
Dans ce dixième épisode du feuilleton consacré à la relecture d’Adam et Ève, nous abordons ce qui constitue peut-être le cœur même de la démarche maçonnique : le partage initiatique. Né de la fusion entre ish et isha, ces deux polarités constitutives de l’humanité adamique, le partage n’est pas un supplément d’âme ni une vertu accessoire – il est la condition sine qua non de l’éveil. Face à l’endormissement orchestré par le confort moderne, l’individualisme et la dépendance technologique, comment la méthode symbolique trace-t-elle encore une voie de Liberté ? Et pourquoi le partage demeure-t-il, en définitive, la marque même de l’intelligence ?
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Chapitre 6 – Le partage
« Dieu a dit : je partage en deux, les riches auront la nourriture, les pauvres de l’appétit » Coluche
Le poète a dit : « La différence entre l’amour et l’argent est essentielle dans la vie. Si l’on partage son argent, on diminue sa fortune. En revanche, si l’on partage l’amour, il ne peut qu’augmenter ». Alors… partageons ce que nous avons de plus précieux : l’amour.
La plupart des habiletés sociales renvoient à des dispositions ou à des attitudes. Le travail d’équipe qui est commandé par la communauté de recherche implique nécessairement un rapport à l’autre. Nous avons tout à gagner en apprenant à développer nos capacités d’entrer en relation avec les autres, la symbolique est là précisément pour nous y aider. Le souffle vital ou divin, l’ouverture de la bouche, la Parole ou le Verbe créateurs sont autant d’enseignements traditionnels sur ce thème qui ouvrent la voie du partage.
Il y a plusieurs virtuosités mises en route dans une communauté de recherche ésotérique. Dialoguer en groupe au sujet de thèmes symboliques ou philosophiques a des répercussions sur notre manière d’entrer en relation avec les autres. Nous avons à inventer un nouveau rapport à l’autre.
Nous devons faire preuve d’écoute, de respect, d’ouverture, d’entraide, d’accueil. En réalité, lorsque nous effectuons une recherche ésotérique en communauté, ce sont les intérêts de la découverte et de la « vérité » qui l’emportent sur les convictions et les motivations personnelles. Cette priorité accordée à la recherche influence grandement notre manière d’aborder une question ou un problème, car elle sous-entend qu’il y a plusieurs réponses possibles. Eh oui, personne ne détient la vérité. L’investigation, la recherche, la délibération et la création sont au cœur de la démarche ésotérique.
C’est à travers le climat de coopération de la communauté de recherche que se développent, peu à peu, les subtilités relatives au « vivre ensemble ». Le respect, l’entraide, l’écoute ou l’ouverture sont autant d’attitudes qui permettent à la recherche collaborative de prendre forme. La communauté de recherche ésotérique est l’un de ces lieux où nous prenons rapidement conscience que c’est en collaborant, c’est-à-dire en conjuguant nos forces, nos expériences, nos intelligences, nos intuitions, nos créations, nos erreurs, qu’il devient possible de progresser efficacement, individuellement et collectivement. C’est de l’échange entre ces deux polarités que sont ish et isha que la recherche, le questionnement commencent.
Ainsi, la communauté de recherche ésotérique est fondée sur cet esprit de partage puisqu’elle prend naissance à l’intérieur d’un lieu privilégié, sacré : nous, Adam.
Cet accueil de la multiplicité des perspectives, intégré à une entreprise de construction en commun des savoirs, ouvre toutes grandes les voies de la Connaissance. Il me paraît évident que c’est en participant que nous arrivons le mieux à exercer notre pensée critique ou notre pensée créative. Chacun apprend à partager, à coopérer, à écouter, à critiquer, à négocier, à aimer.
Avec l’accumulation du savoir, la réalisation des vues de l’imagination ne semble plus avoir de bornes. Pourtant, si l’amélioration est en cours, si elle est toujours en cours, l’état de perfection qu’elle annonce est lui-même perpétuellement différé. La « temporalisation » de la vertu d’espérance implique une temporisation indéfinie.
La mécanisation du monde est devenue si dangereuse, l’homme n’est plus en capacité de contrôler ce développement fou. La Terre, ses plantes, ses animaux et ses hommes sont en grand risque de survie. Toutes les choses vivantes agonisent dans l’étau de l’organisation.
Un monde artificiel pénètre le monde naturel et l’empoisonne. Dans cette société, ce que l’on gagne sur l’un est toujours exposé à le perdre sur l’autre.
Alors, la proposition pour sortir de ce carcan et vivre librement est la méthode symbolique. La recherche de la vérité emprunte des chemins très divers, fort heureusement ! La symbolique ne peut être resserrée dans une « étroite cage ». C’est lui enlever son rôle de science maîtresse. S’appuyant sur la remise en cause permanente, la symbolique, seule, est à même de créer les justes limites aux folles recherches touchant l’humain. Cette difficile tâche est essentielle. La vérité n’appartient ni à la psychologie, ni à la neurologie, ni aux philosophies, ni surtout aux médias et aux politiques. Jugeons plutôt la véracité elle-même, sans nous soucier d’où elle vient.
Saint Augustin écrivait : « Moi, j’aime ce qu’ils disent, quand ils disent la vérité, non parce que c’est leur pensée, mais parce que c’est la vérité. Dès lors, cette pensée cesse de leur appartenir, puisqu’elle est la vérité … elle devient le bien commun de tous ceux qui aiment la vérité… »
Cette tâche de partage née de la fusion entre ish et isha, est, de nos jours, encore plus indispensable même si elle est plus difficile. L’opinion s’accorde sur le fait que le confort est un élément essentiel à la réalisation du bonheur. Ce confort – « engraissant et engraissé par l’individualisme moderne », comme cela est affirmé dans la Revue Phares – se mue en d’inutiles produits ou pire encore, en une dépendance croissante, voire une véritable addiction, vis-à-vis de ceux qui possèdent ces technologies (internet, drones, smartphone, I.A., …).
Vivre sans confort, voire conformisme, serait une atroce punition pour nombre de nos congénères. Une vie douillette anesthésie les convictions et la force volitive de l’homme… et ainsi, peu à peu, l’homme s’est endormi… et il ne sert plus à rien. « Il y aura toujours beaucoup de baigneurs dans les eaux du Léthé » qui représente la personnification de l’oubli ; les hommes n’ont déjà que trop tendance à oublier, ils ne demandent même que cela.
Notre but, à mon sens, est d’éviter cet endormissement.
Encore faut-il avoir la volonté de lutter contre cette stupeur et désirer vraiment d’être libre. Tout contribue à l’endormissement, n’oubliez pas que même le principe de vie cherche à endormir Adam.
La Liberté (avec un L majuscule) est la condition sine qua non du partage et le partage la condition de l’éveil. Alors, le « savoir-agir » éthique est possible si l’on fait confiance à Adam.
Pour avoir cette chance extraordinaire, il faut partager notre travail, nos efforts de recherche, nos sujets de préoccupations, nos idées, parce que l’échange, le partage vont augmenter la valeur de nos convictions, la valeur de nos actions pour qu’un jour, peut-être, le monde de demain soit meilleur. C’est le pari de Adam, c’est notre pari !
Ainsi, par cet égrégore réussi, fondé sur le travail et le partage, l’autre devient un peu de l’un et l’un un peu de lui.
Quel pari merveilleux, quel pari enthousiasmant !
Le partage est, en définitive, la marque de l’intelligence.
Voici donc ce que les religions ont refusé à l’homme : l’intelligence.
À suivre…
Dans le prochain épisode, nous franchirons un seuil décisif : celui de l’intelligence comme marche vers la Liberté. Pourquoi Adam est-il le premier gnostique ? Que cache véritablement le « voile » que l’on traduit pauvrement par feuille de figuier ? Et si Satan, loin de l’imagerie infernale héritée des simples d’esprit, n’était qu’un schème ésotérique puissant — celui de la résistance nécessaire à toute pensée libre ? De Rabelais et son Abbaye de Thélème jusqu’aux lettres hébraïques Schin-Teith-Noun, l’aventure adamique nous emmènera là où peu osent regarder : au seuil même du péché originel.
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