Thoubalcaïn… au RFM

Tubalcaïn est le nom initiatique de l’impétrant qui lui ouvre les portes de la Franc-Maçonnerie au RFM (« Passe, Tubalcaïn ») afin de lui permettre de découvrir les mystères de cette singulière société initiatique.

La racine Kan implique la notion de pouvoir, de puissance.

Ce mot qui le met « en possession du monde », lui permet après en avoir perçu la signification profonde, d’exploiter et de maîtriser les métaux. L’initié possède « les biens de ce monde », en fait le Monde entier, représenté par la Loge, puisqu’il lui est permis de voyager de l’Orient à l’Occident, du Midi au Septentrion, et sur toute la surface de la terre.

I – La signification du choix de TUBALCAÏN comme MOT de PASSE

Qui est TUBALCAIN ?

Présentons tout d’abord celui qui aurait eu « l’art de travailler avec le marteau et qui aurait été habile en toutes sortes d’ouvrages d’airain et de fer » selon l’Ancien Testament, au volume de la Genèse (chapitre IV).

TUBALCAÏN est l’ancêtre de la tribu de TOUBAL, peuplade habitant les Monts d’Arménie, région riche en minerais. Fils de LAMECH et de CILLA, frère de JUBAL, THUBAL-CAÏN est l’ancêtre de tous les forgerons en cuivre et en fer.

Ainsi, selon la légende biblique, TUBALCAÏN est le descendant de la génération réprouvée depuis le meurtre de ABEL par CAÏN.

Désigné comme le premier forgeron, le premier de la lignée des fondeurs, dans laquelle s’inscrira HIRAM, le transformateur des minerais et des métaux, il accède au rang de Maître du feu tout comme Vulcain chez les romains, Héphaïstos chez les grecs et Ptah chez les égyptiens.

Il est celui qui exploite l’énergie primitive libérée, la chaleur et la puissance du feu.

Il devient celui qui sait ce que nul ne sait, celui qui a le pouvoir d’action et de transformation de la matière.

Pourquoi TUBALCAIN comme mot de passe ?

La notion de « mot de passe »

La F.M possède effectivement des mots de passe, un pour chaque grade.

Le mot de passe, aussi dénommé mot de passage, n’est pas une preuve ou une attestation d’une qualité, mais il permet, en tant que clef, d’ouvrir une serrure et de connaître l’objet du passage. Il est un élément de la séparation entre le profane et l’initié, l’Apprenti et le Compagnon, le compagnon et le Maître.

Le mot de passe conduit à envisager le thème du passage de la porte : c’est-à-dire qu’il implique la séparation qui permet ensuite la communication entre deux « états ».

Le mot de passe nous ouvre donc la connaissance sur ce qui touche à la transformation, au changement.

Les enseignements de l’étymologie du nom et de la fonction

Voyons maintenant pourquoi notre Ordre a associé le nom de TUBALCAÏN au mot de passe.

Tentons de décortiquer ce nom.

Premier constat : dans le nom, figure le mot Tubal qui signifie baptiser en hébreu ; le mot contiendrait donc l’idée d’un baptême par le feu. Nous y reviendrons.

Second constat : TUBALCAÏN est un frappeur ; on sait que les fonctions du forgeron exigent qu’un métal doit être frappé pour être façonné.

Cette action de frapper revêt une importance capitale tout au long de notre voyage maçonnique.

Depuis l’action de frapper à la porte du Temple, jusqu’aux trois coups d’outils qui assurent la passion de notre Maître à tous, celui qui mourut pour préserver son secret.

Nous pourrions trouver différentes appréciations dans l’action du frappeur. En revanche, il semble que tous les héros frappeurs ne se contentent pas du choc, ni même du coup.

L’acte semble associé à l’ouverture et à ce qui s’en écoule. Acte qui implique toujours la force d’un coup qui s’oppose à une résistance. Or, remarquons au passage que la matière « martyrisée » est appelée « massacre » en menuiserie comme dans la forge.

Les enseignements du mythe de la forge

Il est intéressant de remarquer que la forge synthétise les quatre éléments : la terre (le minerai), le feu, l’eau et l’Air (le souffle).

La Terre est la « materia prima » travaillée par le forgeron. La terre est « cuite » par le feu. Elle sort du principe igné. Feu créateur du début.

La forge du forgeron devient une nouvelle « terre », une nouvelle matrix mundi en réduction. L’Ecriture dit : « de même que l’or est purifié dans la fournaise, ainsi le juste sera purifié en passant par le feu, ce principe de vie qui anime tous les êtres ».

Le Feu possède en fait un double aspect.

Destructeur, c’est le feu du désert, le feu du bûcher, le feu des incendies, le feu des enfers.

Constructeur, c’est le feu vivifiant associé à la chaleur et à la lumière. C’est le feu du potier, du verrier ou du forgeron.

Puis, il y a l’Eau qui enlève les impuretés du minerai, le lave et le rend pur. Le symbole de l’eau est l’élément de régénération ; elle s’intègre aux rites de mort et de renaissance. Elle est « l’élément » du baptême.

Enfin il y a l’Air du soufflet sans lequel le Feu s’éteindrait.

L’Air est le médiateur entre le ciel et la terre, entre l’eau et le feu. C’est le milieu où se manifeste le souffle de l’esprit qui libère de ses servitudes passionnelles le prisonnier sorti de sa caverne.

TUBALCAÏN est le forgeron primordial qui, de par sa fonction, est le médiateur entre la terre et le ciel. Il se sert des quatre éléments pour donner naissance et baptiser.

Il faut rajouter également que la forge est une notion profondément alchimique : même si je ne m’étendrais pas ici on peut cependant rappeler que cette science allie à une recherche de procédés chimiques une préoccupation métaphysique.

L’alchimiste manipule des métaux et des liquides, mais il y ajoute un dépôt sacré, une doctrine spirituelle, en partant du principe que tout est animé, que les métaux vivent, que le feu a son caractère propre. L’analogie avec le forgeron est patente.

Le retour vers soi-même ne peut s’accomplir que par l’initiation ou par la voie alchimique.

L’initié comme l’alchimiste veulent échapper à la mort spirituelle considérée comme une chute, un retour dans un état antérieur dégradé, une projection dans le magma du Chaos.

On le voit, le choix de la forge et du forgeron comme symbole du passage, commence à trouver toute sa légitimité.

Les qualités de TUBALCAIN

De surcroît le héros métallurgiste possède des qualités essentielles.

TUBALCAÏN est un créateur.

Il est un forgeron : en tant que tel il connaît des secrets non accessibles au commun des mortels. Comme architecte et artisan des dieux, on le craint et on le respecte.

En accélérant le mûrissement du minerai dans le four, il le transforme, aussi et surtout, en autre chose, en une autre matière, une autre forme finale, accédant ainsi au rang de démiurge.

La découverte des secrets, des possibilités de transformation inhérentes au feu lui assurait la maîtrise magique et le pouvoir de modifier les choses dans l’ordre d’un monde non accessible aux hommes ordinaires.

De plus, TUBALCAÏN est le symbole du travail et de la persévérance 

Au lieu de laisser la terre porter naturellement le minerai à maturation pour produire le métal à l’état final, il va travailler inlassablement par le feu dans la forge. TUBALCAÏN transmet le message de l’effort inlassable et persévérant, d’une dureté dans l’accomplissement de la tâche, permettant à celui qui va renaître de trouver les forces indispensables à un nouveau départ.

Il nous enseigne aussi que rien ne peut s’accomplir sans travail, sans transformation ni sans souffrances car tout a un prix, conséquent et proportionné aux imperfections à corriger.

Par le travail, l’homme obtient sa place dans le monde, il sait où placer sa pierre dans le mur du temple. Là on comprend mieux pourquoi TUBALCAÏN est le premier mot de passe.

II – La SYMBOLIQUE du FORGERON

1) La descente dans ses propres enfers

TUBALCAÏN Maître du feu, des métaux et des enfers, pratique un art luciférien (l’art de celui qui porte la lumière). La valeur du symbole s’inscrit dans la référence à TUBALCAÏN comme mot de passe : on ne saurait être, tant que l’on n’est pas descendu au plus profond de soi même, dans son propre enfer, dans les couches les plus profondes de sa propre personnalité.

TUBALCAÏN va transmettre au futur initié la possibilité de purger son subconscient et de revenir au Principe Elémentaire afin de se purifier de toutes déformations ou amputations spirituelles.

L’initié fera sans crainte l’inventaire de sa propre matière dans la mesure où il sera maître de cette matière. Cette descente amène l’initié à une remise en cause sans réserve. L’épreuve va lui permettre d’éliminer les vanités, les mensonges, les bassesses, les honneurs de la vie profane, enfin toutes les scories du minerai qui empêchent d’obtenir ce métal pur.

TUBALCAÏN porte en lui et hors de lui, dans la matière origine de tout et qu’il maîtrise, le feu régénérateur et purificateur. C’est pourquoi il est le mot de passe car on ne serait être Initié si l’on n’a pas maîtrisé sa matière individuelle, si l’on n’est pas descendu dans ses enfers personnels pour y découvrir sa propre pierre cachée.

2) Le travail symbolique des métaux

TUBALCAÏN est un maître des métaux et à ce titre travaillait dans la forge : c’est par le passage de la matière dans le feu que l’un et l’autre opèrent la transmutation d’un état à un autre. Par son œuvre, TUBALCAIN a vaincu la Matière, il la domine, la plie à sa volonté. Il a acquis une expérience redoutable. Il symbolise ainsi la force physique comme morale, mais la force maîtrisée.

Pour en arriver là, le candidat lui aussi a dû subir des épreuves, des initiations et poursuivre un travail acharné car le premier symbole de TUBALCAÏN c’est la personnification du travail humain. Ce travail est double, il est à la fois traitement, et purification, mais il se pratique toujours par le feu, mais pas n’importe quel feu, celui qu’il a fallu chercher au plus profond de ses enfers !

De surcroît, le métal obtenu n’atteint jamais la pureté absolue : le travail de TUBALCAÏN par sa nature luciférienne est de mêler dans une proportion harmonieuse bien et mal, pureté et impureté. Le métal peut être alors considéré comme l’état de l’homme autant disposé pour le bien que pour le mal.

Le processus de transformation de l’être est bien entendu mis en œuvre dans nos rituels dès la cérémonie de réception dans l’Ordre.

Si TUBALCAÏN est le forgeron qui agit dans le plan de la matière, donc dans le plan des hommes, il nous invite pourtant à emprunter la voie de l’initiation pour échapper à la mort, au retour au chaos des origines.

Le mot de passe TUBALCAÏN est donc le nom d’un « personnage » (en fait un schème kabbalistique) dont la fonction est de transformer la matière, même la plus résistante, comme les métaux.

Opération qui se fait à l’aide du feu et de la frappe…

C’est-à-dire à l’aide de la chaleur maîtrisée.

Par l’exercice de cette fonction, il permet un passage, il donne une ouverture.

Sur quoi ? Sur le chemin pour atteindre la perfection, la lumière.

Pour mieux comprendre le processus symbolique de ce schème Tubal-Caïn, il nous faut remonter à Qayin et à la Vanité Hevel prononcée improprement Abel. D’Hevel et de Qayin à l’archétype Toubal-Qayin, il n’y a qu’un pas qui permet de passer du couple indissociable Abel-Caïn à Tubalcaïn.

Qayin, en hébreu commun, signifierait l’acquis, l’acheté, la possession (au sens matériel). Hevel désignerait communément la buée, la vapeur d’eau, le souffle, l’haleine. Caïn pourrait représenter le matériel, « le Paraître », alors que Abel symboliserait ce qui vient de l’intérieur, le spirituel, « l’Être ».

Dans Hevel, la première lettre est un Hé qui exprime le souffle (le souffle de vie). Cette lettre-nombre symbolise également l’ouverture, la fenêtre (la fenêtre ouverte sur la vie).

Afin de procéder à une transformation, le Hé cède sa place à la lettre Tav, dernière lettre de l’alphabet ou première lettre des finales, c’est le bout d’un chemin avant le retournement.

Le Tav permet d’aller plus loin, de se dépasser, de se transformer en profondeur en quelque sorte. Ainsi, le mot Toubal prend la signification de « transfert ».

Alors, Abel rejoint Caïn par la transformation de Hevel (Abel), l’intérieur.

Ce n’est donc pas le « paraître » qui se transforme, c’est notre « intérieur » qui, par le mouvement de vie représenté par le « transfert », que l’évolution de l’être s’effectue durablement,voire définitivement. En conséquence, ce moment vital nous permet de comprendre qu’il ne sert à rien de vouloir combattre ses peurs, ses défauts, ses turpitudes, ses aspérités si l’effort n’est pas mis sur l’essentiel, sur l’intime de notre Être profond.

C’est par lui que la transmutation est possible !

En termes alchimiques, le feu purificateur (présent à l’intérieur de nous, la Lumière qui brille dans la Ténèbre) permet le « mariage » fusionnel d’Abel et de Caïn pour donner toute la puissance de réalisation au schème Tubalcaïn. Tubalcaïn devient notre alchimie intérieure, notre transmutation à l’image de celle des métaux vils. Tubalcaïn représente le travail essentiel du chemin initiatique réalisant la mutation de l’homme perfectible en un homme nouveau.

Le schème Caïn (Qof-Yod-Noun – 700.10.100) est l’un des plus difficiles à saisir. Le cherchant prend conscience qu’il ne peut plus être Hevel, il doit devenir Caïn ! 

La mutation de l’esprit humain doit s’opérer en lui de manière à ne plus être « sous-humains » comme l’exprime Carlo Suarès.

Hevel est la vie organique.

Caïn joue le rôle de l’éveilleur de conscience de Hevel sans succès.

La réaction au choc ne peut être évitée. Caïn n’est pas un assassin. Sa mission est de détruire les structures psychiques qui emprisonnent les mémoires. Oui, cette « destruction » apparaît comme une sorte de mort, mais une mort psychologique qui précède une résurrection. N’oublions pas que Caïn et Abel ne sont pas des personnages. C’est en nous que ce combat permanent et éternel se joue. Ce combat nous échoit.

À nous de lui permettre de passer.

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