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Chapitre 2 – Il était une fois Adam
« Celui qui connaît bien l’Art ne rejettera aucune des voies susceptibles de le conduire à la Lumière ».
« Il est pourtant évident que, selon ce mode de penser, la vocation cosmique de l’homme – Adam – est de permettre aux deux vies de sa vie double de se féconder mutuellement. Devenant ainsi un être nouveau, l’actualisation de l’immanence Y.H.W.H. pourra se produire en lui. C’est d’une telle actualisation, avec les transformations qui s’ensuivent, que les cabalistes nous entretiennent lorsqu’ils semblent faire parler et agir « l’immanence Y.H.W.H. », dont les actes et les paroles se situent, pour eux, sur un plan purement symbolique. » (Carlo Suarès)
Le Livre de Moyse est un livre difficile et nous devons remercier Fabre d’Olivet de son effort et du sillon qu’il a creusé, malgré les imperfections, bien naturelles, de sa traduction qui demeure, toutefois, très éclairante pour les débutants en kabbale. Ce livre est difficile à comprendre parce qu’il a été rédigé en hébreu ancien, qui n’a pas de réelle correspondance avec l’hébreu moderne ; l’hébreu moderne sert de support d’une langue, tandis que l’hébreu ancien est le support d’un langage ésotérique. Ce langage d’origine sémitique est difficilement traduisible dans les structures linguistiques indo-européennes parce que ce langage n’intègre pas des mots modernes concernant le passé, le présent ou le futur. Ne se préoccupant aucunement de l’origine, le Livre de Moyse cherche à expliciter le mouvement de la création et la diffusion du processus de Vie pour la formation de l’Homme, respectueux de la Nature dans laquelle il vit. Ainsi, le langage hébraïque ne distinguera que ce qui est accompli de ce qui ne l’est pas. Par exemple, quand on rencontre, en Genèse (1,1), le schème « Il créa », il faut comprendre que « c’est accompli ». De la même manière, ne connaissant pas encore le verbe « être » ou « avoir », la traduction habituelle exprimant H.Y.H. par « être » est erronée car ce verbe exprime incontestablement un processus, il doit être compris par « devenir » ou « advenir » … ou, à la limite, en tant qu’ « être-étant ».
Par ailleurs, comme nous l’a enseigné Carlo Suarès, tous les personnages n’en sont pas, ce sont des équations énergétiques exprimant un processus de diffusion de la vie, mais nous y reviendrons pas à pas dans cette étude.
En vérité, ces équations, ces lettres ne parlent que de nous.
Cette histoire, chacun l’interprète à sa façon, souvent en fonction de ses croyances. Je vais vous raconter, aujourd’hui, une histoire certainement nouvelle pour vous. Peut-être, va-t-elle vous désorienter, vous déstabiliser. Je ne suis pas certain d’avoir raison et je ne cherche nullement à vous faire adopter ma vision. Je vais la mettre sur votre table, vous pouvez la brûler ou l’adopter, vous êtes seuls juges. Je vous propose de sortir d’une mentalité que je qualifierais de cartésienne et des préjugés religieux d’un savoir étroit et obsolète. En fait, cette histoire est une tentative de transmuter l’énergie vitale de l’animal humain en lumière spirituelle car « ce qui n’est pas donné est perdu ».
Alors, il était une fois… au Chapitre 1er du Livre de Moyse.
Premièrement, en principe…
Ah oui, mon histoire ne débute pas par « Au commencement… ». En effet, dans le texte de référence, il n’y a aucun commencement ni aucune fin. D’ailleurs, il y a seulement le continuel, le permanent, l’éternel… Nous avons là une indication du plan où se situe ce qui nous a été mal traduit volontairement. En effet, il ne s’agit pas d’un début mais d’un état, le plan Mental, le « en-principe » devient « en puissance d’être ». Il s’agit de potentialités qui attendent le moment d’être pollinisées. Si nous constatons une séparation entre deux ipséités, en vérité elles ne font plus qu’Un.
Chaque manifestation dans la création contient ce principe de « l’Eternel Moment Présent ». Nous pouvons le constater dans une cellule biologique, dont chacune renferme l’intégralité, en contingence d’être, de l’organisme auquel elle se rattache.
« Bereschith », le premier schème de la Genèse n’est pas le commencement, mais la conscience, devenue consciente d’être quelque chose et se constatant indissolublement liée à la présence de tout ce qu’il y a autour d’elle.
Elle se constate elle-même (Beith-2), et elle constate l’Univers (Reisch-200).
Son problème n’est pas de savoir si c’est elle, la Conscience, qui engendre l’Univers ou si c’est l’Univers qui l’engendre, car cette question est insoluble et impensable !
Ainsi, pour bon nombre d’entre nous, la question métaphysique de la problématique du commencement se pose depuis des millénaires parce qu’un jour une erreur de traduction exista.
Depuis longtemps, les cherchants en kabbale ont répondu à cette question en considérant que l’homme, se positionnant en permanence entre le Aïn Reshit (l’infini passé) et le Aïn Sof (l’infini futur), doit se préoccuper de l’ici et maintenant, tant il est vrai que l’Homme a à faire dans ce moment présent. Les Chinois avaient également répondu de la même manière à cette question, affirmant que le Tao ne connaît pas de Genèse car ces hommes, des paysans pour l’essentiel, ne vivaient qu’au rythme des saisons en parfaite harmonie avec la Nature naturante. Les temps ont bien changé…
Alors, ledit commencement serait-il la source de toute vie ?
Dans « l’alephbeith » hébreu, la lettre-nombre Ayin (70), l’une des plus essentielles pour notre développement psychologique, nous apprend que la conscience commence à connaître en commençant par voir. Elle est la source et la vision du principe Zaïn (7) qui suscite l’ouverture sur tous les « possibles-possibles ». Dans cette conception des archétypes de vie, Ayin est cette source de toute vie car celle-ci ne peut se concevoir sans conscience.
Il ne faut certainement pas prendre cette expression au pied de la lettre, et il ne s’agit ni du commencement biologique de la conscience, ni du commencement chronologique de la connaissance en général.
Il s’agit de la seule connaissance atemporelle et permanente.
En fait, le bout du chemin pour nous sera la limite de notre intelligence (objet de notre 7e partie du 2e Chapitre) parce que l’intelligence doit posséder deux pouvoirs, celui de penser pour voir ce qui est en elle, et celui de voir ce qui est au-delà d’elle-même. En voyant le Un, l’intelligence que possèdent les êtres que le Un engendre et elle connaît par sa conscience les êtres engendrés qui sont en elle. Or, voir, c’est ce qu’on appelle penser… le chemin de la Liberté s’ouvre alors…
La conscience-univers (2-200) est à l’image de notre planète Terre : notre conscience individuelle (2) peut s’imaginer être seule et détachée du monde comme une île isolée dans l’immensité de l’océan. Mais, force est de constater que son mystère ne réside pas dans le ciel qui ne voit que sa cime, mais bien dans ses profondeurs où sa terre est reliée à toutes les terres, formant ainsi un unique ensemble (200). Carlo Suarès dirait : « Tandis que Beith (2) en tant qu’archétype de tous les contenants, a ses racines dans la résistance cosmique à la vie et Reish (200), le contenant cosmique de toute existence, a ses racines dans l’intense mouvement organique du Cosmos ».
Nous retrouvons cette image comme un préalable à toute démarche dite initiatique. En Franc-Maçonnerie, cette image se matérialise par le Pavé Mosaïque positionné à l’extérieur du Temple.
Bereshith expose donc la vie, par ses 3 premiers nombres : 2-200-1, et sa projection dans l’existant, par les 3 suivants : 300-10-400.
Ce schème est complet car il expose l’essentiel de ce que l’Homme est en mesure de percevoir et de comprendre de lui-même et de l’Univers.
Ce schème est complet car il possède en lui les réponses à son propre questionnement.
La conscience vit ici une expérience paradoxale ; ce qui paraît d’abord le fruit d’une longue préparation et d’un long renoncement (dans ce vide quantique prêt à…) apparaît brusquement dans l’éclat de ce que l’on pourrait appeler l’instant présent ! C’est le moment de la transmutation brusque de tout l’Être, qui se manifeste comme une révélation soudaine, comme une irruption.
Sortir du chemin, c’est entrer dans le chemin…
Sur le plan du Vivant, la Genèse ressemble à un code génétique métaphysique lumineux. Cette Genèse sera donc l’instant présent par excellence (entre le Aïn Reshit et le Aïn Sof). Je sais qu’il est particulièrement ardu à percevoir ou connaître objectivement. C’est un moment qui dépasse toute compréhension humaine, même si nous avons parfois l’impression de l’atteindre, car cette dimension englobe tous les volumes ainsi que tout le temps et l’espace, indifférenciés.
« L’éternel Moment Présent » ne peut évidemment pas être fixé dans le temps car il est d’hier, d’aujourd’hui et de demain, concepts parfaitement humains – le soleil et la lune ne mesurent pas le temps sauf pour l’observateur qu’est l’Homme. Prendre conscience du moment Présent, c’est obligatoirement en faire partie.
Le Livre de Moyse nous informe des plus grands secrets de la Création. Ainsi, sur le plan du pratique, notre ontologie procède toujours par identification spirituelle. Je ne sais plus qui disait : « Si la rose se mettait à penser comme un chêne, elle recevrait les lumières qui feraient d’elle un chêne. »
Le geste paradigmatique[1] prouve l’ontologie[2] originale.
Le produit brut de la Nature ne trouve sa réalité, son identité que dans la mesure de sa participation à une réalité transcendante. Le geste n’obtient de sens, de réalité que dans la mesure exclusive où il reprend une action primordiale.
Toutefois, il faut commencer par expliciter le schème « BARA », deuxième schème du Livre de Moyse, non pas qu’il soit essentiel dans notre recherche du moment sur Adam et Eve, mais il est très explicite de la méthode que nous suivrons tout au long de notre développement.
Habituellement, les premiers schèmes sont retranscrits comme suit : « Bereshith bara Ælohim æt-ha-shamaïm w’aeth-ha-aretz » et sont, au mieux, traduits par : « Premièrement en principe, il créa, Elohim[3] (il détermina en existence potentielle, lui-les-dieux, l’être des êtres), l’ipséité des cieux et l’ipséité de la terre. » (Traduction de Fabre d’Olivet). L’ipséité est ainsi, une personne ou un principe de vie, par des caractères strictement individuels, n’est pas réductible à une autre. Il n’est pas de concept, de principe, d’archétype ou d’être vivant sans « ipséité ». Ce qui faisait dire à G. Bataille que « faute d’ipséité, un élément aussi simple qu’un électron n’enferme rien ».
Notons tout de suite que les Elohim et le Tétragramme Y.H.W.H. sont deux créations de l’Homme. « Les Elohim et Y.H.W.H., loin de confondre, comme le veulent les exégètes, deux traditions (l’hélohisme et la yahwiste) en un brouillamini, composent un admirable tableau où l’Existence et l’Essence agissant à la fois de concert et contradictoirement donnent à l’humain une notion incomparable ». ,(Carlo Suarès – Le Mythe Judéo-Chrétien)
Remarquons que, dans le célèbre « Bereshith bara Ælohim », si Bereschith se termine par un Tav et si Elohim se conclut bien par la lettre terminale Mem final, ce n’est pas le cas du verbe Bara. Ainsi, deux schèmes seulement existent et pas trois : le premier est «Bereshith», le second est «baraelohim» … Dans les traductions habituelles, apparaît un «il», si souvent écrit avec une lettre majuscule, qui pourtant n’existe pas dans le texte de base ! Pourquoi cette répétition du « sujet » ?
Ne comportant pas de lettres finales, il n’y a aucune raison de couper le schème « baraelohim » en deux sauf pour réaliser une traduction orientée en introduisant une notion de dieu là où il n’y a que des êtres et des principes !
C’est le principe (Reisch) qui pénètre à l’intérieur de la résistance (Beith) pour créer les êtres. Ce principe est applicable à toute chose (physique, spirituelle ou métaphysique). Ce principe est donc universel.
La traduction éventuelle que nous pourrions proposer serait : « le principe crée les êtres ». Créer est le premier verbe, donc il signifie une action qui ne concerne que les êtres en leur réalité, non pas physique, mais métaphysique, sinon le mot « fabriquer » ou « façonner » aurait été employé. Il faut être capable de concevoir un verbe qui n’existe pas dans notre langue : « créer-êtres », mais que l’on peut parfaitement comprendre. Voyons comment la Genèse va déterminer ce verbe « créer-êtres » à l’aune de ce mythe de Adam et de Eve.
Sans oublier, au préalable, le pluriel « im » de Elohim : les « êtres ». L’Être ne peut exister qu’au pluriel, personne n’a la possibilité d’être seul, l’altérité est donc le fondement même de notre existence.
L’altérité initiatique
Par ailleurs, dans les sociétés dites primitives, l’initiation se marque par des cérémonies au cours desquelles l’impétrant reçoit la communication de savoirs ayant trait aux mythes fondateurs de la communauté à laquelle il appartient, une révélation cosmogonique, des signes de reconnaissance, des techniques indispensables à la survie du groupe et les signes d’appartenance. Il s’agit donc d’un ensemble de rites de passage tant symboliques qu’empiriques, que de socialisation, la cérémonie étant un acte public de reconnaissance.
Or, dans les sociétés structurées en castes dans lesquelles les fonctions sociales sont établies, la plupart du temps, ces éléments sont étanches : on est soit paysan, soit guerrier, soit prêtre.
Dans les sociétés de transmission orale, lorsque l’écriture est un discriminant social, les rites initiatiques occupent une fonction déterminante. En revanche, lorsque l’écrit remplit cette fonction de collation d’une mémoire collective des savoirs et des techniques, la transmission orale et l’apprentissage déclinent au profit d’une approche pédagogique et théorique.
La symbolique prend, alors, le pas sur le pragmatisme social.
L’initiation associe l’introduction du candidat aux techniques, devoirs et prérogatives de sa charge à un réajustement radical de ses rapports émotionnels. Idéalement, celui qui est investi s’est dépouillé de son humanité ordinaire et représente, alors, une force cosmique impersonnelle. Il est le « deux fois né ». Il est apte, désormais, à assumer lui-même le rôle d’initiateur, de guide, de « porte du soleil » par laquelle on passe des illusions infantiles de « bien » ou de « mal » à l’expérience de la majesté de la loi cosmique. Chacun porte en soi le Tout !
Il est donc permis à chacun de le chercher et de le découvrir à l’aide d’un Rite qui est le reflet continu de la Vie.
En voici, en résumé, la Méthode.
Toute transmission d’une Connaissance de l’Univers et de la place de l’Homme dans celui-ci représente une connaissance et une organisation qui procèdent d’un processus que certains qualifient de « divin ». Elle ne saurait, par définition, être possible par les voies pédagogiques et cognitives traditionnelles relevant de la logique et de l’exercice de la raison. Cette « Vérité » d’essence divine ou transcendantale, intrinsèquement impénétrable à l’intelligence humaine, ne peut être envisagée que par les voies non cognitives, articulant intuitions, émotions esthétiques et expériences.
C’est une révélation strictement personnelle et intransmissible.
Cet « embrasement » intérieur reçu par le récipiendaire lors de la cérémonie de Réception lui confère une parcelle de la Lumière et c’est précisément cela qui constitue ce changement d’état qui légitime l’initiation : la mort au profane et la naissance au sacré. Seul l’instant fait sens, le processus s’entend comme mise en condition, puis confirmation.
Alors, le Aleph, le Un qui est par-delà l’essence, l’énergie première, la Lumière, éclaire notre vision de ces images de lumière que la conscience ésotérique essaiera d’abord de cerner ; c’est l’expérience du « commencement » et du moment de transmettre à autrui.
Cette Lumière n’est ni émouvante ni envoûtante parce qu’elle se rapporte à une expérience de la conscience tout en valant pour elle-même, elle est l’authentique Lumière. C’est cette Lumière qui est la substance de l’Être véritable, c’est-à-dire l’Un qui se donne à voir comme un rayonnement : c’est la diffusion large, illimitée et homogène de la célèbre effulgence[4], c’est le rayonnement de l’éternité. La Lumière vit une expérience de la plénitude.
La Franc-Maçonnerie, dernière société initiatique contemporaine et non dogmatique, nous propose de vivre cette expérience de la Lumière.
Le Savoir n’est pas détenu par des Sages, et la Connaissance ésotérique n’est pas contenue dans une seule Tradition. Vérité ne s’écrit qu’au pluriel.
Même si le discours prophétique est trop souvent de mise dans nos Loges, chacun d’entre nous sait qu’il n’est pas prophète ou porteur d’une transcendance inspirée. Dans notre Ordre, dieu est absent, même si certains de ses adeptes peuvent croire ou ne pas croire.
Sans divin, il n’y a ni révélation, ni illumination, et l’initiation ne peut s’exprimer pendant la cérémonie.
Celle-ci est plutôt l’initialisation d’un processus complexe au cours duquel le sujet actif (et non l’objet passif d’une ordination) cherche, par une méthode dialectique fondée sur l’établissement d’un lien avec l’autre et la fraternité, à se révéler à lui-même.
Cette confrontation de l’ego avec l’altérité est le moteur de notre démarche. La vertu tant recherchée en Maçonnerie dompte l’ego et rend possible une centralité « trans-personnelle ». Quand elle est réalisée, il y a encore du plaisir et des douleurs. On perçoit alors la force transcendante, cette force qui est vivante, admirable en tout et mérite notre profonde révérence.
Héraclite disait : « Que les dissemblables soient réunis et de leurs différences jaillira la plus belle harmonie : rien ne se fait sans lutte ».
Adam le sait !
Cette méthode est contemporaine et éternelle car elle exclut une relation « maître-disciple ». Chacun est reconnu dans son identité, sa dignité et son intégrité comme porteur légitime d’une part de la connaissance du monde.
Décidément, la transmission appartient à celui qui reçoit !
Cette garantie de reconnaissance mutuelle qui fonde fraternité et tolérance permet d’ouvrir un espace de confiance, somme toute assez rare dans les relations sociales quotidiennes, qui peut autoriser une catharsis que nous nommons Initiation.
Cette praxis (interaction de points de vue théoriques et de pratiques expérimentales) n’est ni donnée a priori, ni stable. Elle est le produit par nature instable d’une « dynamique », d’un processus dans lequel s’opèrent des relations de pouvoir, de séduction et d’autorité. Il s’agit donc d’une construction volontariste et consciente qui considère les ressorts inconscients de tout champ relationnel. C’est la capacité d’une Loge et de chacun qui la compose à surmonter cette épreuve de la distance révélée entre discours et pratique, idéal et expérience, qui constitue le chemin initiatique.
Et, ce chemin n’est pas toujours et, à chaque instant, jonché de pétales de rose.
Le centre de l’Union
Les épreuves qui jalonnent ce voyage sont essentielles. Adam les attend avec impatience comme au moment où nous n’étions que des récipiendaires. Elles sont de l’ordre du relationnel, certes, mais surtout du plan de l’acceptation d’une mise en danger du moi par la confrontation à l’autre, du moi qui se recompose dans cette lutte même.
Adam ne pourra pas demeurer, ad vitam, seul et unique !
La recherche constante du nouveau point d’équilibre dans cette marche, par essence déséquilibrée, de l’harmonie par contrôle des tensions, de la sérénité par acceptation des différences, autorise la référence à la construction d’un centre de l’union. Elle autorise également une démarche progressive.
Adam doit apprendre la patience.
Tolérance et fraternité en sont les produits comme les agents qui nous ont permis de bâtir un corpus de valeurs à vocation universelle.
La fraternité initiatique n’est pas seulement la reconnaissance de l’autre comme un autre soi-même, mais l’accepter comme un alter ego, égal, même si, bien entendu, il n’est pas identique, surtout s’il n’est pas identique. Comme la relation humaine est instable, les constructions sociales sont le produit des rapports de forces et ils génèrent en permanence de nouvelles inégalités.
Ici encore, dans une Loge libre et souveraine, se vérifie que c’est bien l’altérité qui est l’enjeu, l’objet et le moteur de la méthode.
Adam a besoin de se « confronter », de vivre des « épreuves », sinon il n’empêchera pas son entropie croissante[5]. La confrontation à l’autre et à sa part de vrai, la relativisation et l’enrichissement sans abandon de sa conviction est l’épreuve à surmonter pour entrevoir, sinon l’universel, du moins la pluralité.
Les initiés ayant vécu l’épreuve du confinement de l’an 2020 peuvent mesurer combien la réunion régulière des esprits contradictoires est obligatoire et nécessaire à leur propre équilibre instable, ce qui leur permet de marcher et d’avancer sans cesse et sans limite vers eux-mêmes.
Que l’on se place d’un point de vue méthodologique ou événementiel (le choix du sujet), l’altérité réaffirme sa centralité.
Adam se prépare aux épreuves qu’il acceptera et supportera de plein gré.
Il les attendra d’ailleurs et il assistera à la manifestation de la Création.
Ceci étant dit, rendant notre démarche plus explicite, revenons plus directement à notre sujet en prenant connaissance de ce Chapitre I du Livre de Moyse, des versets à partir du 26e.
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[1] Paradigme : conception théorique dominante ayant cours à une certaine époque dans une communauté scientifique donnée, qui fonde les types d’explication envisageables, et les types de faits à découvrir dans une science donnée.
[2] Ontologie : l’étude des propriétés les plus générales de l’être, telles que l’existence, la possibilité, la durée, le devenir.
[3] Elohim et Y.H.W.H. sont des schèmes différents, à la fois Un et opposés : le premier symbolise les forces vitales d’existence, le second en est l’Essence.
[4] L’effulgence est la luminosité pousséeà l’extrême.
[5] Entropie : caractérise le degré de désorganisation, ou d’imprédictibilité du contenu en information d’un système.
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