L’aventure de la Conscience : le Vivant.

« Un être humain est une partie du tout, que nous appelons “Univers”, une partie limitée par l’espace et le temps. Il expérimente lui-même ses pensées et ses sentiments comme quelque chose de séparé du reste – une sorte d’illusion d’optique de la conscience. Cette illusion est pour nous une forme de prison, nous limitant à nos désirs personnels et à l’affection pour les quelques personnes vraiment proches de nous. Notre tâche doit être de nous libérer de cette prison en élargissant notre cercle de compassion, pour embrasser dans leur beauté toutes les créatures vivantes et l’ensemble de la nature. » (A. Einstein)

Il nous faut un point de repère, un modèle pour nous restructurer, car nous sommes dans le chaos. Nos systèmes et nos sociétés sont en pleine décomposition. Le contenu de cette réflexion est naît d’une soirée d’avril dans une Loge et est une analyse implacable de nos échecs dans tous les domaines. C’est la recherche des raisons de ces échecs, des moyens d’y remédier et de se prémunir devant la catastrophe qui approche qui motive cette réflexion : « Seuls les inconscients dansent sur le volcan. »

Notre Terre est un être vivant ; elle souffre et est en train de mourir, victime de l’égoïsme et de la folie des hommes. Ce constat peut être fait par la plupart d’entre nous. La machine s’est emballée depuis longtemps, plus rien ne semble pouvoir l’arrêter. Pourtant, de nombreuses voix s’élèvent pour dénoncer, mais elles sont vite étouffées au nom d’énormes intérêts financiers et également le manque de réelle conviction. Certes, « l’humanité n’ira droit que lorsqu’elle aura tout essayé pour aller de travers » comme le disait le poète. Certes, tout ordre résulte d’un désordre, le chaos précède toujours un nouvel ordre, dit-on. La science le découvre aujourd’hui ; la Tradition l’a toujours su, elle nomme cela l’œuvre au noir. C’est de la décomposition des systèmes qui nous régissent que va surgir un nouvel état de choses, un monde nouveau correspondant à un nouvel état de conscience de l’espèce humaine.

Je serai à jamais marqué par ce logion de l’Evangile de Thomas : « Ce sont les solitaires qui entreront dans le lieu du mariage ». Oui, ce sont ceux qui pensent par eux-mêmes qui parviendront à l’Unité, véritable but de toute l’évolution de la Conscience. Nous vivons à l’envers d’un monde à l’envers parceque nos maux sont dans notre tête.

Nous nous sommes inspirés de l’œuvre d’Emile Pinel qui nous a démontré mathématiquement que les polarités sont nécessaires à la manifestation de quoi que ce soit. Toute perte de polarité conduit à la mort.

C’est ainsi que plusieurs de nos Sœurs et Frères sont morts sans le savoir !

L’intuition – ainsi que son complément et antithèse, la raison – seront à la base de la construction de l’essai de synthèse tentée, depuis longtemps, par les tenants de la Franc-maçonnerie de Tradition…

La base est le « respect du jeu de la Vie » comme le dirait mon Maître.

Je sais, pour avoir payer souvent, « une idée nouvelle ou la volonté de retrouver la source véritable ne triomphe jamais, ce sont ses adversaires qui finissent par mourir »… Nous, ici dans cette Loge, nous désirons faire œuvre d’Humilité sans oublier de demander à notre intuition de nous informer et de nous conduire « hors du bocal » de l’habitude, du convenu, du symbolisme… Nous désirons avoir une démarche résolument holistique, dans l’acceptation du sacrifice de soi pour le Tout.

La science promet le pouvoir à l’homme, mais comme il arrive souvent quand les hommes se laissent séduire par la promesse du pouvoir, il y a un prix à payer.

Le pouvoir n’est rien, s’il ne s’agit du pouvoir de choisir.

Pourtant, la Tradition nous apprend que lorsqu’une structure est dépassée, elle doit disparaître ; c’est « l’œuvre au noir », suivie d’une trans-mutation, c’est-à-dire une réorganisation à l’échelon supérieur.

Aujourd’hui, seule la Tradition peut nous aider, mais il faut la « mériter ».

La Tradition nous informe : ce que l’homme refusera de faire spontanément, il devra le faire par force, dans la douleur et dans les larmes. L’évolution, telle qu’elle est prévue de tous temps pour l’humanité, est à ce prix.

Il est temps de déprogrammer nos erreurs et surtout le sentiment d’être propriétaire d’une structure, d’un processus, d’une Loge.

Le progrès technologique a déshumanisé l’homme dans notre société humaine.

Il l’a « déresponsabilisé », infantilisé et, à l’image du comportement de nos enfants, rendus revendicateurs, exigeants, irrespectueux de l’autre quand leurs intérêts ou leurs plaisirs sont en jeu !

Pourtant, il n’y a pas, sur Terre voire dans l’Univers, des milliards de vies, mais une seule Vie !

Oui, une seule. « Et c’est déjà bien assez merveilleux », comme le disait A. Einstein.

C’est cette vie que l’homme se complaît à exploiter, asservir, torturer à plaisir, pour assouvir la plupart de ses instincts les plus bas.

Comme il n’y a qu’une Conscience, une Vie, nous serons traités comme nous la traitons dans ses différentes manifestations. A force d’intervenir, sans aucune sagesse, dans des phénomènes que nous devrions nous contenter d’observer, nous avons détruit notre environnement, notre existence, la chance qui nous a été offert (par le jeu des tous les possibles possibles) de continuer la Création et, pourtant, nous sommes en train de découvrir que notre survie dépend entièrement de nos écosystèmes. Nous serons respectés lorsque nous respecterons.

La vie se nourrit de vie (de formes qui se déforment). C’est ainsi qu’on a voulu remplacer l’humus, le compost, les feuilles mortes, par le trop fameux N.P.K. (azote, phosphore, potassium) pour les plantes, et chez nous par les « additifs » obtenus à grands renforts de chimie. La sanction de tels comportements n’a pas tardé.

Toutefois, une loi observable par tous (ou presque tous !) peut sauver la Vie : cette loi est dite d’adaptation qui régit tout le vivant et lui permet de survivre lorsque les conditions deviennent difficiles, voire impossibles ; survivre ou laisser place à d’autres formes de vie. La vie gagne toujours, même si elle change de forme.

Alors, l’homme, dans tout cela, n’a pas grande importance, même s’il accélère la putréfaction de l’homme.

Lorsque la nature veut faire un chêne, elle sacrifie des milliers de glands.

La vie se moque de la quantité d’humains qu’elle devra sacrifier pour continuer.

Gandhi disait : « Vivez simplement pour que d’autres puissent simplement vivre. »

Revenons à l’Homme.

La structure de l’homme est la même que celle de l’univers. L’univers est mental. Une partie des physiciens de pointe pense qu’il n’y a jamais eu de commencement et que l’univers est créé à chaque instant ; il est fait de tous les “Je” qui l’habitent. Cette étude, qu’elle soit intérieure ou extérieure, est celle de l’aventure de la conscience. Il n’y a pas de plus grande science que la maîtrise et la connaissance de cette aventure et cette science est, pour moi, la démarche ésotérique car elle sait allier les sciences et les traditions. Elle est celle de l’étude des formes qui la manifestent (par les gestes, marches, batteries et autres circumambulations, …) et lui permettent de s’exprimer (mots de passe, mots sacrés, paroles et Verbe, …).

Que voulons-nous de plus ?

Faisons la différence entre la Vie et ses supports, la Vie avec ses représentations. Ainsi, plongeons la conscience dans l’existant.

Le départ de la conscience est dans l’incréé, l’inconscience, le tout et le rien, le « ça » qui angoisse tant les Monty Python et qui échappe à toute possibilité de description, car notre mental, instrument de perception, pèse, mesure, jauge et, partant, est relatif.

Ce n’est que par lui que nous apprécions la réalité ; il juge en fonction de deux paramètres permettant de créer tout l’existant, le « plus » et le « moins ».

Nous l’avons appris, la contradiction est la sauvegarde de l’éternité.

Donc, nous partons de l’Un intemporel, le Aleph, qui est une pulsion de vie-mort à chaque instant et qui se projette dans l’existant sous forme duelle, nécessité absolue d’un contenant, le Beith, pour y enfermer le contenu. Autrement dit, une forme contient une information immatérielle qui ressemble plus à un psychisme qu’à de la matière, comme l’univers ressemble plus à une grande pensée qu’à une grande machine. Au départ donc (si toutefois on peut parler de départ, puisque la création est continue et se fait à chaque instant dans l’intemporel), le Un se retire pour permettre à ce qui est d’exister.

La conscience-énergie est enfermée dans ce qu’on appelle la matière.

Les savants nous disent que cette « conscience-énergie » est intelligence absolue, qu’elle est esprit puisqu’elle se voit elle-même dans son champ de vision, qu’elle investit tout. Nous participons donc à cette conscience ; c’est le propre de l’homme. Mais, nous ne sommes que des épiphénomènes.

La conscience essaie de nous investir pour nous permettre d’aller toujours plus loin dans la « conscience connaissante ».

L’homme, dans son anthropomorphisme sans mesure, a détruit cette belle harmonie de l’univers, en s’érigeant en Dieu. Il a, malheureusement, tout ramené à sa petitesse.

Ainsi, l’homme a accepté la domination de son mental. Il est devenu l’esclave des forces qu’il devait dominer. Il n’est en réalité qu’un animal humain et le pire de tous les animaux, car il bloque la conscience au niveau mental intellectuel, lui conférant ainsi une notion d’absolu.

Heureusement, la mort, ou du moins ce que nous appelons ainsi, vient l’envoyer à la réécriture pour lui permettre de recommencer l’expérience. Avec l’espoir qu’il finira par comprendre que ce n’est pas lui qui fait l’expérience de la vie, mais que cette dernière est l’aventure de la conscience.

L’univers est un univers de participation, et tout ce qui EST est intimement lié au niveau profond. Il n’y a pas nous et autre chose, il y a nous, participant à tout l’existant. Rappelons-nous la parole du Maître dans l’Evangile de Thomas : « Je suis le Tout, le Tout est sorti de moi, le Tout est revenu à moi. Fendez du bois, je suis là ; soulevez la pierre, je suis encore là ».

Soyons humbles car nous ne sommes donc que des paquets de mémoires accumulées, vivant entre un passé alourdissant et un futur qui refait sans cesse le passé. Un futur fait d’impossibilités, de limitations, de blocages… Tout nous invite à les dépasser afin de permettre à la conscience de passer au niveau supérieur, ce qui transcendera la notion de bien et de mal, en prenant la voie juste, celle du milieu, au-dessus du bien et du mal, le Tao des Chinois par exemple ou encore certaines formes d’initiation maçonnique.

Mais pour parvenir à cela, il faut admettre ce que nous sommes.

C’est une invitation à être neufs, à chaque instant, ouverts à tous les possibles (circoncis en esprit), à dominer notre mental, sans préjugé, sans mémoire. Car la plongée en nous-mêmes nous permettra de remonter libres, afin d’être remplis par le « Divin », la Conscience Une. L’attitude juste n’est pas faite de passivité : nous sommes invités à chercher, à chercher sans cesse. Souvenons-nous de l’introduction de l’Evangile de Thomas : « Que celui qui cherche ne cesse de chercher et, ayant trouvé, il sera émerveillé et régnera sur le Tout ».

Alors, ne nous arrêtons pas !

Et si nous n’en avons plus la force, transmettons !

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