homme. En fait, les archétypes ne sont pas limités car ils possèdent, tout comme un symbole, plusieurs niveaux de compréhension, plusieurs strates d’utilisation, en fonction de notre besoin et de notre analyse d’une situation. Un archétype ressemble à une note de musique qui est toujours la même, mais si différente toutefois quand elle change d’octave. Les octaves sont théoriquement sans limite (en haut et en bas), les archétypes sont théoriquement sans limite (enfin, presque !).
Mais comment « vivre les nombres » ?
En vérité, les nombres ne vibrent pas de la même manière en fonction de leur milieu ambiant.
Il est complexe d’expliquer l’énergie dans son ensemble. Nous baignons dans l’énergie. Nous baignons dans les nombres. C’est là la différence entre chiffres et Nombre. Le chiffre nous permet de compter la quantité. Le Nombre comme la Lettre ou l’Archétype, est une énergie qui représente une énergie capable de donner vie à quelque chose.
Le Nombre va nous faire vibrer suivant l’idée. Le Nombre va nous faire vibrer en fonction de l’idée et va également permettre à cette idée d’être créée. Ressentir les Nombres, les lettres est une étape importante pour bien comprendre ce qui nous entoure, et se comprendre ainsi que comprendre les autres.
Le Nombre informe ce que la lettre forme
Toutefois, posons-nous la question de l’appréhension des Nombres, avant celle de la compréhension ? Nous parlons des trois niveaux d’approche du Nombre : unité, dizaine, centaine, ou plus précisément Unité, Unité décuplée, Unité centuplée, si nous voulons rester dans le langage des Nombres…
Car, s’il est besoin de le rappeler, le Nombre se perçoit d’abord « verticalement » (1-10-100) et non « horizontalement » (1, 2, 3, …). Le Nombre dans son unité abstraite peut se comprendre intellectuellement, mais ne se perçoit que dans l’actualisation, et parce que les qualités de ce Nombre sont suffisamment décuplées et donc perceptibles à nos sens. Ainsi, il semble plus raisonnable d’aborder dans un premier temps le Nombre par une approche phénoménologique, pour revenir dans un deuxième temps à sa valeur archétypale et abstraite. Quant aux Unités centuplées, qui vibrent en fonction de leur accomplissement, elles se comprendront aisément dans un troisième temps : Dieu rendra au centuple tout ce qu’on fera pour lui. Les Unités centuplées sont en quelque sorte un « retour sur investissement » et nous montrent si nous avons bien gagné notre salaire !
Aussi, il est important aujourd’hui de pouvoir écrire correctement les Nombres : 10 ne s’écrit pas dix – dix est le nombre/quantité – mais Un décuplé. 100 ne s’écrit pas cent, mais Un centuplé, etc.
Si nous voulons jouer des Nombres, alors jouons des mots !
Ainsi, plaçons l’espérance dans les centuples, comme nous y plaçons la Beauté…
Le concept d’Unidualité s’impose alors, car il démontre que la dualité n’existe pas, que les deux éléments qui semblent se distinguer, s’opposer, ne sont, en vérité, que les deux parties visibles d’un Tout, moins visible mais, Ô combien, plus essentiel. Que nous aspirions à la Paix ou que nous recherchions en permanence le conflit, nous sommes tous en quête d’Unité. C’est la raison pour laquelle toutes les Traditions, directement ou indirectement, nous mènent, progressivement, pas à pas, à prendre conscience que le but est l’Unité. Le triangle est 3 et, pourtant, il est unique, les quatre points cardinaux n’ont de sens que si nous sommes au centre, debout, représentant ainsi la 3e dimension, la verticalité, etc.
La démonstration est aisée.
Ne confondons pas l’unité avec l’uniformité car l’unité intègre harmonieusement les contraires, au risque de nourrir les sectarismes et totalitarismes habituels (politiques, religieux, …).
Nous l’avons bien compris depuis les années que nous polissons les bancs des colonnes maçonniques : l’Unité naît avec la connaissance de soi et donc l’acceptation de nos propres conflits (externes et internes, les uns expliquant ou éclairant souvent les autres). Nous sommes fragmentés et tout le travail de recherche fourni par notre CERM sur la Symbolique des Nombres le prouve, sauf que ce travail justement nous aide à prendre conscience de cette fragmentation et qu’il nous autorise à caresser l’espoir de retrouver le chemin de l’Unité.
Tout homme qui cherche la Vérité, dans sa quête, se trouve confronté aux trois questions suivantes, classiques, qui sont pour lui un “garde-fou” et un repère : Qui suis-je ? Où vais-je ? D’où viens-je ?
Il est bien évident que ces trois questions n’apportent pas une réponse satisfaisante et définitive et, qu’en fait, ces questions se posent perpétuellement au cherchant. Là, se situe le « connais-toi toi-même » des Anciens.
Celui qui se pose des questions est celui qui tend vers « autre chose ».
Il pressent qu’il existe un autre état possible qui le met dans une inconfortable position. Chaque homme qui est en recherche tend à s’unir à un complément susceptible d’amener un élément supplémentaire qui sera digéré et intégré, dans le seul but de s’enrichir intérieurement.
C’est le propre de tous les aspects de la Grande Tradition que d’amener l’homme à l’Unité.
Or, l’Unité c’est l’harmonie, c’est la dualité intégrée dans une perspective supérieure, qui montre tout ce qui peut apparaître du domaine du bien et du mal, faisant partie d’un tout nécessaire. C’est aussi la « ré-intégration » progressive dans un principe de vie universelle qu’on nomme symboliquement : Hhiram, âme du monde, Grand Architecte de l’Univers, Verbe, démiurge ou Dieu.
L’Homme, ce n’est un secret pour personne, et une évidence pour tous, est tiraillé, sollicité, en tous sens, au plan physique comme au plan moral, il est capable du meilleur comme du pire, imparfait et pourtant porteur des germes de la perfection. Ce principe de vie est en lui, mais il lui semble comme étranger. En nous, mais en potentialité, nous effectuerons la jonction réelle avec lui, par aimantation, nous l’intégrerons en nous par les qualités propres au feu dans ses diverses manifestations.
À ne pas manquer – le prochain épisode
Qu’est-ce qui part multiple, voyage un, arrive deux et revient un ?
Le prochain épisode répond à cette énigme, et il renverse une évidence : l’Un ne vient pas avant le Deux, il en jaillit. Nous verrons comment s’opère l’aimantation annoncée aujourd’hui. Nous verrons pourquoi l’âme et la chair doivent rester libres l’une de l’autre, et pourquoi les Noces intérieures sont toujours à recommencer. Le zéro nous apprendra que le vide n’est pas rien. Nous découvrirons aussi que nous ne naissons pas chargés d’une faute à racheter : notre tâche est de retrouver l’esprit d’enfance. Enfin, nous verrons comment la mesure brise l’Unité.
Pour la percevoir, il faudra peut-être désapprendre à compter.
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