Le paradigme humain : la fraternité

Depuis que je réfléchis à cette question, les idées-clés fusent de toutes parts et, surtout, je me sens tirer vers les disciplines traditionnelles qui fleurissent dans nos rituels et symboles.

Mais, j’ai l’impression d’être retenu par la douane pour défaut de visa.

Je dois expliquer ce sentiment bizarre.

Nous savons tous que nous sommes des animaux de la classe des mammifères, de l’ordre des primates, de la famille des hominiens, du genre homo, de l’espèce sapiens, que notre corps est une machine de trente milliards de cellules, contrôlée et procréée par un système génétique, lequel s’est constitué sur plusieurs millénaires (peut-être plus de cent), etc., etc., etc.

Pourtant, ce savoir est quasiment inopérant pour notre chemin de vie pas plus que de savoir que notre organisme est constitué par des combinaisons de carbone, d’hydrogène, d’oxygène et d’azote…

Nous le savons tous, nous sommes fils de primates !

Alors que tous les hommes relèvent de la même espèce, homo sapiens, ce trait commun de nature n’a pas cessé d’être dénié à l’homme par l’homme, qui ne reconnaît pas son semblable à l’étranger, ou qui s’accapare la qualité exclusive d’Homme (avec un H majuscule, évidemment). Du Grec jusqu’à nos jours, l’esclavagisme sous toutes ces formes n’existe-t-il pas ?

Nonobstant, tous les hommes sont hommes et ainsi, la fraternité devrait être « naturelle » ! Qu’observons-nous, au-delà du racisme imbécile basique, l’idée de la nature humaine s’est énucléée sous la conscience de l’évolution historique et de la diversité des civilisations : si les hommes sont si différents dans l’espace et dans le temps, s’ils se transforment selon les sociétés, alors la nature humaine n’est plus qu’une matière malléable à laquelle seule la culture ou l’histoire donne forme. A mon sens, de toutes parts, vidée de vertus, de richesse par la diversité, de dynamisme, la nature humaine est devenue amorphe (alors on s’agglutine dans des mégapoles et on appelle cela le progrès), elle crée sa propre immobilité, son illusion de la stabilité, du statut, elle invente sa propre mort. C’est ce dont l’Homme, libre et souverain, doit se soustraire parce que tout cela ne fonde pas l’Homme, enfin je le souhaite !

En fait, j’ai l’impression que l’homme possède en lui le principe du désordre et de la désorganisation alors que le principe de la Vie signifie, au contraire, tendance à l’organisation, à la complexité croissante.

Nous sommes toujours devant l’équation difficile à résoudre de l’Ordo ab chao, qui est, pourtant, notre devise, nous les cherchants de l’Écossais de l’Ancienne Acceptation. Il nous faut lier l’ordre et le désordre pour faire de notre vie un système de réorganisation permanente fondé sur une logique de la complexité. Je sais ce n’est une position ni confortable ni conformisme.

De toute manière, qui cherche l’Inde trouve l’Amérique !

Et pourtant, qu’on le veuille ou non, nous les hommes grands, petits, obèses ou plantureux, nous possédons tous une machine identique, une machine vivante, certes constituée d’éléments peu fiables (des molécules qui se dégradent, des cellules qui dégénèrent) mais qui demeure la machine la plus fiable qui soit car elle est capable de régénérer, de reconstituer, de reproduire les éléments qui se dégradent, elle s’auto-répare et elle est même capable – si j’osais je dirai : miracle ! – de réaliser ses buts quand elle est en panne !

Cette machine allie une logique de fonctionnement et de développement avec l’indétermination, le désordre et le hasard comme facteurs d’une auto-organisation. Cette logique du vivant est sans doute plus complexe que notre entendement certes, mais cette machine est identique à chacun de nous car elle est notre base. Nos anciens l’avaient compris et ils ont appelé cette machine Adam, le Aleph plongé dans le sang. Voici ce qui nous lie, qui nous réalise définitivement Frères : le Aleph dans le sang.

Le Aleph est plongé dans le sang, mais le sang n’est pas complètement absorbant. Ainsi, est défini le principe permanent de l’imperfection de la création. C’est dire également si le corps humain peut devenir un centre de radiation de l’énergie cosmique.

Adam peut devenir le réceptacle de la plus grande intensité de vie possible sur cette planète.

Oui, Adam le peut, s’il le veut !

Pour cela, il devra changer, se transformer car il est le seul maître de sa vie, il fera ce qu’il désirera de cette machine, il sera homme d’honneur ou malotru.

Pour cela, il devra changer de nom ! Il devra reprendre son nom !

C’est bien ce qui est décrit dans le Livre de Moyse car Adam est l’origine de l’évolution.

Nous sommes tous cette machine qui va travailler sa substance, Adam a la mission de travailler sur lui-même pour se transformer, il va passer d’une puissance contingente d’être à une autre puissance d’être et ce travail est mouvement, recherche d’équilibre certes, cette machine est identique à chacun de nous car elle elle notre base, équilibre particulièrement instable. Tant mieux !

N’oublions jamais cela car nous sommes tous Adam !

N’ayez crainte mes Sœurs, Adam est créé « mâle et femelle » (Gen.1, 27).

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