L’Annonciation de l’Homo Confinus Confini… Épisode 4

Voilà!

Édouard avait révélé avec aisance et fierté son plan secret tant attendu.

Reconnaissons-le, on n’avait pas tout compris, ou peut-être pas tout écouté, mais on avait quand même retenu une chose: En qualité de maître des cérémonies, il conviait tous les concitoyens Confinus à se déconfiner pour un grand bal masqué non obligatoire mais fortement conseillé, en sollicitant pour la énième fois le sens moral de chacun.

Était-ce bien sérieux? On ne savait plus sur quel pied danser! Certes, Confini s’était toujours travesti par le passé, mais y aurait-il aujourd’hui assez de déguisements?!

Partout on s’agitait, on réquisitionnait les ateliers de couture, les industries textiles et les fabriques de prêt-à-porter. Des grands noms de la mode offraient leur talent, les petites mains de la haute couture reprenaient du service et le Slip Français gagnait cinq points au Palais Brongniart.

Dans les chaumières, on ressortait du placard la vieille machine à coudre et les draps usés à petites fleurs. Les patrons aux normes Afnor circulaient sur le net et on s’échanger à discrétion les tutoriels de fabrication. Le plus populaire était bien celui du masque post moderne réalisé à partir de vieilles chaussettes reprisées…

On pouvait dorénavant le clamer haut et fort, Confini marchait et continuerait de marcher sur la tête!

Portés par le mythe récurrent de « la France coupée en deux », des paranoïaques prédisaient que tout le monde ne serait pas invité.

Alors chaque soir devant son téléviseur, Confini espérait recevoir le fameux sésame, sa carte d’invitation officielle.

Et les cartes défilaient… Vertes pour les plus méritants, Oranges c’était indécis, Rouges il était puni.

Mais bien que la situation fût encore fragile et incertaine, Confinus savait au fond de lui qu’en fin de compte, comme dans l’Ecole des Fans, tout le monde en sortirait vainqueur.

Une date avait été annoncée: ce serait le 11 du mois de mai…

Les commentaires étaient intarissables, du «Enfin, ce n’est pas trop tôt! », au « Mais non, on ne sera pas prêt! »

Quoiqu’il en soit, on pouvait toujours s’interroger, s’offusquer ou s’insurger, la date ne serait pas négociable, car minutieusement choisie par les autorités pour satisfaire la « face cachée » de Confini.

Car, entendez bien, le 11 n’était-il pas la marque des contingences terrestres sur la route de la perfection?

N’étaient-ils pas 11 apôtres à vivre le temps de la Passion et de la Résurrection?

Et Confini, n’était il pas cet ouvrier de la 11ème heure qui, bien que n’ayant travaillé qu’une heure, avait mérité son plein salaire (Matthieu XX-16)?

De toutes les manières, Confini avait fini par se lasser des e-apéros en Salles Zoom, des recettes de cuisine en happening sur M6, des visites virtuelles de la grotte Chauvet-Pont d’Arc et des vidéos hilarantes #HashtagConfinés en web tv.

Après deux mois d’isolement forcé, la sagesse de l’Homme responsable venait balayer son comportement puéril des premiers jours. Les vraies questions relatives à son enfermement allaient rythmer ses journées et construire progressivement un vrai débat démocratique digne de ce nom: Comment réorganiser son open space… En optant pour le flex office ou bien le plexiglass?

Au lendemain de cette crise sanitaire prolongée, un seul sujet hautement philosophique s’imposerait à lui, s’inscrivant comme la nouvelle donne du vivre-ensemble, mais aussi comme le seul projet de vie pour Homo Confinus Confini: la Distanciation Sociale.

Elle serait sa panacée, son nirvana, sa Jérusalem céleste, elle serait sa terre promise, son jardin d’Eden, « Notre Mère à tous »…

Au diable l’ascenseur social, l’heure était à la rédemption, la Rédemption de l’Homme moderne.

Si la distanciation faisait consensus, des dissensions naissaient toutefois à la veille de la libération, dissensions d’une subtilité déconcertante, voire ubuesque.

Il y avait bien évidemment le camp des confinés pro-déconfinement et celui des confinés anti-déconfinement. Mais on trouvait dans le premier camp la branche des modérés prêts à se reconfiner à la première alerte, comme celle des activistes, collectionneurs d’attestations qui, soit dit en passant, ne s’étaient jamais réellement confinés. Dans le camp opposé, c’était bien plus compliqué car cohabitaient à la fois les anti-déconfinement procrastinateurs, les anti-déconfinement télétravailleur, comme les anti-déconfinement contestataires qui, officieusement, se situaient idéologiquement dans le camp des pro-déconfinement…

Cet imbroglio s’expliquait officiellement par la crainte toujours présente de ce redoutable virus. Car disons-le clairement, il n’y aurait pas de vaccin avant des mois, des années peut-être…

Toutefois, il y avait bien des observations encourageantes méritant toute l’attention du Conseil de l’Ordre des Médecins. La dernière étant les effets prometteurs de la Chlorpromazine, médicament prescrit habituellement pour soigner… la schizophrénie!

Personne n’avait relevé. Pourtant, on ne pouvait que sourire devant une telle ironie du sort…

10, 9, 8, 7, 6…

Le décompte était lancé, la fête allait pouvoir commencer « parce que quoique je dise, et quoique je fasse, il faut que passent les voitures noires »…

À suivre…

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