Les 3 piliers : Vecteurs fondamentaux de l’éveil initiatique

Symboliquement, autour du tapis de loge, sont dressés trois grands piliers. Leur disposition donne la clé géométrique de la création qui, par sa précision, va à l’essentiel dans le soi pour me rappeler :

– l’objet de ma présence en loge.

– ma motivation initiale en frappant pour la première fois à la porte du temple.

Par l’intermédiaire du premier surveillant, le Vénérable Maître m’invite à :

– laisser mon égo et mes métaux de côté en toute conscience.

– respecter l’engagement pris lors de mon initiation.

– faire preuve de persévérance.

Cette Lumière nous vient de l’Orient et va vers les trois autres sources lumineuses en attente, elles-mêmes, de la recevoir.

En ce qui me concerne, cette répétition scripturale du rituel est indispensable pour revivre l’instant et intégrer le processus d’enchevêtrement de formes géométriques (carré long/triangle rectangle) formées en images mentales par le tapis de loge dont la complémentarité n’est plus à démontrer. Un « déverrouillage » intérieur progressif s’opère au même rythme que la lumière nous parvient par touches successives, sacralisant l’instant et le lieu.. La transmission de la lumière, qui n’est autre que la clé de ce travail sur moi est l’acte fondateur de chaque tenue. Il va contribuer, je le souhaite, à m’ouvrir grand la porte de la compréhension des mystères de la création pour être en mesure de réaliser pleinement la mienne en toute humilité et le plus sincèrement du monde.

A l’ordre entre les colonnes, les pieds en équerre face à l’Orient, les 3 piliers constituent un sentier lumineux, une balise repère incontournable de notre chemin initiatique vers la lumière, celle qui révèle les choses, les rend visibles, les fait ressortir en les extirpant de l’ombre. Cette voie sacrée préalablement tracée qu’il m’appartient de suivre est un passeport entre le monde visible et le monde intelligible, celui du passage des ténèbres à la lumière, de la terre au ciel.

Moi, simple apprentie, qui ne sais ni lire ni écrire et tout juste épeler, imaginez à quel point j’ai besoin de lumière pour prétendre à mon tour être un jour un foyer lumineux, maillon de transmission !

Petit animal nocturne que je suis, je dois impérativement faire le vide pour recevoir une telle bombe luminescente en héritage, qui au passage va me nourrir, se nourrir de moi pour continuer sa route ad vitam, celle de la diffusion de ce feu rayonnant qui ravive nos êtres en les transmutant. Cette lumière incréée a besoin de toute l’opacité d’un milieu (la loge/ mon intimité) résistant pour se révéler et d’un vecteur (moi-même) pour se propager et continuer sa course.

Notre rituel propose une émergence progressive de la lumière par le processus déambulatoire qui induit une temporalité. Ce processus d’illumination progressive s’apparente à celui de la création en général et de la nôtre en particulier. La même lumière, cette fois intériorisée, adopte le même principe et agit en nous comme un révélateur de nous-même. Notre propre création s’amorce alors par l’entremise de cette énergie vitale, crépitante et fluidique. La quête de la lumière nécessite une lente et besogneuse reptation au cœur des ténèbres, dans le ventre de la terre, dans nos bas fonds les plus obscurs pour être en mesure de se défaire de cette sombre et collante chrysalide dans laquelle l’apprenti est en latence tel un papillon dont la finitude annonce l’éclosion.

Mes oripeaux doivent subir des craquelures pour que je puisse, à mon tour, m’inscrire dans la course du soleil ; cycle et rotation de la vie. Je deviens alors garante de la façon de faire briller la parcelle lumineuse dont je suis dépositaire. Ne faudrait-il pas voir en ce don luminescent concédé par le Vénérable, foyer de concentration du rayonnement intellectuel des frères et sœurs de la loge, un véritable acte d’amour ?

Les 3 piliers (ou plutôt les 3 flambeaux) sont la formulation première du principe invisible de soutènement de la loge, espace sacré support de mon temple intérieur. Il m’inspire pérennité dans le plan et croissance dans l’élévation. Au sol, le Un devient Deux, puis en élévation le Deux devient Trois. Cette Unité retrouvée est semblable pour moi à une empreinte sur laquelle je prends appui pour m’élever, guidée par la verticalité du fil à plomb. Positionnée sur ce filin comme un curseur qui tantôt s’élève tantôt s’enfouit dans mes redoutables profondeurs, je suis animée d’un perpétuel mouvement continu et nécessaire qui intime l’action dynamique permanente, vivante et évolutive qui répugne à l’immobilisme. L’apprentie que je suis est telle la sève terrestre qui puise ses minéraux dans la terre et aspire à s’élever en toute humilité le long du pilier qui sert de tuteur, attirée par le feu qui le couronne.

Les 3 flambeaux constituent un endosquelette géométrique capable de faire naître la pensée en esprit, l’éveiller et le relever dans sa plénitude au-delà du visible. Pour se faire, il nous incombe d’agir selon sagesse, force et beauté.

SAGESSE : Elle représente pour moi, un dosage harmonieux du geste à la parole pour que fleurisse le Verbe et nous nourrisse de ses fruits. Qui sait la pratiquer, parvient à unir avec habileté, prudence, et bonne conduite, juste expérience naturelle, innée des choses.

Le flambeau de la sagesse me ramène tout droit à l’épreuve de la Terre, celle du cabinet de réflexion où la timide lueur de ce feu précieux était témoin de mon dénuement à l’heure de mon testament philosophique. L’acquisition de cette vertu est fondamentalement le travail de l’apprenti dans un silence forgeant sa qualité d’écoute et de réception. La sagesse, c’est la compréhension (au sens de « prendre avec …, dans son essence ») de toutes les connaissances tant matérielles que spirituelles, de l’entendement de soi et du respect de l’autre. C’est le blanc, la fusion de la palette chromatique et celle du spectre lumineux. La sagesse est la base de la recherche de la vérité en utilisant les connaissances acquises, d’apprendre à se connaître, savoir observer, utiliser ses sens pour être en harmonie avec soi même, vouloir le bien pour soi et pour autrui.

Le sage, à mes yeux, n’est autre que le « jardinier de l’éveil » dont la connaissance intuitive nous accompagne de sa bienveillance sur le chemin de notre propre révélation.

Notre démarche de perfectionnement ne peut être couronnée de succès que si elle est animée par une force intérieure, une volonté farouche, qui naît de la dynamique d’un être en devenir.

FORCE : Elle nous insuffle la persévérance intérieure pour pratiquer ensuite l’essaimage extérieur. Cette force morale renforce le questionnement et notre volonté de cherchant. Le rouge c’est l’action nécessaire à l’édification de mon temple intérieur. Elle est le stimulant indispensable à toute entreprise

Elle est rouge comme l’énergie vitale qui coule dans nos veines. Que deviendrait le ciseau de l’apprenti sans la force du maillet, quelle pierre aurait-il la prétention de rectifier avec mollesse ?

La lumière qui émane du flambeau de la force, me met en garde contre la fragilité de mes connaissances maçonniques et me rappelle les inscriptions sur les murs du cabinet de réflexion : Vigilance et Persévérance sans lesquels je m’agiterais dans le vent.

La force, le Heka égyptien, découle de l’énergie lumineuse et permet de contrecarrer le cours naturel des événements en modifiant par notre volonté le cours d’un destin imposé. Cette force nourrit par l’expérimentation de la connaissance œuvre à rassembler ce qui est épars en le canalisant en source lumineuse éclatante de vérité.

Pour moi, la nature et ses créations sont la plus exacte définition de la Beauté. Elle est bien différente du concept du beau propre à chacun et qui relève du jugement et non de l’universalité.

BEAUTÉ : Elle représente l’équilibre entre des forces de polarités contraires. La loge se doit d’être un écrin où règnent l’ordre et l’harmonie, où le seul perturbateur potentiel n’est autre que l’être humain.

La beauté extérieure ne trouve sa complétude sans l’adjonction d’une grâce intérieure qui magnifie l’âme et irradie bien au-delà de notre corporalité.

La beauté, c’est l’alliance de la sagesse et la force dans de justes proportions. La diversité ordonnée concourt à la beauté du Un, le Tout. Cette beauté originelle est intangible comme l’harmonie de l’univers. Le vert symbolise pour moi, le renouveau, l’équilibre, le cycle régénératif de la nature et de la spiritualité. La beauté orne et illustre le bel ordonnancement du monde. La connaissance de soi, œuvre de la sagesse, la maîtrise de soi œuvre de la force, trouvent leur achèvement dans le perfectionnement de soi œuvre de la beauté.

PETITE PRIÈRE PERSONNELLE :

Que la sagesse guide mes pas sur le long chemin initiatique vers ma propre rencontre.

Qu’elle temporise mes propos et inspire mes actes en donnant un sens à mes actions.

Que la force me galvanise et me plonge à jamais dans le questionnement et la recherche, me soutienne dans l’effort et l’action en vue de ces « retrouvailles » si intimes.

Que la beauté et l’harmonie apaisent ,mettent en lumière et ordonnent mon chaos intérieur.

Que cet onguent luminescent vienne panser mes blessures et les rendre tolérables à mes yeux, mon cœur et mon esprit.

En contemplant ces 3 petites flammes crépitantes de vie, le silence et la paix font grand bruit en mon âme. La suite à écrire serait elle entre mes mains… j’en tremble.

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