Houzé, le mystère

  Une acclamation est un « cri de joie », nous avons trop souvent la mauvaise habitude de l’oublier. L’acclamation du R.E.A.A. est : HOUZÉ ! HOUZÉ ! HOUZÉ !

Cette acclamation apparaît sous cette orthographe dans le Thuileur de De Grasse Tilly, le français qui participa à la « codification » du REAA aux États-Unis et qui amena ce Rite en France. En acclamant, on lève le bras droit en avant, parallèlement au sol et la main tendue, en direction du Livre de la Loi Sacrée, comme si on voulait lancer une offrande.

HOUZÉ est l’interjection solennelle et rituelle qui, en tenue, suit la batterie.

L’explication donnée très souvent trouverait son origine dans la déformation de HURRAH, cri des marins anglais pour honorer les visiteurs qui montaient à leur bord. Prononcé HOURRAI en anglais, la transcription française aurait donné après altération grammaticale HOUZZAI.

Pourtant, nous trouvons aisément des traces de ce mystérieux terme dans de nombreuses traditions. En voici quelques références :

  • Egyptienne : « Ouser » qui signifie « Feu actif du monde » dans la moelle épinière de l’homme. Devient son feu, son pouvoir vital. Le fait de projeter vers l’autre ce « Ouser » peut être retenu comme origine.
  • Hébraïque : On peut également voir dans le mot Houzé, une prononciation déformée du nom de Osée (hoseah qui se prononce ouché en Hébreu) et signifie “Yahvé sauve”. Prophète hébreu resté dans la mémoire du judaïsme comme symbole de délivrance, de sécurité, le sauveur, au VIIIe siècle avant Jésus Christ, fils de Beeri et auteur d’un livre (le livre de Osée) qui débouche sur la symbolique et dont le thème est l’Amour du Créateur pour son peuple. C’est le premier des douze livres qui composent l’œuvre dite des petits prophètes. Le personnage et son œuvre sont suffisamment importants, la traduction du nom suffisamment explicite pour qu’il puisse être évoqué sous la forme d’acclamations d’allégresses dans un Rituel tellement imprégné par l’ésotérisme de l’Ancien Testament.
  • Uzza est aussi le nom d’un roi légendaire d’Israël associé à la tradition alchimique, mais il n’a laissé aucune trace dans la bible. Uzza, fils d’Abinabab, frère d’Achjo de la maison de David eut une funeste aventure racontée dans Samuel, (livre II, chapitre IV, paragraphes de 1 à 11). Voici cette histoire : « Ils mirent sur un char neuf, tiré par des bœufs, l’Arche de Dieu, et l’emportèrent de la maison d’Abinabab sur la colline. Uzza et Achjo, fils d’Abinabab, conduisaient le char neuf. Uzza marchait à côté de l’Arche de Dieu, Achjo devant. David et toute la maison d’Israël jouaient devant l’Éternel de toutes sortes d’instruments de musique. Arrivés à Nacon, Uzza tendit la main pour soutenir l’Arche d’Alliance, qui, déséquilibrée par un chaos risquait de chuter. La sanction fut immédiate et Uzza s’écroula foudroyé. Il mourut là, près de l’Arche de Dieu ». Il n’est pas utile de rappeler les mystérieuses propriétés physiques de l’Arche d’Alliance, ni l’injustice de cette sanction divine, destinée aux profanateurs, et qui frappa pourtant un serviteur zélé. En revanche, imaginons le geste d’Uzza tentant de retenir l’Arche d’Alliance et comparons-le à celui que nous effectuons en accompagnement de l’acclamation écossaise… Puis, essayons de nous souvenir de la prononciation de la lettre U (ou) et la lettre A (é) et, en tenant compte de ces indications, prononçons le nom d’Uzza. Intéressant non ?

Enfin, rappelons-nous que les personnages dont les noms sont évoqués dans nos rituels sont tous issus de la Bible, qu’ils ne sont pas des personnages mais des équations énergétiques… Celui d’Uzza est évoqué à neuf reprises, ce qui semble suffisant pour avoir retenu l’attention des créateurs de notre Rituel. Sans affirmer que cette hypothèse est la bonne, elle semble très probable et elle est, en tous les cas, aussi intéressante que celles proposées jusqu’à ce jour et mérite que nous y réfléchissions.

  • Arabe : Les Arabes anciens se servaient du mot Uzza qui est aussi l’un des 99 noms de Dieu dans leur langue. A noter que « Al Uzza » veut dire Acacia, « épine d’Egypte » et que c’est un symbole solaire. Ses feuilles s’ouvrent et se flétrissent. Le rameau des initiés judéens était de l’acacia.

Revenons aux textes maçonniques :

  • 1738 : Lors de l’inauguration, le 2 août, en Ecosse, de l’Hospice Royal d’Édimbourg : « …chaque maçon frappa à son tour trois coups sur la pierre. Les trompettes sonnèrent trois fois et les Huzzas et les applaudissements des mains se firent entendre trois fois ». Tiré de « Ordo ab Chaos » N°30 – page 137.
  • 1753 : Lors de la pose de la première pierre de la Bourse Royale d’Édimbourg, le 19 septembre 1753, après que la pierre fut descendue sur son lit et qu’elle ait été arrosée de grains de blé, de vin et d’huile, « Le Grand Maître fit à haute voix l’invocation suivante : Puisse la main bienfaisante du Ciel entretenir dans cette cité abondance de grains, de vin et d’huile et de tous autres objets nécessaires à la vie. L’air retentit alors d’un triple Huzza».  Tiré de l’histoire de la Franc-Maçonnerie de Lawrie (1813) dans la traduction de Claude Antoine Thory (GLdF).
  • En 1815, est paru le Thuileur des 33 degrés de l’Ecossisme de Delaunay. Il écrit : « on y joint la triple acclamation Houzé qu’il faut écrire Huzza, expression anglaise qui signifie vive le roi et qui remplace notre vivat ».
  • En 1820, Vuillaume, dans son Manuel Maçonnique dit : « on s’écrit ensuite par trois fois Huzza. Ce mot nous vient des Anglais ce qui est la cause de la différence entre l’orthographe et la prononciation ; il est employé en signe de joie et répond au vivat des Latins. »
  • En 1825, dans le Dictionnaire Maçonnique de Quantin, nous apprenons que “Houzé” (Huzza) est le cri de joie des Maçons du Rite Écossais. II signifie « Vive le roi ». Ainsi, les Maçons écossais, accusés d’être hostiles au trône, manifestent leur allégresse par le cri de Vive le roi. L’origine semble bien écossaise et non pas anglaise.
  • En 1930, Albert Lantoine pense que le mot Huzza (Houzé) est tout simplement synonyme de Hourra en usage en Europe centrale, et précise qu’il existe dans la langue Anglaise le verbe « to Huzza » qui veut dire acclamer.
  • En 1948, Jules Boucher dans la Symbolique Maçonnique nous rappelle qu’en Hébreu, Oza signifie force et que c’est là et non ailleurs qu’il faut chercher l’origine du mot Huzza prononcé Houzzé par des millions de Maçons. Par extension, ce mot signifie « Vie » comme le mot « vivat » « qu’il puisse vivre ». L’approche de Jules Boucher est intéressante car sans doute plus proche de ce qui semble être une bonne explication. Comme acclamation, il me paraît bon de retenir ce « Vie à …. »

Ne disait-on pas « longue vie au Roi ? »

Autres origines possibles :

  • Anglaise : Selon l’« Oxford English Dictionnary », p 1354, Volume 1, Huzza donna Hussa, Hussaw, Huzzah, Huzzay, et sont des exclamations dans lesquels le H est une préparation au souffle et un moyen pour faire ressortir le « a » final. Autrefois, une acclamation de marin, lors de l’embarquement ou débarquement d’un visiteur à bord, faisant ressortir l’exultation.
  • Allemande : Dans ce sens, il serait similaire à Heissau, Hissau, Heeze, Hissa ou au Hu’ssa allemand qui est un cri de chasse.

Peut-être le plus important de tout, est que cette acclamation doit être nette et vraiment sortir du plus profond de nous.

Je reste persuadé qu’avec un peu de volonté et de recherche, nous pourrons aisément trouvé d’autres références.

Nous savons donc que la première apparition de cette acclamation dans nos rituels date des toutes premières années du XIXe siècle, dans « Le Guide du Maçon Ecossais », premier rituel imprimé du REAA. Houzzé n’apparaît pas dans les toutes premières divulgations : Masonry Dissected, en 1730, par exemple.

Il est donc possible d’imaginer que le Huzza ait été importé en France par les Francs-Maçons écossais de la suite de Jacques II, et qu’il ait été aussi largement utilisé par les nombreux Francs-Maçons de la Guerre d’Indépendance Américaine. C’est une marque distinctive de la franc-maçonnerie venue d’Écosse qui, à mon sens, ouvre de nouvelles perspectives aux cherchants tant à l’ouverture des travaux de recherches et de partages qu’à la fermeture et du retour au onde dit profane pour appliquer ce que nous avons appris, compris et intégrer : « Vie à la Loge ».

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