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chapitre 2 (suite)
Adam (Aleph–Daleth-Mem final: 1.4.600)
Croyant ou non, et quelle que soit son éventuelle appartenance religieuse, nul dans le monde occidental n’ignore le nom de ce personnage mythique. En revanche, dans le Chapitre XVII du « Livre des Morts » égyptien, où sont pareillement développés les principes de la Création du monde ; la création de l’homme n’est pas mentionnée. Ceci se comprend, car dans ce texte, l’homme s’identifie au Créateur dont il s’approprie les fonctions. Dans certaines traductions, ADAM sera présenté comme parfaitement inséparable de la fameuse Eve, sa non moins célèbre compagne.
Mais, d’autres réalités se cachent derrière ces noms propres, ces schèmes ?
Le Livre de Moyse ne fait pas de Adam un élément du règne animal, mais appartenant à un règne propre et distinct des puissances spirituelles. Adam, faussement traduit par « terre rouge » ou « limon rouge », ne serait plus qu’une corruption (une de plus !) qui ne prend pas en compte les sens que contient chaque lettre-nombre. Elles composent ce nom mystérieux dont le mystère disparaît avec ces traductions fantaisistes et polluant notre esprit. Adam est dit « rouge » comme le feu de vie.
Dans la langue de Abraham, le schème Adam (Aleph–Daleth-Mem final : 1.4.600) explique que la puissance non compréhensible du principe abstrait de tout ce qui est et de tout ce qui n’est pas pénètre dans le sang pour créer l’omnipotente humanité dans les mythes.
La méthode des racines hébraïques nous offre la possibilité d’étudier toutes les significations possibles avant de s’arrêter sur celle qui donne le « plus hault sens » (selon la formule de Claude Gaignebet).
Manifestement, Adam peut s’appréhender de deux manières différentes : soit « A et DM », la lettre Aleph est « associée » à la Racine DM (Daleth-Mem final), soit « AD et M », la racine AD (Aleph-Daleth) est « associée » à la lettre Mem final.
AD et M
La Racine AD est composée des signes de la puissance et de la divisibilité physique, elle indique tout objet distinct, seul, extrait de la multitude.
La lettre M final représente tout ce qui est fécond et formateur. C’est le signe maternel et femelle, celui de l’action extérieure et passive.
Ainsi, nous sommes en présence de la puissance et de la divisibilité physique. Donc de la séparation. C’est une action extérieure et passive.
Nous sommes seuls, inexorablement. On pourrait dire que ce schème est à l’image de beaucoup d’êtres humains qui pensent pouvoir être les meilleurs.
A et DM
Aleph caractérise l’unité, le point central, le principe abstrait de tout ce qui est et de tout ce qui n’est pas, il exprime la puissance, la stabilité, la continuité. Le principe vie-mort. Cette lettre représente ce qui est incompréhensible et est souvent assimilée à la première impulsion énergétique, une notion que quiconque ne peut expliquer ni prouver de manière satisfaisante. Aleph est le mystère. Il n’est pas dieu. La Kabbale de Tradition considère qu’il n’est pas très utile de donner une explication à l’incompréhensible ; cela nous donnera toujours un sujet de recherche, une porte nouvelle à ouvrir, une voie à parcourir. Il est plus crucial de comprendre le processus de création et de développement de la Nature et de l’Homme ainsi que sa place dans cette Nature. Alors, contentons-nous de voir comment, à partir de cet impensable principe abstrait, le ciel est bleu, la nature luxuriante, les déserts se traversent, l’air est si frais et si pur le matin, comment les femmes et les hommes peuvent être si beaux, si grands quand ils sont solidaires …
La Racine DM est tout ce qui est identique ;dans un sens plus restreint, c’est le sang, lien assimilatif entre l’âme et le corps. C’est tout ce qui s’assimile, tout ce qui devient homogène ; tout ce qui se confond avec une autre chose : ce qui cesse d’être différent, s’identifie avec le Tout, se calme, s’apaise, se tait, dort.
Ainsi, le Aleph plonge dans le sang. La perception du phénomène de la conscience isolée peut engendrer une poussée intérieure (semblable à celle du poussin qui brise sa coquille en naissant selon l’image célèbre de Carlo Suarès). Cette poussée interne permet le début d’une nouvelle vie, un recommencement, un renouvellement, un renouveau, une pensée créatrice sentie, éprouvée, mais non intellectualiste, qui ne se connaît pas elle-même, qui ignore ce qu’elle deviendra. Le fait que cette nouvelle vie plonge dans le sang, ce lien subtil et merveilleux qui unit tous les êtres vivants, crée les conditions d’un mouvement de vie permanent, perpétue et éternel. La Vie gagnera toujours, elle trouvera toujours une solution pour continuer, quelle que soit la forme qu’elle devra prendre ou emprunter.
Ainsi, le Aleph est une énergie de « va et vient » ! Le principe « vie-mort » représente donc une énergie qui rentre en contact avec toutes les autres énergies. Un énergéticien en voie de devenir célèbre dirait : « Aleph est partout, dans tout ; nous baignons dans Aleph ». Cette énergie de la lettre Aleph rentre donc en contact avec cette énergie de la racine DM, et va donner naissance à l’Homme identique, homogène, calme.
Alors, il faut entendre Adam comme l’universel, le « genre humain » dans le sens commun du terme, le règne hominal, l’homme collectif, l’Homme formé abstractivement par l’assemblage de tous les hommes. Adam devient l’image d’une assimilation immortelle, d’une agrégation de parties homogènes et indestructibles.
Telle est l’étymologie du nom Adam, l’Archétype sur le plan humain par excellence.
Alors, est-ce que le but de l’homme n’est pas d’arriver à s’identifier avec le tout, à devenir homogène, à s’assimiler, à être en parfaite harmonie avec lui-même, la nature et l’univers ? Ou bien préfère-t-il de devenir le roi du monde, le plus fort, diviser pour mieux régner ? Espérons qu’un jour, l’Homme pourra assimiler les différentes « racines » hébraïques, car cela lui permettra de devenir réellement ADAM !
Ainsi, l’homme sans détermination est le premier des êtres. Il faut comprendre ce phénomène comme l’expérience d’un moment premier si l’on est angoissé par ce problème parfaitement secondaire, mais dont raffolent les religions. Il est plus essentiel de comprendre que c’est l’instant de l’expérience perceptive d’un être premier.
Quelque temps après les premières manifestations phénoméniques (la terre, l’eau, l’air, le feu, l’éther, l’obscurité, la lumière et quelques autres), apparurent la « végétante herbe » et la « semence de la terre » (le germinant-germe) ainsi que la « substance fructueuse » … Oui, mais également, les légions de monstres marins, l’âme de vie quadrupède à la marche élevée et bruyante… le Léviathan (universalité des monstres marins), le Hozan (universalité des oiseaux) et le Behemoth (universalité des animaux terrestres) étaient là, croissant et se multipliant.
Le problème du cherchant est d’ouvrir sa conscience à un degré de maturité où il comprendra comment les tragédies de ce vaste et impitoyable cosmos reçoivent leur pleine justification. Il désire fortement transcender sa vie par ce point particulier d’obscurité et se hausser pour apercevoir la source, sa source. Il désire se relier au « père » diraient les chrétiens.
Alors, Adam naît « en ombre-nôtre » (et non « à son image ») et ils « tiendront le sceptre ».
Adam n’est pas l’Homme ni le premier homme, il est l’Homme universel, le genre humain. Il n’est pas à l’image des dieux, mais il est son ombre.
Il nous faudra expliciter cette expression : « l’ombre de … ». Pour l’heure, contentons-nous de savoir que cet être deviendra semblable aux dieux quand il éprouvera les dernières angoisses de l’ignorance. Telle est la libération intérieure à laquelle chacun de nous peut atteindre et que chacun peut réaliser en suivant la voie de l’initiation ésotérique : « tous les êtres sont sans soi ».
Regardons immédiatement les enseignements de cette expression : « Ils tiendront le sceptre ». Tiens, Adam est donc un pluriel et non pas un personnage. Il est écrit exactement : « Ils régneront dans les poissons des mers, et dans les oiseaux des cieux, et dans le genre quadrupède, et dans toute l’animalité terrestre, et dans toute mouvante vie se mouvant sur la terre ».
Vous avez remarqué le « dans », ce n’est pas le « sur ». Ce n’est pas un règne de domination, d’écrasement, d’exploitation. Il est simplement affirmé ici que le règne humain est distinct (c’est lui que l’on appelle Adam), qu’il est supérieur parce que doté de quelque chose de plus que le règne animal.
D’ailleurs, nous retrouvons dans les textes égyptiens ce nom extraordinaire qui possède trois sens, mais aucunement celui de l’homme :
– sens propre : l’Universel ou encore le « règne hominal », c’est l’homme collectif, l’homme formé abstractivement par l’assemblage de tous les hommes ;
– sens figuré : qui induit toute idée d’assimilation, de similitude, d’homogénéité ; c’est l’image de l’assimilation immortelle, d’une agrégation de parties homogènes et indestructibles. En potentialité, évidemment ! Parce que la mortalité de Adam pourrait bien exister un jour… ce n’est pas démontré à l’évidence, est-ce une crainte, une frayeur ou une espérance ? Je vous laisse juge, mais la question est posée dès ce verset.
– sens ésotérique : j’ai bien envie de vous laisser le chercher… Si cela vous intéresse, mais cela tourne autour de l’image d’une unité relative.
Et « ils-tiendront-le-sceptre» est une indication essentielle.
Contrairement à la farfelue Genèse Biblique, Adam est un pluriel.
Un pluriel car il est le représentant de l’androgynat.
Un pluriel, également, comme principe d’Humanité. L’homme individuel n’est qu’une partie de l’Humanité à l’image de la graine qui contient « en contingence d’être », l’intégralité de l’arbre.
Il convient de comprendre que c’est grâce à l’existence de ces archétypes (du Aleph au Teith) que l’Univers et la Nature, la cellule, l’atome comme l’être vivant sont en cohérence et en conformité d’un bout à l’autre du cosmos.
Revenons si vous le voulez bien sur cette notion « d’ombre universelle nôtre ». Bien entendu, mais nous allons nous y habituer, les « Grecs » ont mal traduit cette notion, ils l’ont traduit, comme vous le savez, par « à l’image de ». L’ombre est un voile, une apparence, une protection.
Sur le plan ésotérique, en face de l’Être des êtres (un pluriel), Adam « apparaît » « en-ombre-nôtre » et devient, par le Aleph qui le gouverne, une unité relative, la Conscience différenciée de l’universel. Adam est l’Absolu formant en son sein une puissance contingente (ombre-nôtre) de divisibilité physique (forme) d’un archétype originel collectif.
En tant qu’ombre-nôtre, Adam est unitaire et pluriel, mâle et femelle.
Ainsi, Adam, dans son unité, contient toute l’humanité et la « force de vie » de l’élément adamique, qui se manifestera par son innombrable postérité telle qu’elle sera développée à partir du Chapitre IV du Livre de Moyse (ce Chapitre et les suivants sortent de notre présente recherche).
Cette ombre-nôtre est le reflet atténué (une ombre) de la Lumière unique des principes de vie au nombre de 9 (du Aleph au Teith). Parce que comment pourrait-il y avoir une image (limites) pour qui est indéfinissable et sans limites ?
Dans ces conditions, Adam possède évidemment une vocation cosmique.
Dans la bouche de Carlo Suarès, éminent cherchant en kabbale, le dernier peut-être, il est dit : « permettre aux deux vies de sa vie double de se féconder mutuellement », ce qui fait de lui un être nouveau. Il est ce que l’on peut appeler un point temporel où se passe quelque chose d’essentiel pour l’humanité, tout comme au moment de Abram, de Moïse ou de Jésus.
Je sais, c’est difficile de ne pas paralyser sa pensée dans l’étau d’une croyance, mais c’est la proposition de ce Mythe.
Être croyant, c’est rêver que l’on pense l’impensable.
Ce créateur était facétieux. Imaginez qu’il crée Adam (Gen 1, 27), mâle et femelle ! Ah, ce n’est pas réellement ce que vous avez appris. Je sais.
Par ailleurs, vous avez vécu avec en tête la fameuse traduction « croissez et multipliez, remplissez la terre » en oubliant l’essentiel qui est : « captivez-la et tenez le gouvernail », c’est-à-dire une nouvelle fois : « régnez » … « dans toute chose mouvante d’un mouvement vital sur la terre ». Voici qu’apparaît explicitement la responsabilité du règne hominal, mâle et femelle, celle de régner, c’est-à-dire respecter les autres éléments constitutifs de la Nature et permettre le développement harmonieux des espèces ; ce n’est pas le pillage de la Nature qui est proposé.
Il s’agit pour Adam, donc pour nous, de favoriser la différenciation, la diversification sans arrêter un seul instant le processus de développement, donc de perfectionnement. Adam détient ce processus car il se connaît !
De plus, Gen. 1, 29 dit tout aussi clairement que l’herbe « germinant-germe », l’herbe végétale dans « soi fruit » … à vous sera pour aliment. Il n’est pas question de consommer des animaux. Adam, s’il n’est pas le premier homme, est le premier végétarien !
Mais, avant de clore cette partie, revenons un instant sur le fait que Adam n’est pas un produit exclusif de la terre car Adam procède de Elohim, le processus vital que l’on nous décrit être de nature cosmique.
Adam est créé, il est en contact avec le prodigieux mouvement de l’Univers, il s’intègre parfaitement à celui en qui toutes les possibilités sont latentes.
Le Aleph est plongé dans le sang (l’énergie enterrée en support de transmission). Souvenez-vous : Dam est le sang. Mais, le sang n’est pas complètement absorbant. Ainsi, est défini le principe permanent de l’imperfection de la création. C’est dire également si le corps humain peut devenir un centre de radiation de l’énergie cosmique.
Adam peut devenir le réceptacle de la plus prodigieuse intensité de vie possible sur cette planète. Nous allons voir dans quelles conditions, l’extraordinaire est possible et si Adam réussit…
Oui, Adam le peut, s’il le veut ! Carlo Suarès exprime explicitement que : « l’homme qui, au soir de sa vie, retrouve la fraîcheur d’un matin, veut, cet homme est l’homme de la kabbale. »
Arrive le Chapitre II du Livre de Moyse.
Avant les versets 5 et 6, Adam n’est pas encore actif. Son apparition, sa création s’explique par le phénomène de la parthénogenèse, bien connu des scientifiques et des adeptes des Rites Égyptiens (Khepper), et qui résulte de l’autonomie acquise par le monde manifesté (phénomène naturel). L’idée centrale est que « la fin est dans le commencement », que le fruit est dans la graine, que Adam est à l’origine de l’évolution.
« Ad arrose la face de Adamah ».
Adamah est la substance universelle et donc « adamique ».
Notre Terre n’est qu’une planète parmi des millions d’autres. Nous devons la penser dans sa totalité, depuis le fond des océans jusqu’à sa stratosphère, depuis ses minerais jusqu’à la substance de nos corps. Ainsi, il est affirmé que la substance dont est fait Adam se prête à cette transformation, cette transfiguration.
« Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme », disait Lavoisier.
Le comment et le pourquoi ne sont pas les domaines du Créateur.
Le créateur a donné la Vie, et c’est à Adam de faire le reste.
À Adam de le comprendre ! S’il le peut, s’il le veut !
Adam est donc créé « pour travailler la substance adamique » (Verset 5).
Curieuse proposition, il faut comprendre, par cette expression étonnante, l’élément homogène, semblable à Adam, c’est-à-dire lui-même, et tout ce qui est nécessaire à son développement. Bien entendu, cette vision est anthropomorphique, tout est vu au travers du prisme de l’Homme.
S’il doit respecter la Nature et tous les éléments qui la composent (animaux, minéraux et végétaux), Adam a la mission de travailler sur lui-même, de se transformer. Je suis certain, malgré les religions et les écoles philosophiques, que l’Homme n’a pas compris ou n’a pas voulu comprendre ce message, pourtant essentiel.
Nous sommes sur cette terre pour nous améliorer, rien de plus !
Oh, Adam le sait, il va travailler pour passer d’une puissance contingente d’Être à une autre puissance d’Être et ce travail est mouvement, recherche d’équilibre certes, mais équilibre particulièrement instable (comme la Marche).
Voilà « dans quoi » et « sur quoi » Adam doit opérer…
En se transformant, Adam sent qu’il possède cette charge exceptionnelle : amener la Création jusqu’à son dernier développement !
La « première » création a été faite en principe.
Il est d’ailleurs écrit dans le Livre de Moyse : « la conception de la Nature productrice avait été créée avant que la Nature n’existât ».
Adam n’était pas là !
Dès qu’il apparaît, il apparaît en acte.
C’est par Adam que la création effective commence dès que l’observateur est présent : ce n’est pas un mystère profond, la Création existe car l’homme l’observe, ce phénomène est très formellement démontré par la théorie quantique !
Le Verset 7 nous fait comprendre que ce mythe ne se rapporte pas à un lointain passé. Nous devons voir que cet Adam total peut entrer en nous dans l’instant présent. C’est un message permanent et donc un message moderne. Les religions ont voulu expliquer nos fautes, nos erreurs en créant un péché originel alors que le message biblique exprime que, toujours, nous serons face à notre responsabilité.
Adam cherche à naître en nous, mais, en général, nous l’étouffons à l’état d’embryon.
« Adam adulte » n’existe pas encore au Verset 7 du IIe Chapitre.
Au Verset 8, nous apprenons que Adam fut formé pour l’Éternité.
L’individu peut mourir, le règne hominal demeure éternel.
Est-ce un dogme ou une espérance chimérique ?
Il fut « placé » dans une « enceinte » (l’expression est : « une circonférence organique » donc « vivante »), qui a été traduite par la vision helléniste par « paradis ».
Ce « paradis » qui n’en est pas un, comme nous allons l’apprendre très vite, est situé au centre du Cosmos. Cette notion de « centre » est essentielle. Ce centre est le nombril de la Terre et, d’après la tradition syrienne, était établi « sur une montagne plus haute que toutes les autres », dans le livre intitulé la Caverne des trésors. Tout ce qui aura une importance déterminante, tout ce qui donnera sens à une réalité absolue, sera en un Centre. Assurément, la difficulté sera immense pour tous ceux qui cherchent le chemin vers le soi, vers le « centre » de son être. Ce chemin, comme nous allons le découvrir plus avant dans le Livre de Moyse, sera ardu, semé de périls parce qu’il est, en fait, un rite de passage du profane au sacré ; de l’éphémère et de l’illusoire à la réalité et à l’éternité ; de la mort à la vie. L’accès au centre est une consécration, à une initiation, à une existence réelle, durable et efficace. N’oublions pas, tout au long du développement qui suit, que :
– d’une part, toute création répète l’acte cosmogonique par excellence ;
– d’autre part, tout ce qui est fondé l’est au Centre du Monde.
En vérité, le mot qui fut maladroitement traduit par « paradis », en hébreu de tradition, est « GAN » et il comprend le mouvement circulaire (comme celui d’une roue).
La racine « gan » exprime l’action de tout ce qui se déploie autour de quelque chose et l’enveloppe dans son enceinte. Le chaldaïque a traduit ce terme par « vêtement de femme » en privilégiant le sens d’enveloppe (légère avec des plis onduleux…), le sens d’une « gaine » qui protège.
Nous sommes loin des notions de jardin ou de paradis.
En réalité, dans cette racine est comprise l’idée d’une enceinte qui contient sans effort, délicatement, comme une protection ronde certes, mais qui s’ouvre pour recevoir… Pour Nicolas de Cuse, le « mur » du Paradis est, en réalité, la « coïncidence des opposés » ; toutes les polarités, qui lient les facultés au « plaisir et à la peur » comme le disait Krishnamurti, enchaînent les organes de l’action aux seuls actes de défense et d’acquisition.
Alors, pourquoi le paradis ?
Le « Jardin d’Eden » comporte 4 fleuves et Adam y est placé au centre.
De tous les êtres vivants sur cette planète, le genre humain est le seul qui, selon le Livre de Moyse, ne doit pas être défini, ce qui lui confère sa capacité d’évolution et de développement.
L’humanité, au moment de sa création et jusqu’à nos jours, n’en est encore qu’à un stade prénatal. Il faut toujours avoir présent à l’esprit cet axiome.
À chaque évolution, correspondent de nouvelles fonctions de perception, d’assimilation et d’action. Les espèces sont de plus en plus évoluées.
Le genre humain est au centre de cette création, non pas pour en profiter à l’image du pillage qu’il fait depuis longtemps, mais pour parfaire cette création en perpétuelle recherche de finitions et, à la fois, de nouvelles formes de Vie.
Aucune espèce n’est capable de modifier profondément son environnement.
Seul le genre humain peut le faire, c’est ce qui fait sa grandeur ou le malheur de la Terre et des autres espèces. Tout dépend du sens qu’il donne à sa vie, à sa mission, de comment il va traduire le Mythe de Adam !
Force est de constater qu’aucune religion n’a empêché l’Homme d’organiser sa propre destruction et celle, plus grave, des autres espèces et de tuer la diversité si importante pour le développement de la Vie.
Cette Genèse dite hébraïque propose (et cela depuis fort longtemps, peut-être depuis la fameuse Tradition Primordiale [1] dont elle découlerait) trois points essentiels :
1 – Une vision du monde intérieur : le germe, Adam, ne s’arrête à aucune étape de son évolution, le germe est antérieur à toutes les évolutions.
2 – Une perception du monde extérieur : le jardin d’Eden est en réalité le lieu le plus dangereux qui soit au monde car GAN-EDEN est littéralement le lieu de la « destruction des structures périmées ».
À chaque destruction correspond un « recommencement », c’est l’affirmation du cycle permanent de la Vie et de la Mort, le combat permanent !
Allégoriquement, la Vie « dit » sans cesse que ce germe d’humanité doit toujours être empêché de se protéger dans un abri fiable. Si ce germe d’humanité trouvait un tel abri, une confortable stabilité, il s’installerait paresseusement dans une espèce sous-humaine, nous serions dans une phase « pré-apocalyptique » (comme aujourd’hui).
3 – La compréhension de l’interaction de ces deux mondes.
En vérité, il faut que ce tourbillon détruise tout ce qui est vieux, ainsi que toutes les alluvions du passé qui entravent l’action créatrice, toujours neuve de la Vie.
Ainsi, nous devons accepter, à chaque instant, de mourir pour renaître.
Nous devons accepter le symbole mis en scène par Jésus, l’accepter selon sa signification originelle et non rêver la mort et la résurrection d’un dieu pour nous justifier de refuser cette pulsation intermittente dans nos existences quotidiennes.
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[1] Cette Tradition, censée être la « mère » de toutes les traditions, ne peut pas se démontrer, nul ne possède de preuves de son existence réelle. Elle est légendaire et il faut l’accepter comme telle.
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