Le Soleil, la Lune et le Maître de la Loge

« Qu’avez-vous vu lorsqu’on vous a donné la lumière ? »

« J’ai vu le soleil, la lune et le maître de la loge » dixit le rituel.

Dès l’ouverture des portes de la loge, mon regard s’est cristallisé sur le couple LUNE et SOLEIL (dont la création est postérieure à celle de la lumière) encadrant la place du vénérable maître en chaire à l’Orient, l’assistant dans la transmission de la LUMIERE. S’attarder sur ces deux corps astraux cheminant régulièrement dans les espaces célestes et considérés comme dispersants, disséminants, c’est narrer l’émergence de la conscience lumineuse de l’humanité.

C’est aussi admettre leur complémentarité dynamique.

A qui revient la médiation lumineuse en loge ?

Comment cette lumière se traduit-elle dans le temple ?

Que symbolisent ces deux luminaires ainsi placés ?

Comment expliquer l’apparition de la lumière et de l’obscurité ?

Celle du soleil et de la lune ? Celle du jour et de la nuit ?

Quel est le lien qui les relie au Vénérable ? Quel est le message subliminal à décoder ? Autant de questionnements auxquels mon esprit se confronte.

Dans un premier temps et de manière plutôt abrupte, presque animale, je les perçois comme deux façons indissociables de suivre le chemin de mon initiation tout en me nourrissant de leur lumière respective et de leur enseignement mutuel. Si le soleil est luminescent, la lune qui en est son reflet exprime notre potentialité à expérimenter notre intériorité en pleine « brillance ». Vivons donc notre initiation selon ces deux polarités constitutives de notre être.

Le soleil et la lune sont deux aspects de la lumière, l’un associé au jour et à la transmission ; l’autre à la nuit, à la gestation et à la régénération, permettant de faire mûrir toutes les potentialités en moi-même. La graine va germer dans la pénombre à l’assaut de la lumière me poussant ainsi à l’éclosion.

Je suis en devenir.

Le soleil et la lune forment ensemble une totalité, un cycle complet. Ils opèrent un croisement entre la nature immuable, éternelle de la vie et sa concrétisation dans un temps donné. Je les ressens comme une sorte d’introduction au rythme du temps initiatique qui est celui de la création. Cet instant impose une inversion des lumières, c’est-à-dire pour ma part, de ne plus vivre le soleil physique et matériel de l’expansion, ni la lune du reflet et de la sensibilité, mais mettre l’action au cœur du silence et la méditation, la plus intense, au cœur de l’action.

Dès lors, je me sens être le fruit de cette conjonction copulative. Je n’y vois aucune dualité, mais plutôt une composante bipartite de mon être profond, essentielle à ma constitution d’être. Cette ambivalence dans ma personnalité est à accepter comme telle pour pouvoir m’unir à moi-même. Étudier ces deux astres c’est rencontrer l’émergence de la conscience lumineuse de l’humanité. C’est aussi reconnaître leur complémentarité dynamique.

Le soleil et la lune seraient, à mon sens, deux bobines à induction, révélatrices et stimulant l’éternel courant énergétique vital.

Si l’on étudie les mots OBSCURITÉ/TÉNÈBRE/NUIT en se référant aux lettres-nombres hébraïques, on peut noter Hhosheh dont la racine est Reich-Schin-Khaf final signifiant : obscurité, ténèbre, lieu caché, nuit, ignorant, être ou devenir sombre, lumière qui faiblit, obscurcir…

Mes recherches, loin d’être terminées, me laissent cependant entrevoir une trame.

LA LUNE est le Rediffuseur judicieux de lumière qui préside à la nuit.

Elle n’assèche pas, n’opprime pas, elle propage sagement sa lumière afin que je puisse doucement ouvrir les yeux et scruter attentivement tout ce qui m’entoure. Elle soigne l’aveuglement intérieur.

Astre qui croît, décroît, disparaît, renaît.

Symbole de la renaissance car comme l’apprenti, elle sait se taire au banc du silence et s’incliner avec abnégation. Elle s’efface en fin de mois et semble s’abîmer dans le monde inférieur sans se dématérialiser. Elle resurgit toujours avec un éclat tellement… croissant. Le cycle de la lune démontre que la mort n’est pas un état permanent, mais un passage obligé vers une nouvelle naissance.

Sous l’influence de la lune, l’apprenti, ne voit là que les effets illusoires d’un jeu d’optique mental (reflet). C’est l’imagination, certes nécessaire qui précède le raisonnement. LUNE et SOLEIL agissent en SYNERGIE.

Binôme absolu avec le soleil, elle en a besoin car elle est son reflet.

Que serait le soleil si la nuit n’existait pas ?

Une lumière brûlante permanente et surtout solitaire.

Que serait la connaissance sans l’ignorance ?

Le passage de l’ombre à la lumière, c’est savoir se séparer de la futilité et de l’ignorance en œuvrant au profit de la connaissance et de l’harmonie.

Si la lune n’est pas la lumière, elle lui rend témoignage au plus profond de la ténèbre. Parce qu’elle tourne sur elle-même dans le même temps qu’elle met à parcourir son orbite autour de la terre, un seul et même côté de la lune est visible de la terre (pour un observateur terrien). L’autre face reste cachée en permanence. Nous sommes tous à la fois soleil et lune et possédons une face sombre que l’on ne montre pas. En Égypte, THOT symbolise la lune, il est le maître des nombres, de la géométrie, des proportions et des formules qui commandent à toutes les formes de la Nature ? Il est la mémoire de monde.

La lune est le symbole de la connaissance indirecte, discursive et réfléchie. C’est la manifestation sensible, les formes diverses et changeantes des êtres, là où rien ne demeure stable, mais se vivifie à chaque instant.

Fin des travaux : Minuit plein lorsque la lune illumine de sa pâle lueur l’obscurité du monde profane dans lequel retourne le maçon pour y rapporter la lumière perçue.

La lune correspond à tout ce qui se rapporte à la génération de la vie nouvelle qui se produit dans le noir. C’est le point de départ. Comme ce qu’est le chaos à la manifestation.

LE SOLEIL : Donne l’illumination à la Création.

Début des travaux à midi plein, lorsque le soleil est au zénith avec une lumière maximale correspondant à la période où l’individu est en pleine possession de sa force et de sa clarté de jugement.

La Lumière fut effectivement séparée de la Ténèbre, mais elle ne disparut pas pour autant. Son germe principiel initial, restera à jamais résiduel en moi, comme l’empreinte, le sceau des prémices de ma création.

Il est un élément constitutif de mon être.

Mon génome devra faire avec cette part d’impureté qui me rend « mixte », analysable, descriptible à tout moment, en d’autres termes : Concrète.

Et pourtant, dans un éclair instantané, l’évidence de la pureté réapparaît dès lors où je cesse d’en prendre conscience. Il me semble que c’est peut être dans cette « dégradation » que je vais rassembler les éléments nécessaires pour me pencher sur moi-même.

Fouiller les éléments contradictoires qui nous constituent est un bon moyen d’avancer sur le chemin de la sagesse. C‘est une pierre utile à mon temple intérieur. Triompher n’est pas détruire, c’est assimiler. Faire disparaître, c’est maîtriser, choisir.

C’est ainsi que « je prends ma place dans le trafic », celui de l’univers, des cycles de vie de mort et de renouveau inlassablement répétés. Tantôt Lune, tantôt soleil, lumière ou obscurité, je suis une particule élémentaire du tout. La Nature c’est moi, faisant suite à d’irréversibles mutations.

Je mesure ainsi l’importance de ces luminaires qui ponctuent, en permanence, ma vie de maçon en lui octroyant une temporalité toute terrestre. Midi évite les ombres portées et les tromperies visuelles. Minuit ou l’arrivée de l’obscurité caresse le travail en surface et, par réflexion, pour me laisser apprécier la naissance des formes.

Ma propre Lumière est en gestation sous les auspices lunaires, propices à la maturation de toutes mes potentialités en latence, comme une graine en germination prête à s’élancer vers la sagesse, la vérité et la transcendance.

Renaître au monde par la fécondité de mon silence, la réceptivité de mon écoute, le reflet de la lumière reçue qui, je l’espère, ornera mon travail de beauté. Dans l’espoir de me gorger de lumière telle une coupe à libation et me vider comme une matrice fécondée mettant bas une plénitude sans cesse renouvelée.

Je souhaite franchir la porte de la lune grâce à ma spontanéité créative pour découvrir et vivre mon destin spirituel et pouvoir à force de persévérance tutoyer enfin la lumière.

Je salue et remercie le Vénérable Maître en chaire qui est le miroir de la loge entre les deux infinis, renvoyant la lumière savamment dosée et harmonisée de ces deux astres en direction des frères et sœurs. Catalyseur de lumière, il l’essaime pour que chacun y puise son énergie vitale.

Nous avons à faire à une LUMIERE TRINE avec la lumière charnelle du soleil, la lumière psychique des profondeurs lunaires et enfin la lumière spirituelle découlant du principe créateur ou lumière principielle. Cette triple nature de la lumière est collectée puis diffusée par le Vénérable. Il est le médiateur entre la loge de matière qui figure la manifestation ordonnée dans l’esprit de la Genèse et le principe à l’origine de la manifestation.

Le message initiatique qui m’est adressé m’incite à franchir la barrière des apparences et des binarités. Il me semble que la « forme taillée et travaillée » l’est tout autant avec la lumière du soleil qu’avec celle de l’esprit.

Quoi que l’on en dise, la synthèse se construit autour d’un centre unitaire nommé PRINCIPE.

Ce que nous voyons porte en soi ce qui nous est invisible, démonstration des principes d’analogie et de dualité contenu dans l’aphorisme d’Hermès Trismégiste : « Ce qui est en bas est comme ce qui est en haut et ce qui est en haut est comme ce qui est en bas pour faire des miracles d’une seule chose ».

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