Épisode 3 : Le mythe Adam-Eve

Livre ouvert et plume dans une forêt, illustrant “feuilleton relire Adam et Ève” sur le GOTM.fr, lecture ésotérique et initiatique.
Relire Adam et Ève, au rythme du feuilleton

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Un peu d’Histoire (suite)

5 – Le Sepher (le Livre dit de Moyse)

Les spécialistes pensent que ce Livre a été écrit entre le Xe et le IXe siècle avant J-C. « Observons qu’aucune des lois naturelles présentées par ce Livre ne vient en contradiction avec les merveilleuses découvertes de la Science réalisées depuis l’écriture du Livre », disait un des derniers cherchants en kabbale. Nous verrons, tout au long des développements qui suivent, qu’il n’y aura jamais contradiction entre les « découvertes » scientifiques et les enseignements du Livre de Moyse ; au contraire, la complémentarité sera très souvent la règle. Peut-être, est-ce dû au fait que l’astrophysique, les neurosciences et la physique quantique… sont des sciences qui évoluent actuellement vers la nécessité du questionnement métaphysique.

« Ainsi, ce Livre ne relate pas l’histoire du peuple d’Israël ! » : nous parlons du livre le plus vendu, traduit et lu certainement au monde, du best-seller de tous les temps. La Bible est le seul livre disponible partout, en toute occasion. Elle est encore aujourd’hui un livre de référence pour diverses sciences humaines. Cette somme hétéroclite, perçue tantôt comme l’histoire synthétique de l’humanité, tantôt comme une épopée prophétique, a inspiré des générations d’artistes, de médecins, de scientifiques, d’éducateurs, de politiques, d’intellectuels. En son nom, des églises, des cathédrales, des villes se sont élevées, des peuples entiers se sont formés. Elle a justifié les pires des conflits, des guerres, des invasions, bref, elle a construit l’histoire d’une partie de l’humanité sur plus de deux millénaires. Cependant, malheureusement sur des fondations de sable, sur la domination de la femme par l’homme. Ces fondations ont tenu, espérons qu’elles ne tiendront plus longtemps.

La Genèse est le premier livre, le plus ancien et certainement le plus emblématique de la Bible. Pourtant, il est aussi le moins compris !

Qu’est-ce que la Genèse ?

Qui est Adam ? Eve a-t-elle réellement fauté ?

Personne n’est capable de répondre explicitement à toutes ces questions pour la simple et bonne raison que la traduction qui nous est proposée depuis toujours est complètement absurde, incohérente.

L’histoire racontée est, tout au plus, un piètre conte pour enfants.

« Le problème existentiel de l’homme ne réside pas dans le pourquoi de la création, certainement plus dans le comment pour comprendre l’évolution et les lois de la nature, mais fondamentalement dans la perception de la mission de l’homme dans cet Univers. » La question de la « Mission de l’homme » dans cet Univers, ou du moins celle de son utilité, de sa présence sur terre, est un préalable à la démarche initiatique ou bien à son irrésistible envie de pouvoir.

Comment se fait-il que certains hommes ne conçoivent et dirigent leur vie que par l’idée du «pouvoir», alors que d’autres ne cesseront de se poser la question du «devoir» ? L’engagement n’est pas le même !

Mettre une priorité sur ses devoirs, est-ce un luxe aujourd’hui, pour celui qui ne cesse de se battre pour ces pouvoirs minimums (pouvoir manger à sa faim, pouvoir trouver un toit pour dormir, pouvoir travailler décemment pour gagner sa vie…) ?

Oui, il ne s’agit pas des mêmes «pouvoirs».

En réalité, il y a des pouvoirs nécessaires et des pouvoirs superflus.

Le problème comme toujours est de placer la limite entre les deux.

Cette limite restera variable pour chacun d’entre nous. Est-ce crucial ? Non, ce qui importe, c’est la recherche de la limite, car cette recherche constitue chaque jour notre éthique : bénéficier du nécessaire tout en se consacrant à l’essentiel. C’est cela, « gouverner sa vie ».

Il est également intéressant de s’accorder, comme avait pu le faire Carlo Suarès dans son Mémoire sur le retour du Rabbi que l’on appelle Jésus, sur le terme de « croyance ». Je suis d’accord pour insister sur le fait que le problème possible n’est certainement pas l’objet de la croyance. Croire en Dieu, ou pas, ne modifie en rien la question fondamentale du «comment la vie fonctionne ?», seule la question du «pourquoi» peut être résolue, et encore !

Or, le Livre de Moyse cherche à nous aider à comprendre le «Comment».

La problématique de la croyance, pour le cherchant en quête initiatique, se situerait dans sa permanence et son invariabilité. « Vous êtes votre propre question, elle vous appartient parce que l’incertitude est le fondement de la connaissance. » L’incertitude consiste à prendre le chemin inverse de celui de la croyance.

Il nous faut croire pour avancer, croire en notre perfectibilité par exemple, en notre intuition, notre jugement, en certaines avancées scientifiques… mais aussi éprouver en permanence, remettre sans cesse en cause, tout le temps vérifier, expérimenter… «Croyance incertaine», cela sonne comme un oxymore (encore un !), mais c’est ce que propose la Kabbale : réapprendre à marcher alors que nous le faisons au quotidien sans nous poser de questions ! Nous croyons avancer, mais en réalité nous nous éloignons de nous-mêmes ou bien nous «marchons sur la tête» !

La Marche du Franc-Maçon pose, à chaque degré, la question de l’orientation, et de l’équilibre, autrement dit du sens de la vie. Le Franc-Maçon qui a compris le fondement de la Kabbale s’aperçoit que chaque pas, chaque avancée, n’est possible qu’en traversant les 3 champs coexistants, les 3 piliers de la Vie : Principe-Manifesté-Cosmique ou Sagesse-Force-Beauté. Ces prises de conscience successives constituent de multiples « pas-sages », comme le dit Frédéric Molina.

Ce Livre dit de Moyse contient, en 10 Chapitres, l’histoire de l’Univers, l’origine et le processus de développement de l’Homme jusqu’à émettre quelques dispositions éthiques.

A l’origine, c’est un ensemble d’enseignements, sans point, sans division, sans chapitre ni verset, comprenant plus de 300 000 caractères. Il est donc très difficile à lire car il faut, à la fois, une connaissance ésotérique et être profondément doué d’intuition pour en tirer la «substantifique moelle». Ce n’est pas la Bible des rabbins. Les Grecs ont traduit ce livre en grec vers 230 avant J-C et ils comportaient le Livre des Prophètes et les Hagiographes qui n’existaient nullement dans la version initiale.

Le Sepher de Moyse fut écrit dans un langage symbolique, un code, et non en lettres d’une langue parlée. Ce langage s’écrivait par des signes idéographiques très approchants des hiéroglyphes égyptiens. Cet hébreu primitif subit, par la suite, des altérations et des déformations telles que, du temps d’Esdras (IVe siècle avant J-C), on ne le comprenait plus. Cet hébreu primitif n’est donc pas plus l’hébreu des rabbins que le français actuel n’est celui du Moyen Âge.

Maintenant, laissons un instant la parole à Fred Molina qui répondait à la question suivante : «Comment se fait-il qu’un Ordre initiatique aussi structuré que l’Ordre de la Franc-Maçonnerie, dans la diversité de ses rites et de ses grades, de ses obédiences et de ses loges, ne fasse jamais directement référence à ce premier livre de la Bible qui se présente comme «l’origine» de toute chose, comme le récit de la création du Monde et du développement de l’Être humain ?»

Nous allons voir combien les apparences sont trompeuses.

Car en dépit du fait que la Genèse de la Bible n’est jamais citée dans aucun rituel maçonnique, ce livre a suscité, à bien des égards, le plus vif intérêt des rédacteurs de nos rituels. Non seulement, ils en connaissaient l’objet dans la diversité de ses propos, mais ils y avaient reconnu, sous une architecture trop simplement qualifiée de judéo-chrétienne, les fondations ésotériques de toutes les grandes traditions antiques du croissant fertile.

Non seulement ils étaient conscients du caractère sacré de son écriture originelle, mais ils savaient que, derrière la grammaire de cette langue très ancienne, se dressait un langage hautement symbolique. Ils savaient que l’intelligence et l’intelligibilité de ce langage en feraient l’outil parfait au service de tout cherchant sincère, voué à sa propre révélation.

De surcroît, sans aucun doute, ils avaient senti la nécessité absolue d’adopter un regard holistique sur ce Livre de Moyse, face à l’impossibilité d’analyser demanière parcellaire chacun des éléments la constituant sans en dévoyer le sensoriginel. Convaincus que l’addition de chacun de ces éléments (des objectifs à laméthode et des outils aux matériaux) formait un tout dépassant largement la visionréduite de l’exégète, et ce quelle que soit son « école », ils pouvaient affirmer que cetteGenèse n’était ni historique, ni allégorique, ni sacerdotale, ni symbolique, mais profondément ésotérique ; que cette Genèse n’appartenait à aucun homme croyanten particulier, mais bien à la totalité des Hommes de foi désirant trouver leur juste place existentielle ; que cette Genèse constituait à tous points de vue le« critérium » d’une Tradition dépassant les époques et les frontières en s’inscrivant à jamais dans le moment présent.

Par « Tradition » (au singulier et en majuscule), il faut entendre la somme des grandes sagesses antiques et orientales qui ont nourri la Franc-maçonnerie dans ses objectifs comme dans sa discipline, en se constituant une pensée métaphysique ayant pour objet l’élucidation du sens de l’être considéré simultanément en tant qu’être général, abstrait, essentiel, et en tant qu’être singulier, concret, existentiel. En bref, une pensée ontologique.

Bien avant que les religions judéo-chrétiennes s’emparent pour leur propre compte des profondes questions existentielles de l’Homme, ces anciennes sagesses avaient légué pour la postérité leur propre regard sur l’Univers et sur l’Humanité. Derrière les termes Lumière et Ténèbres, Cieux et Terre composant les premiers versets de ce livre, s’exprimaient des idées complexes, intelligentes et intelligibles, le canevas inébranlable d’une vision « sacrée », tant cosmogonique que métaphysique. »

La proposition de notre recherche est de ne plus raisonner avec nos critères, nos références, nos schémas cultuels, sociaux, éducatifs et sensitifs dans un espace-temps linéaire (passé-présent-futur). Pour prendre un exemple concret, cela revient à demander comment est le goût des beignets de farine de châtaigne à celui qui n’en a jamais mangé. La proposition est de manger cette méthode, de l’assimiler pas à pas, de revenir souvent en arrière, d’éviter toute certitude car les erreurs de traductions sont nombreuses et pourtant moins nombreuses que les fautes d’interprétation. Mais, au bout de l’effort, il y a la Connaissance (la Gnose). Pour espérer y parvenir, il faudra utiliser un langage, des moyens de communication et des symboles propres à cet enseignement… Une vraie gageure !

Fort heureusement, tout au long de ce chemin aride et merveilleux, nous bénéficierons l’appui de Monsieur Fabre d’Olivet, que nous devons remercier pour son travail remarquable, son respect envers son lecteur dans sa recherche et sa liberté, ainsi que Carlo Suarès et Mino Edrei qui m’ont tant appris et tant éclairé.


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