L’Annonciation de l’Homo Confinus Confini… Épisode 3

« Cette année, nous percevons plus que jamais le samedi saint, le jour du grand silence. »

Insolite ! Incroyable ! Impensable …

Une Pâque inédite, une Pâque dématérialisée, une Pâque 2.0 !

L’image du souverain pontife esseulé officiant dans sa basilique Saint-Pierre entièrement vide restera à jamais gravée dans les mémoires. À moins que cette nouvelle image se confonde avec toutes celles qui suivraient, pour les prochaines années…

Face à la crise sanitaire, l’église se montrait pour la première fois impuissante, surpassée par la sacro-sainte autorité de l’OMS, de la science et des pouvoirs politiques. Non, ce coup-ci, elle ne parlerait pas de châtiment divin, elle ne recommanderait pas l’expiation des péchés et ne pratiquerait pas non plus de conjurations du fléau.

Non, l’église suivrait le mouvement, mais toutefois, dans son vœu le plus cher d’innocenter les âmes, elle demanderait à chacun de dévoiler son cœur en toute sincérité et de faire tomber le masque de l’hypocrisie.

Un autre suzerain — qu’on ne croyait plus mais qui fatalement resterait tristement célèbre dans l’histoire de notre société française — avait proclamé solennellement que « le jour d’après ne serait pas un retour au jour d’avant ».

Personne n’avait bien compris le sens de ce message !…

Pour beaucoup, il s’agissait d’une habile lapalissade à la portée de tous, la preuve même qu’il n’y avait rien à ajouter, rien à penser ou à imaginer. Certains, en bon public, optaient pour une somptueuse énigme à résoudre — on était devenu des cracks en la matière — ou bien pour le titre d’un film catastrophe qui se termine bien — on était forcément devenu des cinéphiles hors pair.

D’autres, sans doute les plus aigris, y voyaient un misérable effet d’annonce présageant sans aucun doute un avenir austère. Enfin, il y avait celles et ceux qui avaient imaginé bien d’autres choses pour ce lendemain, mais ils ne se faisaient pas entendre, du moins, pas encore…

En revanche, on entendait partout les plaintes des délateurs. Qui avait vu son voisin sortir dix fois au moins pour faire pisser le chien, qui avait senti les odeurs suspectes d’un barbecue clandestin, qui savait de source sûre que le tabac du coin faisait le café aux clients entre 7h30 et 8h, qui voulait faire déguerpir les jeunes du quartier qui occupaient l’entrée de l’immeuble et passaient leur journée à cracher partout…

Ce n’était pas grand chose, mais eux au moins servaient le pays en assumant pleinement leur nouveau statut de confinés.

Et puis, il y avait les MAC (Membres Actifs Confinus), les pros de l’Homo Confini, les ayatollahs du genre.

Partout dans les communes, ils s’étaient formés en milices pour surveiller les entrées des alimentations, remettre de l’ordre dans les quartiers difficiles très peu respectueux de « la geste barrière », ou avaient profité de l’état d’urgence pour mettre à sac, sous l’encouragement des gestions locales, la plupart des zones de non droit, les zad et autres squats d’hurluberlus marginaux.

Mais, par dessus tout, ce qui était devenu un véritable sport national en ce temps de crise, était l’art de la critique et de la contestation, l’art de la discorde et de la controverse, l’art du dissentiment et du jugement. Toute forme de gouvernance ou d’autorité y passait !

On n’était pas médecin ni virologue, on n’était pas économiste ni gestionnaire, on n’était pas philosophe ni psychologue, mais on avait un avis sur tout. Chacun campait sur ses certitudes après quelques rapides lectures de sa page Facebook ou bien, pour les plus sérieux, de son application Apple News. Tout le monde se sentait l’étoffe de l’épidémiologiste de terrain, de l’analyste politologue ou de l’anthropologue visionnaire.

On défaisait et refaisait le monde sur un coin de table, autour d’un paquet de chips ou sur l’accoudoir du canapé…

Voilà, ça faisait déjà un mois que Confinus était confiné, et il se portait bien.

Droit dans ses pantoufles, il assumait ses devoirs: Rester chez lui mais faire du sport, rester obéissant mais entreprenant, rester inactif mais imaginatif, rester informé mais incrédule, rester optimiste mais pragmatique…

L’art de se confiner était un exercice bien subtil pour lequel il fallait savoir surfer sur les limites de son humanité, sur les confins de l’accomplissement et de la schizophrénie.

Depuis quelques jours, il se disait partout qu’un déconfinement aurait lieu dans les semaines à venir…

Confini avait beaucoup ri et s’était même moqué de cette fake news évidente, d’autant plus évidente qu’il était d’abord prévu de relâcher les enfants ! La bonne blague…

Pour se faire, un mystérieux plan d’attaque devait prochainement sortir des cabinets ministériels. Le suspens était à son comble, mais comme d’habitude, des informations avaient fuité. La plus grosse fuite concernait les masques « grand public », et pour un masque, c’était déjà un problème ! Au vu du succès grandissant remporté par les distributeurs de papiers hygiéniques, on avait immédiatement demandé à Pampers de régler le souci d’étanchéité grâce à son célèbre scratch extensible et sa barrière anti-fuite 3 fois plus absorbante. La mère patrie se souciaient plus que jamais du confort de ses enfants…

Toutefois, il restait un sujet épineux sur lequel la direction de la Sécurité Sociale ne savait comment s’extirper.

Le déficit de l’organisme avait atteint des sommets, d’une part parce que Confinus ne cotisait plus, et d’autre part parce que les soins qu’on lui prodiguait coûtaient beaucoup.

Or — qui l’eut cru? — ce qui hier nuisait gravement à notre santé et à celle de notre entourage, ce qui hier entraînait notre mort lente et douloureuse, ce qui provoquait hier notre vieillissement prématuré de la peau et notre impuissance sexuelle, pouvait aujourd’hui anéantir le virus : Le tabagisme !

En fin de compte, sous couvert d’une énième augmentation bien justifiée, ce qui manifestement bouchait les artères pourrait bien boucher le trou de la Sécu !

Ah, la nouvelle venait de tomber, les centaines de respirateurs artificiels de réanimation — fabriqués pour l’occasion à partir des masques de plongée par le consortium franco-français — ne marchaient pas ! Ils pouvaient même aggraver, disait-on, la santé de nos concitoyens hospitalisés.

C’était fâcheux, certes, mais pas si grave car la solution était trouvée : On refourguerait les respirateurs à l’étranger.

Et puis, comme disait le dicton qui nous allait si bien, l’essentiel était de participer !…

À suivre…

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