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Un peu d’Histoire

« Que celui qui cherche ne cesse point de chercher jusqu’à ce qu’il trouve ; lorsqu’il trouvera, il sera troublé ; et lorsqu’il sera troublé, il admirera, et il régnera sur l’univers ! » (Évangile de Thomas)
De nombreux pseudo-historiens se sont penchés sur ce mythe.
Mais, reconstruire l’histoire ne suffit pas.
Il faut lui donner vie, l’engager dans le quotidien, ainsi elle fera sens pour nous cherchants. Dans ce domaine, seule la méthode ésotérique peut nous rendre visible ce qui apparaît comme mystérieux à certains, et donc dépendant d’intermédiaires de dieu, ou encore d’essence divine à d’autres, et donc lié à une croyance. Je ne pense pas qu’un récit purement factuel du contenu de la Genèse puisse refléter quoi que ce soit de signifiant du Monde si singulier dans lequel nous vivons. Ceux qui sont arrivés à donner du sens sont rares et souvent vilipendés par la meute des positions dogmatiques ou des biens pensants.
En 1945, le grand sumérologue Samuel Noah Kramer a souligné avec infiniment de délicatesse qu’un texte sumérien (le Mythe de Enki et de Ninhursag) était au fondement du Livre de Moyse. Kramer avançait sur des œufs car il craignait que les fondamentalistes bibliques américains utilisent son origine juive pour l’attaquer. Il redoutait également que les rabbins ultra-orthodoxes viennent à lui reprocher de remettre en cause leurs saints textes (dictés soi-disant par Dieu en personne à Moïse). Ce n’est pas aisé de se retrouver coincé entre deux forces antagonistes aussi puissamment armées (au sens propre autant qu’au sens figuré).
D’ailleurs, comme l’exprime Pierre Jovanovic dans « Le mensonge universel », il n’existe que trois tablettes du texte Enki et Ninhursag. Elles sont vieilles de 4000 ans. Lors d’un entretien, le professeur Attinger, assyriologue de l’Université de Berne et grand spécialiste du texte, a précisé que si « ces tablettes originales remontent aux alentours de 1800 avant JC, le texte, lui, a été fixé entre 2100 et 2000 avant notre ère ».
Je ne suis en aucune manière spécialiste de cette période sumérienne. Alors, je n’ai pas l’outrecuidance de rejeter cette thèse, bien au contraire, mais je préfère laisser les sachants en parler.
Il semble de plus en plus évident que chaque texte « fondamentaire » puise ses sources à Sumer, en Egypte, en Inde, en Chine, parce que les hommes n’étaient pas des statues sédentaires, mais des nomades et que le partage des connaissances existait car les Hommes étaient en relation au cours d’un temps plus long qu’aujourd’hui ; ils n’avaient pas d’avion à prendre pour rentrer chez eux passer le sacro-saint week-end. Ils avaient le temps de vivre ensemble, d’échanger sur une longue période et, même, souvent de s’accoupler avec les filles des autochtones. L’Homme avait le sens de l’accueil et il était curieux du savoir de celui qui venait d’une contrée lointaine.
Je choisis de demeurer cantonné à la civilisation méditerranéenne sans jamais rejeter les influences des autres traditions.
Souvent, le Livre de Moyse fera référence. Il nous faut enquêter alors sur ce personnage si essentiel à la construction psychologique et sociale de l’Homme bordant Mare Nostrum.
Moïse
Personnage central de l’Ancien Testament, apparaissant souvent comme celui qui aurait écrit la Genèse, qui lui aurait été « dictée » par dieu directement. Le mélange de la légende et de l’histoire est encore une fois patent, notamment chaque fois que nous cherchons honnêtement à comprendre qui fut un grand personnage, un personnage fondateur de l’histoire de l’humanité.
Moïse est inclassable et sa gloire est un réel paradoxe.
Allons-nous retenir de cet immense héros mythique l’aspect pseudo-historique de l’Exode ou l’homme qui gagne sa grandeur par sa soumission totale à dieu ?
Nous connaissons tous ce que le Livre de l’Exode nous rapporte de la naissance de Hapi-Moss (fils du Nil), de sa jeunesse, de son « aura », de ses miracles, des « plaies » (notamment les pluies qui auraient favorisé le pullulement d’une infinité d’espèces plus ou moins néfastes engendrant de nombreuses épidémies ; fort heureusement, la Grenouille se sera développée en abondance), de l’appel de dieu, des dix commandements, de l’Exode…
En revanche, nous ne savons peut-être pas que Pharaon, en ce temps-là, était issu d’un peuple envahisseur, les Hyksos. Ils formaient autrefois un groupe pluriethnique vivant dans l’Asie de l’Ouest – je sais que c’est un « peu court », mais nous n’en savons pas beaucoup plus. Au total, les Hyksos ont régné cent-huit ans sur le royaume d’Égypte. Les Égyptiens de souche avaient certainement la volonté de retrouver leur indépendance alors que les Hébreux coulaient des jours heureux au bord du Nil. Alors que la résistance égyptienne l’emportant sur l’envahisseur, les Hébreux ayant pactisé avec les Hyksos se retrouvèrent inévitablement « suspects ». Moïse, né parmi les Hébreux, résiste aux agressions égyptiennes qui se développent sur les Lévites.
Bien qu’il contienne une forte dose de poésie, il ne faut pas oublier que la fuite de Moïse après l’épisode de « l’assassinat de l’Égyptien » suggère que le récit repose sans doute sur un fond de vérité.
J’aime assez qu’il meure au seuil de la Terre Promise. Cet événement éminemment symbolique démontre le fondement ésotérique de ce personnage et de la saga de sa vie. Il crée les conditions d’une vie libre et responsable. Cependant, il n’en profite pas personnellement, il n’en sera jamais le « Roi » !
Bel exemple d’humilité et de désintéressement, voire de sacrifice !
Moïse a-t-il écrit la Genèse ?
Les historiens ne peuvent qu’être frappés par la ressemblance entre les 10 Commandements et le texte fondamental que représente le Code de Hammourabi (texte juridique babylonien daté d’environ 1750 av. J.-C.). Ce Code serait contemporain de Abraham.
Aucun spécialiste, aujourd’hui, ne considère que Moïse a pu écrire ce Livre.
D’ailleurs, aucun spécialiste, aucun religieux n’a pu prouver son existence (et pourtant, ils furent nombreux à le vouloir, quitte à tordre les légendes). Spinoza lui-même a remarqué qu’il ne pouvait pas avoir écrit un livre où est décrite sa propre mort.
En réalité, Moïse ignorait la langue hébraïque !
En effet, ce langage ésotérique n’en était alors que dans sa phase de gestation. L’alphabet hébraïque n’existait pas encore, y compris sous sa forme ancienne… En revanche, si les rédacteurs successifs (pendant six ou sept siècles) ont certainement « enrichi » (ou pas) l’enseignement d’origine, l’essentiel est que l’esprit de Moïse a été conservé. Moïse est la référence, même si l’on peut douter qu’il fut celui qui rédigea effectivement la Loi qui porte son nom.
Dans cette véritable incertitude, sera abordée l’étude des versets de la Genèse en considérant Moïse comme un personnage « virtuel ».
La question « Qui a écrit le Sepher Bereshith ? » n’aura, je le crains, jamais de réponse lumineuse et définitive, sauf pour les religieux les plus orthodoxes ou les sectes prétendant détenir, seuls, la vérité.
Ce qui est certain, c’est que l’ensemble des textes a été remanié à longueur de siècles pour nous offrir une bouillie dogmatique, comme d’habitude !
Par ailleurs, aujourd’hui, les savants ne croient même plus en l’existence de Moïse. Déjà, Voltaire niera l’existence de Moïse dans son Dictionnaire Philosophique. Dès le XIIe siècle, certains, dont le rabbin Aben-Ezra, avaient remarqué les anachronismes du langage et de la connaissance de la Palestine postérieure à Moïse que l’auteur du Sepher ne pouvait pas avoir, puisqu’il n’y était jamais entré. Moïse, ainsi, ne pouvait pas être l’auteur de la Genèse. Notamment, Moïse parle de villes qui n’existaient pas au temps où le Sepher aurait été écrit et qui ne seront bâties que fort longtemps après, ou encore de montagnes qui n’ont jamais existé. Les religions se sont donc établies sur un conte de fées, vilaine épine dans le « flanc de la science de la logique ». Pour nous, cherchants de l’impossible, seul le Livre dit de Moyse compte, et encore seulement les 10 « chapitres » qui constitueront une partie de la Genèse de la Bible, car ils font sens pour celui qui est et demeurera un éternel insatisfait !
Kabbale
On sait, par le passage de l’Exode, que c’est à Josué que Moïse confia les clés de la tradition orale. Mais, ces clés se rouillèrent à travers la terreur des guerres, des révolutions civiles qui passèrent sur Israël « jusqu’à Esdras (450 avant JC) et après Esdras ».
Elles furent fort heureusement conservées par les Esséniens (IIe siècle avant JC – Ier siècle de notre Ère).
Kabbalah est un commentaire ésotérique.
On fait communément dériver le mot de l’hébreu « guebil », qui signifie « recevoir, recueillir » et que l’on traduit par tradition. Cette étymologie me semble forcée et inexacte. Je pense que le mot hébreu Kabbalah est d’origine Chaldéo-Egyptienne, ayant le sens de science ou de doctrine occulte.
Le radical égyptien Khepp, Khop ou Kheb, Khob, en hébreu Gab, Khebb ou Khebet, signifie « cacher, enfermer », et al ou ol, en égyptien, signifie « prendre ».
Ainsi, ce mot signifierait « la science déduite de principes cachés ».
Plusieurs fois, au cours des siècles, la Kabbale a été « perdue » (ou plus exactement « est entrée dans un certain secret nécessaire, compte tenu des agressions extérieures ») et toujours, fort heureusement, redécouverte par quelques esprits curieux et insatisfaits.
On découvre sa trace à l’époque où, au retour de leur captivité à Babylone, les Juifs ont repris conscience d’eux-mêmes. Au cours de l’histoire, cette transmission a toujours été tenue secrète. Cependant, la source de la connaissance originelle peut être saisie à n’importe quel instant, car elle est intemporelle.
L’une des clés essentielles de la Kabbale est celle de l’intelligence cérébrale. Elle permet au contenu, au germe humain et cosmique, de se développer dans la direction de l’indéterminé. On dit, sans possibilité de preuve, que cette connaissance provenait du mythique mont Ararat qui représente, en fait, le début d’un nouveau cycle où l’Intemporel allait se trouver en contact avec deux mondes dans l’homme : l’extérieur et l’intérieur.
Notons, et cette remarque est essentielle, que les cherchants en Kabbale exècrent les magiciens de tous poils au sens moderne du terme et non pas ceux qui depuis la nuit des temps consacrent leur vie à soigner et à soulager tous ceux qui sont dans le malheur. Le vrai magicien n’est évidemment pas un charlatan comme on peut en voir si souvent de nos jours. Notons également que, souvent, trop souvent, les religieux s’accordent remarquablement avec les magiciens-charlatans. La Lumière des magiciens ne s’oriente pas vers la lumière intérieure engendrée par la perception du tétragramme Y.H.W.H., cette immanence pas si mystérieuse que cela !
Il ne faudra jamais croire que ces magiciens sont les fameux « fils de Elohim » qui ont eu des échanges savoureux avec les « filles de Adam » … et ne confondez pas les Mages qui soignent et qui vivent en communion avec la Nature et les Magiciens qui tirent avantage de leur ministère.
Ainsi, la méthode mise à la disposition des cherchants en kabbale permet de comprendre, par exemple, le schème essentiel « Elohim » que trop de commentateurs traduisent maladroitement par dieu. Les cherchants en kabbale entendent Elohim comme les puissances cosmiques, c’est le pluriel de Eloha, schème du Principe-Force, dérivé de la racine AL (Aleph-Lamed) qui peint l’élévation, la force et la puissance expansive. Ces forces étant « radiantes », la traduction simplifiée de ce schème s’est fixée sur « l’Être-Etant », c’est-à-dire « en activité d’être » (noter le processus, le mouvement), autrement dit : « actif pour faire l’Être ».
Eloha est l’énergie infinie et inconsciente, l’impulseur aveugle qui embrasse tout dans l’espace sans limites et qui féconde la substance irréductible et purement potentielle, mais qui ne donne aucune forme concrète. « C’est le surgissement créateur qui projette dans le monde contingent, actuel, concret, le vaste mouvement cosmique », comme l’exprime plus clairement que je ne pourrais le faire, Carlo Suarès. Ce mouvement du « tout ce qui est vivant » est rendu visible, charnel et simultanément exalté dans le Lamed de Eloh (30), suivi du Hé (5). Nous sommes en présence du signe de l’harmonie, de la vie même, dans son essence, c’est-à-dire dans son être.
Le mot Elohim est un seuil difficile à franchir.
Il est ardu de passer du 1 au 30, car le 30 doit être constaté et non pensé. Si tout ce qui vit meurt, si tout ce qui est fait se défait, si tout ce qui est construit se détruit, les cherchants doivent retrouver l’essence vivante de tout ce qui est, la vie en perpétuel renouvellement.
Ainsi, Elohim est le processus du Vivant imprégnant toute structure vivante et ne dépend nullement de notre volonté. Elohim est la Vie dans son essence, animant chaque parcelle de l’Univers. Nous pouvons la contrarier, l’ignorer, la nier jusqu’à la rendre totalement invisible à nos yeux. Cependant, Elohim est, était et sera, invariablement, malgré nous, « cette force vitale, imprégnée dans chaque grain de sable, dans chaque brin d’herbe, dans chaque être vivant, dans la moindre étoile perdue dans le Cosmos ».
L’ensemble de ces forces – Elohim – créent la vie sans le savoir et sans pouvoir s’intéresser au futur. Ces forces se retrouvent dans chaque élément constitutif de l’atome et cette définition est en parfaite harmonie avec les explications modernes de la science, y compris des développements de la physique quantique. Cessons donc de confondre ces forces avec une idée quelconque de divinité.
Le grand hiatus se situe entre l’homme contingent de sa culture, de ses préjugés, de ses croyances et l’homme Eloh, la propre essence de celui-ci non conditionné en laquelle tous les « possibles sont possibles ».
De la même manière, la Tradition ésotérique veut que Abram (avant de devenir Abraham) ait été le premier à comprendre réellement le sens du message ésotérique de la Kabbale. Abram quitte la région de Haran (caverne). Ainsi, il quitte le monde sensible pour accéder à son principe subtil immédiat. Il arrive à avoir l’intuition de lui-même, il philosophe sur sa propre demeure, son propre Royaume, sur son corps, ses sensations et son verbe. Il s’ouvre à lui-même et, concomitamment, il s’ouvre aux autres et à l’Univers tout entier.
Une fois que l’homme a réveillé son premier élan, il s’éveille ; alors, l’éveil d’en haut, le « Va vers toi-même », devient l’essentiel de la démarche, pour son propre avantage, pour se préparer, pour parfaire son degré.
Ne reste jamais à la même place.
Dieu inspire Abram à découvrir les caractéristiques de toutes les contrées habitées du monde à la suite de nombreuses épreuves difficiles, mais essentielles. Ainsi, il réussit la migration des facultés en puissance de son être vers la maîtrise de soi, la tempérance et la justice.
Le déroulement historique se situe à un certain niveau, sensoriel ; celui mythique à un autre, psychique. C’est à partir de ce niveau psychique que la Kabbale a toujours été en contact avec le vaste inconnu.
Contrairement à certains mythes asiatiques qui ont traîné une continuité à travers des armatures sociales figées qui se sont desséchées, accrochées à leur arbre de connaissance, la Kabbale a été « endormie » par sécurité et a ressuscité plusieurs fois, d’une façon spectaculaire. Chaque fois la kabbale accomplit et enterre son passé. Les cherchants en kabbale, dès qu’ils vivent dans un environnement dangereux pour les esprits libres et iconoclastes, préfèrent entrer dans l’anonymat et le secret afin de perpétuer la Tradition à l’image des prêtres de l’Ancienne Egypte quand ils ont sécurisé leurs secrets en les cachant au sein du Temple d’On.
C’est à Moïse que nous devons l’une, peut-être la dernière, de ces résurgences avant la tentative quasi réussie de Fabre d’Olivet, puis celle, si signifiante, de Carlo Suarès.
En effet, Mosché, Moïse (Mem-Schin-Hé) est le souffle ou le métabolisme cosmique (Schin), vivant (Hé) en lui.
Ecritures hébraïques
La langue hébraïque est une langue jeune. Elle a été créée et transmise à un peuple nomade uniquement pour qu’il reçoive un enseignement voilé ; ils ne comprendront pas tous le message, certains vont inévitablement s’en méfier, voire vilipender ceux qui comprennent. Tous, en revanche, avaient « pour mission d’en conserver strictement la forme originelle » (Le Moal Claude – La Véritable Histoire d’Adam & Ève enfin dévoilée). Ils ont réussi car, aujourd’hui, des femmes et des hommes utilisent ce Livre dit de Moyse pour intégrer les enseignements ésotériques « fondamentaires ». Ces femmes et ces hommes laissent à ceux qui traversent leur vie en consommant sans s’interroger, les textes traduits pour les jeunes enfants.
Nombreuses sont les données archéologiques connues sur les premiers écrits en hébreu ancien. Il s’agit maintenant, afin d’éclairer le mieux possible le lecteur, de situer l’apparition des premiers écrits en hébreu ancien, ainsi que l’époque de l’alphabétisation de la population du royaume de Juda et du royaume d’Israël.
« L’un de ces deux royaumes – celui d’Israël – naquit dans les vallées fertiles et les collines onduleuses du Nord. Il devint l’un des plus riches, des plus cosmopolites et des plus puissants de la région. Aujourd’hui, hormis le rôle abominable que lui attribue le livre des Rois, il a pratiquement sombré dans l’oubli. » écrivaient I. Finkelstein et N-A Silberman dans leur ouvrage « La Bible dévoilée », ouvrage dont je ne peux que conseiller la lecture attentive pour éviter quelques simplifications et amalgames historiques.
Le second royaume – celui de Juda – s’est développé dans les collines rocheuses et inhospitalières du Sud. Son souvenir s’est transmis en partie grâce à son isolement, mais aussi grâce à la ferveur fière que sa population n’a cessé d’extérioriser envers son Temple et sa dynastie royale. Ces deux royaumes représentent deux aspects authentiques de l’expérience israélite, deux sociétés distinctes, marquées par des altitudes et des identités nationales différentes.
Les deux territoires réunis forment l’actuel pays d’Israël (1948).
L’étymologie de JUDA (Yehouda en hébreu) intéresse tous les cherchants.
En effet, Juda se compose des lettres « yod–hé–waw–daleth–hé », le daleth est introduit au sein du Tétragramme. La racine « Iou » représente toute manifestation lumineuse, toute chose intelligible. La racine « Da » est l’abondance naturelle et la division, un mouvement qui se propage sans effort et sans bruit, mais avec rapidité comme la foudre qui tombe sur quelque chose. Juda est le lieu de l’union des êtres passant de la potentialité en acte.
Peut-être, que le terme Juda aurait dû être le nom de la synthèse entre les deux royaumes…
Revenons à cette « langue ».
Le premier alphabet connu, appelé alphabet linéaire, alphabet protocananéen ou alphabet protosinaïtique, pourrait être une adaptation de l’écriture égyptienne. Les linguistes ont mis en évidence, depuis plus d’un siècle, les relations intimes existant entre les langues éthiopienne et hébraïque, car l’hébreu et l’éthiopien découlent d’une source sémitique commune. Les hébreux ayant séjourné si longtemps en terre de « Al Chemia » (appellation ancienne de la Terre d’Egypte), il est inévitable que des ponts existent entre des « mots » égyptiens et des mots hébreux. De tous les peuples, l’Égyptien est celui avec lequel les Hébreux ont eu le plus de relations, et donc il ne faut pas s’étonner de ces échanges linguistiques. Il apparaît que le conflit entre faits historiques et convictions religieuses soulève trop de polémiques et de controverses doctrinales pour intéresser un cherchant sincère. Il suffit d’admettre qu’habitant plusieurs siècles les bords du Nil, on peut imaginer que les deux peuples ont connu quelques échanges autres que matériels.
Il semble que la langue hébraïque ait été créée par des ouvriers bédouins parlant un ou plusieurs idiomes sémitiques et travaillant vers 1700 avant J-C, dans les mines égyptiennes de turquoise du Sinaï. Un célèbre alphabet de type cunéiforme, dérivé de l’alphabet protocananéen, mais utilisant des signes mésopotamiens, permet de graver de nombreuses tablettes d’argile à Ougarit (côte syrienne, 1300 avant J-C). L’alphabet phénicien, ultérieur (1100 avant J-C, à Byblos), dérive, lui aussi, de l’alphabet linéaire protocananéen. C’est après 1000 avant J-C que, de Byblos, l’alphabet phénicien diffuse vers l’est et le sud et que, peu à peu, les alphabets paléo-hébraïque et araméen se différencient (Wikimedia : Données archéologiques sur les premiers écrits en hébreu ancien).
Cette date de 1000 avant J-C est importante car vers 1300 avant J-C, sous Akhenaton (1350 avant J-C) et Ramsès II (1250 avant J-C), les rois du Proche-Orient entretiennent entre eux une correspondance régulière.
L’archéologie montre que les royaumes de Juda et d’Israël sont très en retard, en matière d’écriture, par rapport à tous les puissants royaumes qui l’entourent.
Par ailleurs, la naissance probable de Moïse est généralement fixée à 1200 avant J-C. Ainsi, il ne peut commencer à écrire un Livre de cette importance avec une écriture qui n’existait pas encore !
Enfin, cette date de 1000 avant J-C est celle supposée de l’achèvement « mythique » du Temple de Salomon (la « Maison de la sanctification »). L’absence de toute trace d’écrits datables du temps de Salomon est particulièrement frappante ; évidemment, dans cette partie du monde connu, il n’existait aucune écriture reconnue. Ce n’est que vers 800 avant J-C que l’on peut être certain de l’apparition, dans la région de Jérusalem, d’un usage généralisé de l’écriture. Vraisemblablement, c’est le début pour la population des royaumes de Juda et d’Israël de l’apprentissage de l’hébreu de tradition. D’ailleurs, a été trouvé ce que l’on appelle le nombre d’Ostraca (morceaux de matériaux sur lesquels on a écrit ou dessiné), trouvé en Juda à partir de 800 avant J-C. L’archéologie démontre également que le royaume d’Israël s’alphabétise un siècle avant le royaume de Juda.
L’araméen (Aram est situé dans le centre de la Syrie actuelle) est introduit via Babylone et la Perse et son usage en Juda est attesté vers 600 avant J-C.
Les premiers textes bibliques au sens actuel du terme (écrits en araméen) qui ont été retrouvés sont datés de 300 avant J-C (les manuscrits de la Mer Morte s’échelonnent entre 300 avant J-C à 100 après J-C).
Le nom « Hébreu » est donné pour la première fois à Abram afin de le distinguer de ses voisins, les Amorites (Gn 14 : 13). L’on sait que le terme « Hébreu » était déjà familier aux Égyptiens du XVIIIe siècle av. J-C. Cela semble indiquer que Abraham, Isaac et Jacob étaient déjà bien connus, en ces temps, sur la plupart des territoires égyptiens, de sorte que l’appellatif « Hébreu » était devenu facile à reconnaître.
À l’époque du roi Saül, premier Roi des Israélites en terre d’Israël (entre 1050 avant J-C et 1010 avant J-C), les termes Hébreux et Israël étaient des termes équivalents. En ce temps-là, la religion juive n’existait pas encore.
Le livre de Jérémie, dont la datation historique remonte au IIe siècle avant J-C, montre que le terme Hébreu commence déjà à être confondu avec celui de Juif.
Il semblerait donc que le terme Ivri (Hébreu) s’applique à tous les descendants qui pourraient à bon droit se réclamer de Eber[1] comme ancêtre.
L’hébreu appartient à la famille des langues que parlèrent la plupart des descendants de Sem et quelques autres, c’est pourquoi cette famille de langues est dite sémitique (venant de Sem –prospérité -, l’un des trois fils de Noah). L’hébreu est la branche principale de la famille sémitique, il est vraisemblable que ce fut le langage ésotérique en usage dans le « jardin d’Éden ». Je parle de langage ésotérique car ces lettres n’étaient pas utilisées pour être prononcées, mais pour être « infinies » pour une meilleure compréhension de ce que nous sommes, de notre mission et du respect que nous devons à tous les êtres vivants sur cette Terre…
Cependant, les lettres-nombres, symboles par excellence, furent progressivement dénaturées, « tordues », pour répondre à des besoins de pouvoir temporel ou séculier.
Ce langage ésotérique deviendra une langue sans signification ésotérique comme de nombreuses langues antiques.
Les cherchants en kabbale utilisent souvent des anecdotes énigmatiques comme récit symbolique.
Avec une lecture herméneutique, une idée d’enquête et d’interprétation s’impose. Nous ne sommes en présence ni d’une explication ni d’un commentaire, mais d’une interrogation sur le texte, adaptable à chaque époque, ou sur un mot qui n’est jamais un personnage, mais un schème.
Il ne s’agit pas d’inventer des commentaires, mais de réinventer ce qui est dit. La Vérité existe quelque part, le Livre de Moyse la contient si nous savons la pénétrer grâce à la connaissance des lettres-nombres hébraïques.
Le schème libère des sens possibles sans jamais en altérer l’essence qui s’adresse à tous, quel que soit le temps où elle nous parle.
Chacun peut donc en faire une interprétation singulière.
Les schèmes sont des paroles de sagesse et de vie.
Ils sont tout simplement précieux.
Aucune langue n’exprime le Verbe en Vérité tandis que l’Image compare notre pensée à l’échelle de la Raison. Comme le symbole, le schème permet d’introduire un langage universel et éternel.
Parmi ces schèmes, aujourd’hui, la compréhension de Adam et de Eve va éclairer un bout de notre chemin.
Par malheur, la prononciation des schèmes sera dogmatiquement organisée par les Massorètes. « Massore » est le produit d’un travail de fixation du Texte. Les Massorètes élaborèrent un système de points et de tirets appelés points-voyelles, placés en dessous, au-dessus et entre les consonnes, pour indiquer le son exact des voyelles, celui défini par ceux qui détenaient le pouvoir afin d’empêcher l’interprétation ésotérique.
Ce système fut introduit entre le VIIe et le Xesiècle après J-C !
C’est ainsi que, de langage ésotérique, ce processus est devenu une langue sans vie !
Les cherchants en kabbale ne s’intéressent pas aux commentaires et, encore moins, aux commentaires de commentaires. Ils tentent de faire fondre la glace. Ils ne lisent pas la Torah, ils décodent le Livre de Moyse pour en tirer la « substantifique moelle », comme le disait Rabelais. Le Livre de Moyse fut écrit, on ne sait pas trop par qui, certainement par plusieurs initiés. Souvenons-nous que Moïse est né en 1200 avant J-C et que le Sepher fut écrit trois siècles plus tard.
La kabbale fut donnée, « phè el phè », de la « bouche à la bouche », comme un baiser d’amour. La kabbale ne cherche pas à sauver le judaïsme. Pour les cherchants en kabbale, « l’infini » est dans l’étude.
« Lecteur, si tu cherches un dieu auquel croire, tu le trouveras, mais ce n’est pas le but de cette Tradition. » Si tu pénètres cette démarche initiatique, avec un peu d’efforts et de persévérance, tu iras jusque dans le sens ésotérique. Alors, tu en sortiras plus conscient, plus lucide et dieu disparaîtra pour laisser enfin sa place, toute sa place, à l’objet de la création : l’Homme.
(A suivre…)
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[1] Schème de la Genèse (10,21 et 10,25), faisant partie de la « descendance » de Sem.
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