Épisode 11 : Le mythe Adam-Eve

Livre ouvert et plume dans une forêt, illustrant “feuilleton relire Adam et Ève” sur le GOTM.fr, lecture ésotérique et initiatique.
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Dans ce onzième épisode de notre relecture initiatique du mythe d’Adam et Ève, nous franchissons un seuil décisif : celui où Adam, dépouillé de ses illusions, revêt le voile du voyageur et s’éveille à sa propre intelligence. Ce chapitre dévoile la véritable signification de Satan en kabbale – non l’adversaire diabolique des imageries populaires, mais le principe hébraïque de résistance qui, par le schème Schin-Teith-Noun, ouvre à Adam les portes du libre arbitre et de la marche vers la Liberté.


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Chapitre 7 – L’intelligence, la marche vers la Liberté

« Tuer les nuances, c’est tuer la Liberté, l’appétit de créer, l’amour, le bonheur. C’est déchirer la trame étincelante de la vie et la changer en haillon ». Paul Guth

Ainsi, empêcha-t-on Adam de marcher vers la perfection, vers l’achèvement de la Création, vers la plénitude des choses !

Pourtant, l’affaire était captivante : « les deux (interne et externe) ont les yeux ouverts » et « ils connurent qu’ils étaient dénués de lumière ». Ces yeux ne sont pas ceux de la « vision binoculaire ». Il s’agit plutôt de la vision par la lettre hébraïque Ayin, celle de la clairvoyance spirituelle et de l’intelligence.  Seul l’esprit voit.

Nous sommes en présence du mystère de la Création. Malgré tous nos efforts, il nous manquera toujours quelque chose, c’est l’affirmation de la supériorité du chemin sur le but. Oui, « ils se firent naître (et non pas comme cela est traduit de manière totalement ridicule par le verbe « coudre ») … un voile de tristesse et de deuil et ils firent à eux des pèlerins (en fait des vêtements de voyage). »

Un voile, c’est différent d’une feuille, de figuier ou autre chose. Un voile protège et dévoile.

Il fallait un vêtement adapté aux conditions du voyage qu’ils doivent accomplir pour parvenir à leur but. Vêtement qui peut fort bien s’entendre comme un « média » dans sa forme symbolique. Ils ne cherchent aucunement à cacher leur sexe pour respecter la recommandation d’une religion quelconque qui n’existait d’ailleurs pas encore. En vérité, ce vêtement constitue une enveloppe protectrice qui aide l’impétrant tout au long de son changement d’état spirituel, c’est son tablier de Maçon, en quelque sorte !

Toutes les grandes traditions initiatiques ne sont qu’une variante de ce processus initiatique. Nous sommes réellement au cœur du processus initiatique universel.

Alors, Adam prendra conscience de ses manques, de ses défauts, de tout ce qui lui manque pour réussir son voyage vers lui-même (Verset 10).

Adam sait qu’il est nu. Il le sait non pas grâce à Elohim, mais par l’enseignement de Nahash. Il a compris l’enseignement du chaos dans sa démarche et dans la compréhension de son Être.

Adam sait qu’il est nu. Il est mort au principe de l’involution qui est en lui. Son libre arbitre est maintenant possible. Adam est constamment poussé, et il en a pleine conscience, à utiliser ses propres facultés de discernement, son intelligence pour lui permettre d’accéder à la Connaissance.

Adam est le premier gnostique !

Ainsi, Adam peut réaliser le Grand Œuvre par ses propres moyens et suivant ses désirs !

Tout est parfait donc et certains diront : « que sa volonté soit faite ! »

Alors, tombe la punition de IHOAH, l’Être des Êtres, pour que Adam ne se laisse pas berner par ses propres illusions « corporelles » ou plutôt « sensitives » et qu’il accepte cette empathie profonde avec sa faculté volitive (Verset 14).

Pourquoi, nous Adam, serions-nous une malédiction ?

La malédiction est, en vérité, le premier repos (Noah en connaîtra un autre) dans le processus de création. Ce repos est nécessaire pour comprendre que, pour l’Homme, il sera extrêmement difficile de « retourner » à la vie animale. Notre mission n’est pas de demeurer dans la sphère organique.

Par ailleurs, nous ne sommes pas les bienvenus parmi le monde animal et, d’ailleurs, la nature terrestre nous est globalement hostile. La vie de l’homme sera jonchée de difficultés, il lui faudra déployer de la persévérance et de l’intelligence pour combattre le froid, pour trouver sa nourriture dans une végétation trop luxuriante ou trop désertique, pour s’adapter aux virus et bactéries … Ainsi donc, nous aurons toujours des épreuves devant nous. Nous apprendrons bien vite qu’un individu ne reçoit qu’à concurrence de ses mérites.

Insistons sur le fait que la force que nous avons en nous n’est aucunement dirigée par violence ou brutalité ; elle désire seulement, et c’est déjà beaucoup, dominer nos passions dévorantes (que nous mettrons dans des cachots), nos tentations permanentes et nos peurs déséquilibrantes. Elle n’est, n’en doutons pas, nullement tendue vers l’autre, elle ne sera jamais qu’utilisée pour et vers nous.

Le genre humain recevra toujours et c’est l’objet du Verset 16 : « des obstacles physiques de toute espèce ». Le genre humain pourra inventer, mais il ressentira, à chaque fécondation, un tourment, une angoisse… Il lui faudra, chaque fois, vaincre la résistance à force de travail et de patience, les deux marques essentielles de l’intelligence. Quelle magnifique leçon !

Il n’est évidemment pas question d’enfantement dans la douleur (grossier et misérable penchant religieux), mais il s’agit d’enseignement : « rien n’est facile à Adam ». En réalité, il est écrit : « tu enfanteras… des produits». C’est dire si la noblesse de l’œuvre nécessite la noblesse de l’œuvrant.

Quant à la femme, ses souffrances seront multipliées car elle enfante le Verbe.

Voici donc ces produits !

Et pourtant, avec cette cruelle traduction honteusement machiste, nous sommes en présence de la confirmation, s’il en était besoin, des règles ontologiques fondatrices des civilisations qu’elles généraient et qu’elles génèrent encore de nos jours : la domination des femmes et, plus cachée mais tout aussi néfaste, sinon plus, l’hostilité manifeste qu’il y a entre l’être humain et la Nature… Ainsi, il apparaît distinctement que les traditions, qui prônent l’illumination par contemplation infinie de son nombril, assis sur un coussin ou au pied d’un arbre, dans l’attente qu’il se transforme en delta lumineux, sont nécessairement à l’inverse du sens du chemin de la cosmologie universelle. Ces fausses traditions pour « bobos » ne sont que des éclosions de l’ignorance, sous-estimant les principes universels de la véritable initiation : la vie que chacun se construit est fonction des choix qu’il fait !

C’est ainsi qu’il faut comprendre l’enseignement essentiel du Verset 16 : « Et-vers-le-principe-intellectuel-à-toi le-penchant-tu-auras-tien ; et-lui il dominera-en-toi ». Ce sont bien les facultés de chacun qui feront les singularités.

Munis que nous sommes des richesses « divines » dans lesquelles nous pouvons nous ressourcer sans cesse, nous voilà prêts pour soulever tous les voiles, l’un après l’autre, avec effort, avec difficulté. Si pour une plante, il faut comprendre le rôle des racines, de la tige, de la fleur, du fruit… il faut pour comprendre un Homme faire appel aux sens spirituels et cosmiques pour expliquer son « âme de vie ».

La Connaissance n’est pas un dû, mais une quête qui nécessite pour celui qui part à sa conquête, effort, endurance, courage, force et surtout PURIFICATION.

Tous ces éléments constitutifs d’une démarche ésotérique sincère !

Cette action de séparer les corps naturels de leurs impuretés permet inévitablement de se débarrasser des substances réellement étrangères.

Alors, notre Adam devra « s’alimenter » de nourritures maudites (les vices, les erreurs de l’ignorance du mensonge, de l’injustice et de l’aveuglement). Il en avalera des couleuvres, si j’ose dire. Cela s’appelle l’expérience, l’épreuve de la vie. Le pouvoir réel de Adam est de faire se révéler, en acte ou en réalité tangible, ce qui est en potentialité.

Le verset 18 explique que la licence est une liberté mauvaise (« fructification âcre et corrosive »). N’oublions pas, isha dit au verset 13 que les pensées de Nahash l’ont fait délirer. Ce qui procède du délire ne peut être qu’une « production-inculte-et-désordonnée ». L’homme ne devient que ce qu’il pense. Nous sommes une nouvelle fois en présence d’une recommandation afin que l’Homme puisse tracer sa route spirituelle en toute connaissance de cause et de ses propres limites. L’homme est judicieusement invité à faire la différence entre la licence et la liberté.

Le verset 19 démontre que l’objectif de la Création est de trouver la solution pour restituer Adam en tant qu’être d’ESPRIT. Cela n’a rien à voir avec la traduction « à la sueur de ton visage », il s’agit uniquement d’AGITATION INQUIÈTE qui, précisément, caractérise les « cherchants ».

En réalité, il n’est même pas écrit « visage », mais la partie irascible de l’âme qui constitue l’esprit animique ou l’entendement.

Si l’homme est tiré de la poussière et s’il doit retourner à la Lumière, comme le disent les hellénistes, où est son immortalité ? Que devient sa partie spirituelle ?

Peut-être qu’une réponse pourrait exister si l’on relisait une œuvre majeure de la littérature française, je veux parler de Gargantua de Rabelais, et notamment le passage consacré à l’Abbaye de Thélème. L’abbaye de Thélème est la première utopie de la littérature française.

Rabelais cache le nom de Adam derrière les initiales des points cardinaux : Anatole (Est), Dysis (Ouest), Arktos (Nord) et Mesembria (Sud). Nous passerons ainsi, à partir de cette indication, par le Centre de l’Abbaye : nous. Nous retrouverons, alors, le Adam posant sa main droite à plat sur la gorge[1]. Alors, Adam devient immortel car dominant tout retour en arrière, tout dépassement de la puissance qu’il sent en lui et qu’il devra libérer : son intelligence !

En vérité, il s’agit non pas d’un retour matériel à la poussière, mais d’une restitution en un lieu (le Royaume), à un État primordial : l’état d’esprit, principe de notre être à tous.

Je sais que je vais être qualifié au mieux de Lucifer, au pire de Satan, mais c’est ainsi depuis mon plus jeune âge. Je cherche à comprendre car mes doutes et mon questionnement m’empêchent souvent de dormir du sommeil du bienheureux. Vous connaissez la célèbre maxime : « heureux le simple d’esprit », mais j’ai toujours eu le courage de mes convictions.

Alors, Satan.

Bien entendu, bravant l’intelligence humaine, certains se sont permis de traduire en Satan un schème ésotérique puissant. Satan désigne en hébreu l’adversaire, et, est souvent présenté, par les simples d’esprit, comme le diable.

Ce terme vient du verbe Saten qui exprime le fait d’agir comme un adversaire, de s’opposer, et surtout de résister. Le concept est lâché !

L’homme est libre. En somme, la vie ne peut que mourir.

Carlo Suarès disait : « J’appelle Satan la volonté de non-coïncidence au sein de Dieu ». Seules sont pensables les non-coïncidences.

Le schème Satan est Schin-Teith-Noun final (300-9-700).

Schin est partout, mais n’opère qu’en énergie. Il transporte ou téléporte toute création partout dans l’Univers et ceci, sans délai aucun, à une « vitesse supérieure à celle de la lumière ». 

Teith est toute concentration d’énergie.

Noun final est le principe d’indétermination.

Le processus de développement décrit par Satan consiste à absorber, à restituer, à aspirer et expirer le monde extérieur, à prendre conscience de lui-même par tout ce qui n’est pas lui, car tout chose est lui-même. Satan est, concomitamment, tout et son contraire.

Ce schème n’est jamais résolu, mais il est partout !

Comme le dirait Carlo Suarès : « l’Indétermination se retrouve dans l’indéterminé » ; c’est le mouvement incessant qui « livre aux ténèbres la lumière que les ténèbres n’avaient pas reçue », processus bien connu de nos Frères rectifiés.

L’Homme, quand il sera complet, devra l’accomplir.

Je sais que, dans l’imagerie collective, Satan est le Gardien des Enfers qui possède des pouvoirs au moins aussi grands que Dieu lui-même.

Dans l’Ancien Testament, même si le mot est parfois employé, il ne désigne jamais une obscure et ténébreuse force du mal. En réalité, pour les Juifs, il n’est pas concevable que Dieu ait un adversaire à sa taille. Le dualisme Dieu-Diable est donc un contresens total si l’on s’en tient au Texte sacré.

Mieux, un « Satan » se tient même parfois aux côtés de Dieu !

Ainsi, dans Les Livres Prophétiques, on assiste au procès de Josué où Satan – ou plutôt UN Satan – joue à représenter la partie civile tandis qu’un autre ange sert d’avocat.

Dans le Livre de Job, Satan est réellement présent. Lorsque Dieu lui vante les qualités de Job, un homme intègre et droit qui se détourne du mal en toutes occasions, Satan lui rétorque que ce comportement exemplaire n’est pas désintéressé. Étonnant ce dialogue d’égal à égal entre dieu et Satan ! Alors, oui, à mon sens, l’homme doit « résister » et, à la fois, il doit être « l’esprit contradictoire » pour faire avancer la pensée humaine et pour éviter les erreurs souvent irrattrapables. La seule condition à cette posture est l’honnêteté intellectuelle et le non-recours au mensonge. Alors, cette posture sera positive et ne se transformera jamais en imposture !

Satan donne à réfléchir car il fait réfléchir !

Ainsi, Adam récapitule toute la Création. Il n’est que le germe du Adam futur (quand il changera de Nom) alors en voie d’accomplissement. Chaque étape de son accomplissement, au sommet de la victoire de cette réalisation, l’obligera à ne se considérer que comme germe de l’étape suivante. Si mon travail peut permettre cette nécessaire, voire, obligatoire réflexion, alors je veux bien que l’on me traite de Satan. Il est donc temps d’analyser cette notion de péché originel.

Mais l’aventure ne s’arrête pas là. Dans le prochain épisode, nous lèverons le voile sur l’une des plus grandes impostures théologiques de l’Occident : le péché originel. Invention tardive de saint Augustin, construction névrotique au service du pouvoir clérical, ce dogme a recouvert pendant seize siècles la véritable vocation d’Adam – celle de partenaire du Créateur, libre de transgresser pour mieux accomplir l’Œuvre. Vous découvrirez pourquoi la « chute » n’a jamais été une chute, et en quoi la Franc-maçonnerie restaure le sens initiatique perdu.
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[1]     Statuaire en bois du XVe siècle – Cathédrale de Bayeux (page 187 – Tome II – « A plus haut sens » – Claude Gaignebet – Édition Maisonneuve et Larose)Chapitre 6 – Le partage


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