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Dans ce sixième épisode, nous pénétrons au cœur du Jardin pour interroger la véritable signification initiatique de l’Arbre de Vie et de son double, l’Arbre de la Connaissance du Bien et du Mal. Loin du péché originel imposé par les dogmes, c’est une tout autre lecture qui se révèle ici : celle d’un Adam-germe, nomade éternel, tiraillé entre deux polarités et confronté à la souffrance non comme châtiment, mais comme seuil de transformation. Une traversée exigeante, au croisement de la Kabbale, de la symbolique maçonnique et de la philosophie initiatique.
Chapitre 3 – Il était une fois le bien, le mal, l’Arbre de vie et la souffrance
« Le sacré et le profane constituent deux modalités d’être dans le mode, deux situations existentielles assumées par l’homme au long de son histoire » Mircea Eliade
Au Verset suivant (le 9e), on apprend qu’à l’intérieur de cette enceinte se développe toute substance végétative, « belle autant que possible selon la vue » et « bonne selon le goût », et l’une des deux substances organiques qui se situe « dans le centre est une substance végétative de la connaissance du bien et du mal ».
Certains ont traduit cela par du « bois » ou « d’arbre » plutôt qu’une « végétation de la nature élémentaire ». D’ailleurs, une « matière au travail » a donné « sylva » en latin…
En vérité, l’Eden est le Meqâddam (traduction littérale : à l’Est).
Ce schème indique une poussée vers l’avenir, une anticipation.
Le germe « Adam » est projeté dans la tourmente d’une intense activité qui lui interdit de se figer, de se fossiliser.
La substance de ce jardin est nommée ADAMAH et comprend tout ce qui peut stimuler les sens de Adam : « des arbres de toutes espèces, agréables à voir et bons à manger » ; et, au milieu, deux arbres fameux : l’Arbre de Vie et celui du Bien et du Mal.
La nature de l’Arbre de la connaissance, du bien et du mal, nous questionne ainsi que se pose la question sempiternelle pour laquelle il est interdit d’en manger le fruit. Cet Arbre est, certes, un arbre sacré et, donc, semble être « inviolable ». Il me semble qu’il est nécessaire d’interpréter cet Arbre de la connaissance comme un « héritage du totémisme des religions archaïques », comme cela est cité souvent dans la littérature religieuse. Cet Arbre est considéré comme sacré parce que son fruit détient le mana[1]. Ainsi, Adam va s’emparer de dispositions, de capacités, de savoirs connus habituellement des Élohim. D’ailleurs, les Elohim ne vont pas l’en empêcher.
D’autres mythes, dont certains ont pu influencer l’élaboration du mythe biblique, rapportent que certains héros légendaires ont acquis des pouvoirs réservés aux dieux. Par exemple, l’Épopée de Gilgamesh (Épopée sumérienne – 1750 avant JC) relate que son héros a voulu conquérir l’immortalité des dieux.
Il existe une autre version égyptienne : Pharaon garde pour lui seul un arbre marqué à son nom qui confère des pouvoirs que convoitent pour eux les épouses des prêtres égyptiens. Elles organisent donc une mutinerie en vue de dérober ses fruits…
Le mythe de Adam et de Eve a pour objet de relater comment l’être humain, avec l’ensemble de ses capacités, est né sur cette terre et surtout comment nos deux héros vont y évoluer, y vivre et procréer. Le processus de l’engendrement de l’Homo sapiens-sapiens devient parfaitement explicite. Ce processus ressemble à une gestation (comparable à celle d’une « graine » dans la terre-mère), et celle-ci a lieu à l’intérieur rassurant du Gan.
Ainsi, le mythe décrit bien le processus par lequel l’homme est devenu ce qu’il est, avec ses caractéristiques propres. Il est en effet un être ayant l’aptitude à la connaissance du bien et du mal (ce qui le différencie des animaux et le rapproche des Élohim).
En réalité, l’Arbre du Bien et du Mal ne pose rien de moins que le principe de la Liberté. Celle-ci appartient à chaque créature apparaissant sur notre Terre, par son action dans son milieu, de par instinct ou de par sa propre volonté. Le mal, considéré comme le « rejeton de la vie végétative », est nécessairement évolutif et conduit à la mort, car tout ce qui est imparfait est soumis aux cycles « vie-mort ».
Le bien et le mal sont donc deux polarités inhérentes aux règnes de la Vie.
A partir de l’arrivée de Adam, la Connaissance du bien et du mal ne relève plus de l’omniscient, mais justement de ce qui ne l’est pas… L’arbre du bien et du mal est celui de la découverte, de la méthode de vie, du libre arbitre qui permet à Adam de prendre conscience des conséquences de ses choix. Il est lui-même une des conséquences des choix expérimentaux de la Nature élémentaire. Adam, est-il bien ou mal ? Seul l’Arbre de Vie pourra en témoigner à la manière du généalogiste.
Pourrions-nous nous engendrer comme ce fut le cas jusqu’à ce jour ?
Lequel de ces deux Arbres choisir ? Mystère, si j’ose dire !
Adam est le germe, Meqâddam l’attire au-devant de lui-même.
Adam ne cesse jamais d’avancer, il est Nomade.
Le mythe de la parole perdue, la quête du Graal, le pèlerinage sur les chemins de Compostelle, le voyage des compagnons du Tour de France, la traversée du désert ou du miroir, l’initiation maçonnique, la voyance, le labyrinthe, la marche à l’étoile, l’errance du peuple juif… sont des processus infinis tendant à la réintégration dans la plénitude. Ils sont autant d’ascensions du néophyte à travers les étapes successives du chemin de sa libération.
Le Nomade est celui qui traverse (Hebri), celui qui ne se satisfait jamais… L’âme inquiète par excellence.
Alors, l’arbre de vie devient questionnement !
L’arbre de vie est l’exemple de ce que peut être la maturité de Adam : la pulsation de vie à son paroxysme. Nous avons vu que l’arbre du bien et du mal était celui de l’état d’imperfection dans lequel se trouve Adam (c’est l’Humanité actuelle prise dans toute une série ininterrompue de catastrophes). Tout s’écroule sans cesse, toujours Adam recommence, attiré par l’Arbre de Vie.
Être privé de l’Arbre de vie, c’est l’immortalité qui se refuse.
L’Homme possède l’intelligence et la compétence pour s’informer sur tout, juger de tout et avoir des idées sur tout. Il peut avoir le regard sur l’ensemble de ce qui est et existe. Par sa raison et son intuition, par sa logique et sa créativité, il peut instaurer de nouvelles conceptions et des idées novatrices. Mais, il ne peut pas tout !
A l’évidence, les hommes ont la volonté et souvent le pouvoir d’atteindre le « divin ». En vérité, le mythe enseigne pourquoi, en ce monde, les hommes souffrent et meurent ; et il le fait en relatant qu’ils ont été punis pour s’être emparés d’un pouvoir réservé aux Elohim. En réalité, l’Homme apprend l’effort et, plus encore, le goût de l’effort.
Et voici donc l’un des messages souhaités par les intermédiaires de dieu : « La souffrance nous rend conscients, ce qui doit impliquer pour nous la vigilance. … Notre vigilance est plus active dans un moment de souffrance… La souffrance est, en premier, une prise de conscience, mais c’est en même temps un défi. »
A mon sens, le propre de l’initié est de refuser la domination de quelque nature que ce soit, et donc de refuser la faute du trop fameux péché originel. Oui, « le but… est l’élévation de l’homme » … élévation au-dessus de lui-même, au-dessus de la multitude (Hhiram), l’initié connaît le sens de sa vie et sait montrer le sens parce qu’il est éveillé et éveilleur.
Alors, être cherchant et être persévérant, ce sont les conditions nécessaires, et être souffrant, serait-elle la condition suffisante à devenir « initié » ?
Être cherchant, c’est être à la recherche de la vérité, être persévérant, c’est accepter des épreuves obligatoires et être souffrant, serait-ce la synthèse de ces deux concepts afin d’atteindre la Connaissance ?
L’homme véritable est-il obligatoirement Job ?
Si la réponse est positive, alors, nous devrions devenir des « souffrants ».
Par ailleurs, le prophète Isaïe décrit (chapitre 53 de son Livre) notre « Sauveur » à venir comme étant l’exemple parfait d’un serviteur souffrant, obéissant à dieu et se chargeant de nos péchés.
Avons-nous besoin d’un quelconque sauveur ou doit-on, chercheurs de l’impossible, être pleinement responsables de nos actes et de nos pensées ? L’initié attend-il un « messie » ? Les croyants « véritables » devraient, tout autant que les initiés spiritualistes (non théistes ou déistes), comprendre que dieu, en donnant la liberté à ses créatures, a volontairement limité sa toute-puissance au risque de les perdre.
L’homme est libre et responsable de ses actes.
A-t-il besoin de devenir souffrant pour le comprendre ?
Je ne vais pas répondre à ces questions fondamentales par une pirouette à l’image de celle de Roland de Pury quand il écrivait : « devant la souffrance du monde, Dieu ne reste pas les bras croisés, mais les bras en croix ». Facile formule, n’est-il pas ?
L’homme vient au monde en souffrant, dans les larmes !
La vie est une suite de pertes nécessaires pour grandir…
Voilà un constat universel, mais pourquoi souffrir ?
Qu’ai-je fait au bon dieu pour mériter pareil traitement, si le dieu bon existe ? Si dieu était amour, s’il savait tout, pouvait tout faire… pourquoi a-t-il créé le monde ainsi ?
Et si c’était dans la souffrance que dieu avait pensé en créant le monde et les hommes ? Pourtant, il est écrit dans Genèse (1 : 31) : « Dieu vit tout ce qu’il avait fait ; et voici, cela était très bon. »
Décidément, la Bible nous enseigne tout et son contraire !
D’ailleurs, dans ce livre étonnant de la Genèse, nous apprenons comment le paradis s’est transformé en cauchemar : « l’homme a choisi de désobéir à Dieu… parce qu’il aurait choisi la voie de la connaissance ». Un comble !
Mais, quel est donc ce dieu qui souhaite des créatures imbéciles, irresponsables, sans saveur, sans être porteur de valeur ?
Mais quel est donc ce dieu qui dit à l’Homme : « Je mettrai inimitié entre toi et la femme, entre ta postérité et sa postérité : celle-ci t’écrasera la tête, et tu lui blesseras le talon » et qui dit à la Femme : « J’augmenterai la souffrance de tes grossesses, tu enfanteras avec douleur, et tes désirs se porteront vers ton mari, mais il dominera sur toi » ?
Évidemment, fort heureusement, ces traductions sont fausses !
Où est vraiment le bon dieu ? Je vois trop les bondieuseries derrière tout cela car il fallait bien trouver une explication aux souffrances, alors certains « hommes se positionnant en intermédiaires » ont inventé cette historiette imbécile pour asseoir leur domination sur les habituels et trop nombreux « gogos ». Et cela va très loin, écoutons plutôt : « c’est à la sueur de ton visage que tu mangeras du pain, jusqu’à ce que tu retournes dans la terre, d’où tu as été pris ; car tu es poussière, et tu retourneras dans la poussière. »
Nous voilà coresponsables du chaos qui règne sur la terre…
Heureusement, comme dirait un Ecossais de l’ancienne acceptation, « ordo ab chao » !
Que l’on ne remette pas en cause la création et son processus vicié par l’homme, je n’en disconviens pas, mais seule la connaissance de ce qu’il est éclairera l’homme. Ainsi, il prendra conscience de sa responsabilité, du sens qu’il pourra donner à sa vie.
De là à se remettre dans une condition de souffrant, l’échine courbée et toujours en attente de l’illumination qui vient d’en haut, il y a là un pas que je ne franchirai pas, quitte à passer pour un athée stupide.
La problématique de la souffrance dans la Religion ou une Eglise quelconque m’apparaît fausse et largement peu intéressante pour celui qui cherche et qui ne se satisfait pas de réponses simplettes.
Pourtant, il doit bien y avoir quelque part un véritable enseignement quand Alfred de Musset écrivait : « L’homme est un apprenti, la douleur est son maître. Et nul ne se connaît tant qu’il n’a pas souffert. » Je sais bien que l’homme apprend difficilement sans manière forte. Quand c’est pénible et que ça fait mal, c’est alors qu’il peut vraiment évaluer le sérieux de son engagement. Il faut que la compréhension coûte !
L’homme a besoin d’épreuves, de balustrades à franchir, d’escaliers escarpés à monter, de déserts à traverser… Nonobstant, la souffrance n’a pas de valeur propre.
Elle apparaît comme une explication de l’obéissance absolue des hommes aux « vecteurs de dieu » que seraient les ulémas, prêtres ou pasteurs de tous poils… Les religions, une nouvelle fois, apportent une réponse simple, voire simplette à une question métaphysique profonde.
Tentons de dépoussiérer tout cela.
Cherchons la Vérité… au risque de ne pas tout comprendre.
En premier lieu, si l’on parle de la souffrance, c’est souvent pour la distinguer de la douleur physique, la souffrance étant psychique.
En second lieu, au-delà de la division traditionnelle de la métaphysique entre l’âme et le corps, n’y a-t-il pas un « centre » existentiel, le célèbre « je », où l’on se découvre dans une unité du psychique, du physique et du spirituel ? dans une unité entre le « nous-intérieur » et notre écorce-environnement pour n’être qu’une parcelle de « l’Unité », du « Tout » ?
C’est à ce niveau existentiel que je poserai la question de la souffrance.
C’est à ce niveau que nous pourrons distinguer entre savoir et penser.
La souffrance n’a pas de solution puisqu’elle n’est pas un problème.
C’est parce qu’elle n’est pas un problème qu’elle donne à penser bien plus qu’à connaître.
Pourtant, je sais bien que nous faisons tout pour ne pas penser.
La confiance actuelle dans les technosciences nous rend aveugles à la souffrance et nous laisse désarmés face à elle. Pourtant, notre volonté de maîtrise s’étend aussi bien sur le monde que sur l’homme.
Au point que des philosophes comme Michel Serres nous disent qu’il faut « maîtriser la maîtrise ». Or, la souffrance est justement ce qui ne se laisse pas maîtriser. Peut-être alors, faut-il changer d’approches par rapport à la question de la souffrance.
Les philosophes ont pensé l’écoute en termes de parole, d’une parole à lire surtout et à entendre intellectuellement.
Les initiés, eux, ont tout particulièrement été intéressés par la représentation « signifiante », la symbolique.
Or, la symbolique ne donne rien à voir, elle ne donne rien à entendre.
Et si le symbole parle, ce n’est pas pour dire quelque chose à saisir avec l’entendement, mais pour se dire lui-même, pour créer le pont indispensable entre nous et nous. La symbolique est étrangère aux concepts, parce qu’elle est au-dessus des concepts.
La symbolique n’est pas de l’ordre du phénomène, mais de l’événement, c’est-à-dire de ce qui surgit de l’extérieur et vient à nous dans sa singularité et dans l’unicité de l’instant ; elle n’est pas de l’ordre de la connaissance avec un « c » minuscule, mais de la conscience d’où sort la Connaissance avec un « C » majuscule.
La symbolique est la réconciliation de l’affectivité la plus profonde et de la pensée la plus lucide.
En science, on va de l’explication à la compréhension, alors que c’est l’inverse dans l’Art Royal.
Ainsi, si nous essayons de connaître la souffrance sur le mode de la connaissance conceptuelle, nous la faisons s’évanouir.
Il n’y a pas de réponse possible au pourquoi de la souffrance, et c’est peut-être cela qui est le plus éprouvant à son sujet : il n’existe pas de « parce que » ayant une valeur. En quelque sorte, il y a une gratuité de la souffrance, elle n’est pas la conséquence d’une faute.
Mais si la souffrance est gratuite, alors le don peut être(au sens d’exister).
La souffrance, tant qu’elle est subie comme quelque chose d’extérieur à notre nature, s’impose sans que nous puissions l’éviter, et elle nous coupe du monde. Elle nous enferme dans notre solitude.
C’est pourquoi elle est peut-être la question la plus radicale posée à la philosophie. La souffrance est ce « pâtir premier » qui me pousse à penser, à demander : « pourquoi ? » (en un mot). La souffrance nous fait découvrir ce que nous voulions ignorer dans notre volonté de maîtrise de notre existence : « nous pouvons pâtir de ce que nous sommes ».
« Être souffrant » est la marque, l’expérience irréfutable de l’altérité en nous. En ce sens et en ce sens seulement, le terme « souffrant » prend toute sa puissance initiatique, hors de tout credo religieux.Si j’avais pu croire que je me suffisais à moi-même pour être, si j’avais cru avoir la certitude d’être moi, l’expérience de la souffrance a ébranlé ces certitudes jusque dans ma chair. En même temps qu’elle arrête le temps, elle supprime le passé et ferme le futur, la souffrance me laisse dans une attente essentielle. Attente non d’un futur qui n’est que continuité du présent dont j’aimerais me libérer. Mais, attente d’un « à-venir » (en deux mots).
Mon attente, moi Adam, se présente, alors, comme un présent : mon initiation, ma mise sur le chemin de la véritable liberté, celle qui me donnera un niveau de conscience plus élevé, la lucidité sur ce que je suis, la clarté sur ma capacité à inventer un nouveau rapport à l’autre établi sur le respect de l’autre et non la recherche effrénée de sa domination.
Alors, je serai capable de donner ! Ce don sera présent dès mon initiation si je comprends ce qu’est la souffrance initiatique.
À la gratuité de la souffrance ne peut correspondre que la gratuité du don.
Autrement dit, ce n’est pas nous qui allons vers l’avenir, mais l’avenir qui vient à nous. Nous restons non plus passifs, mais attentifs à un possible auquel nous sommes intérieurement prêts.
Et l’initiation nous prépare à tous les « possibles-possibles » …
« C’est l’impatience qui nous a chassés du Paradis », disait Kafka.
En conséquence, dans l’Arbre de Vie, face seulement à l’Arbre de la destruction permanente que représente l’Arbre du bien et du mal, Adam ne pourrait que disparaître (d’une mort-morte, comme le dit le texte : moth-ha-moth).
L’Arbre de Vie est son moteur, son objectif, son credo.
L’Arbre de Vie n’est ni un dieu, ni une morale, ni un rite.
Le souffle « divin », le souffle de vie crée deux génies : l’arbre de la connaissance et l’arbre de vie.
Il est si difficile de choisir entre ces deux antipodes, mais de ce choix dépendra l’évolution de l’Homme. Ce sont les « Deux routes » des cherchants en Kabbale. L’homme est tiraillé entre l’un ou l’autre et, à un autre moment, il sera tenté par le chemin inverse. Le choix dépend de lui, et c’est sa propre raison qui doit l’orienter et sa volonté de le faire persévérer sur la voie choisie. L’Être d’un individu commence à sa conception. Cependant, il devient un être raisonnable et responsable quand il comprend sa personnalité, son moi manifesté par sa volonté. Et avant de rencontrer sa volonté, il devra comprendre comment il peut trouver son principe vital…
Alors, le Verset 16 nous apprend que :
« Et-il-prescrivit, IHÔAH, Lui-les-Dieux, (statua, régla), envers-Adam, selon-l’action-de-déclarer (sa parole) : de-toute-substance-végétative de-l’enceinte-organique, alimentant tu-peux t’alimenter ». Dans l’idée de s’alimenter, il s’agit d’une assimilation des puissances vitales contenues dans la matière organique végétative. Nous sommes une nouvelle fois sur le plan de la compréhension des principes de Vie, où il est question de puissances, de forces et d’énergies sources, ce qui nous amène à considérer le Principe Vital. Les énergies telluriques et cosmiques nécessitent un apport énergétique pour que l’Homme se développe, apport contenu dans les substances « végétatives ». Nous avons la faculté d’extraire l’extraordinaire puissance des énergies vitales que contiennent les matières organiques, certes. Mais, fort heureusement, nous sommes dotés de plus car nous aurons la force volitive, cet « ego » qui nous fera lever chaque matin et qui nous fera avancer (Meqâddam).
L’esprit, encore plus que le corps, a besoin, pour son développement, de nourritures. Ces nourritures, autant matérielles que spirituelles, sont celles décrites dans ce verset, c’est-à-dire les connaissances acquises au travers des expériences végétatives (involutives-évolutives).
Souvent d’ailleurs, les nourritures spirituelles nous sont plus essentielles.
Ce principe est l’une des clés pour apprendre de la Nature.
Plus loin (Verset 17), il est dit : « Mais de la substance physique de la connaissance du bien et du mal, non pas tu consommeras de quoi d’elle ; car dans le jour de la consommation à toi de quoi d’elle, mourant tu mourras ». En réalité, il est nettement exprimé que « tu passeras à un autre état » ; nous sommes en plein dans le processus de la mort initiatique : mourir pour renaître.
D’ailleurs, observons que malgré le « péché originel », Adam n’est pas mort !
À noter que le mot « connaissance » possède la racine celtique « ken » ou « kan » qui signifie : concevoir, comprendre, embrasser d’un coup d’œil… Nous voilà sur la contradiction qui a servi et, malheureusement, sert encore à maintenir les hommes dans la ténèbre de l’obscurantisme, de la croyance et sous la domination de la peur : la Connaissance est la condamnation, le mal.
Alors que ce Verset parle de l’homme passant du plan de la puissance éternelle à celui de la manifestation éphémère et corporelle. Il n’y a donc aucune punition divine, aucune faute, mais une transmission de l’expérience de nos anciens. A tout le moins, on peut y percevoir une recommandation, ou même seulement un témoignage. Adam demeure libre de ses décisions.
Si Adam ne tient pas compte de ce témoignage, alors sa vie ne sera pas différente de celle de l’animal.
Il est très complexe pour un cherchant sincère d’admettre cette condamnation car il sait, pour le vivre au quotidien, qu’en se nourrissant de Connaissance, donc de notre capacité de discernement, il atteindra le niveau le plus haut de « lucidité ». Ce changement d’état est « fondamentaire » d’une étape essentielle de notre constitution. Évidemment, cela ne pouvait et ne peut encore convenir à une religion qui rejettera toujours la liberté car celle-ci crée les conditions de la singularité, de la spécificité, de l’éthique. Ainsi, Adam met fin à la domination du destin pour vivre libre. Adam décide de mourir au principe pour passer à la phase de la réalisation.
Il quitte le « vieil homme » et il accepte l’initiation.
Ici, il est simplement averti d’une limite : il est dangereux, mais pas impossible, d’atteindre l’espérance que procure la Connaissance de l’immortalité, c’est-à-dire l’élargissement du champ de Conscience vers le subtil, le volatil.
Pour recevoir la transmission, il lui manque encore un élément fondamentaire : la force volitive.
Au verset 18, il est dit qu’il n’est pas bon d’être dans la solitude : « je ferai à lui une force auxiliaire (un soutien, une aide, une doublure) … en « reflet lumineux de lui ».
Force auxiliaire : sens énergétique, c’est « en principe », ce n’est pas encore une réalité.
Le reflet lumineux réfléchit à la manière d’un miroir, s’il y a une idée d’opposition ou de mise en constat, ce n’est que pour faire prendre conscience de sa propre personnalité (la conversion du regard, si importante lors d’une démarche initiatique, c’est dans l’autre que l’on se comprend).
Ainsi donc, l’Être des Êtres ayant à créer Adam, le forme dans son ombre (du créateur) et ayant à créer la force auxiliaire de Adam, il la forme dans la Lumière de Adam, ou ce qui est la même chose, en réflexion lumineuse de lui (Adam). Mais, ce n’est pas Eve ; d’ailleurs, Hève, dans l’écriture latine, a perdu son « h », le souffle créateur – autre curiosité !
Ce sera ishah, mais nous y reviendrons !
Adam, dans son développement, a besoin de son complément.
Il faut à Adam une aide contre lui. Sans résistance, l’énergie passe et ne peut participer à la création… Les deux complémentaires « jouant » en même temps contre et pour l’autre. C’est le moment des épreuves ! C’est le moment de la réunion des esprits contradictoires ! Le « éprouvez-moi », si essentiel des écoles initiatiques. Adam doit mériter son développement !
Il doit démontrer qu’il est assez avancé dans l’échelle de l’évolution pour accéder à l’incarnation humaine. Le principe préexiste à la matière !
Dans le prochain épisode, Adam affronte sa première épreuve : nommer les animaux. Un acte en apparence anodin, mais qui recèle l’un des plus grands mystères de l’initiation — celui du Nom. Car nommer, ce n’est pas créer… c’est faire jaillir la conscience. Et si, dans cette épreuve, se cachait la clé de ce que nous sommes vraiment ?
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[1] Le terme mana désigne un concept polynésien que l’on retrouve sous différentes appellations dans d’autres peuples. La notion de mana est l’émanation de la puissance spirituelle du groupe et contribue à le rassembler.
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