L’Annonciation de l’Homo Confinus Confini… Épisode 2

À l’annonce officielle du 15ème jour de confinement — il fallait déjà commémorer les efforts pour motiver les foules — Homo Confinus Confini se rendait bien compte des quelques petites difficultés qu’il éprouvait à organiser son emploi du temps.

En vérité, c’était une catastrophe!…

Madame regrettait déjà la fermeture des écoles, Monsieur pestait contre le livreur qui, décidément, était un incapable, et devait pour l’avenir se résigner devant une pizza au chorizo à la place de figatelli comme il la commandait à chaque fois, les enfants abandonnés en pyjama depuis déjà trois semaines tournaient en rond toute la journée en hurlant des insanités, et le chien aussi tellement il avait mal aux pattes!

Pourtant, il y avait bien quelques rediffusions exceptionnelles de matchs de championnat 2ème division de la saison dernière pour égayer ses journées, des cuisiniers célèbres qui venaient dévoiler devant les caméras les plus grands secrets de leur recette de pâtes au beurre, des intellectuels notoires qui généreusement se mobilisaient pour donner des idées de jeux à réaliser soi-même — Oui ! À réaliser soi-même ! — et bien d’autres conseils pratiques inédits et homologués par le Ministère de la Santé, diffusés en boucle et expliquant avec beaucoup de pédagogie, comment enlever ses chaussures quand on rentre chez soi, comment parler à son conjoint ou à ses enfants, comment se laver les mains, comment respirer, comment faire pour ne pas sucer son pouce, se gratter le nez ou se mettre le doigt dans l’œil !

Bref, il s’agissait d’acquérir au plus vite, dans la joie et la bonne humeur, les fameux « gestes barrières » à l’ennui que chacun éprouvait. Il faut avouer que tout le monde jusqu’alors s’était serré les coudes. Les annonceurs rivalisaient dans leur générosité, à coup de déstockages massifs et de promotions exceptionnelles sur les serviettes de plage, les tables de camping ou les articles de pêche ; la version numérique de Modèle Réduit Bateaux Magazine, de Point de Croix Attitude ou encore de Sanglier Passion Magazine, était disponible gratuitement sur le net; on pouvait même visionner pour la première fois l’intégrale des films noir et blanc du cinéaste tchèque Jan Kříženecký en version originale sous-titrée en anglais!

Et si on s’ennuyait encore malgré tous ces efforts solidaires, on pouvait donner de l’argent à une entreprise française et suivre en VIP Premium Plus Exclusiv’ son projet ambitieux et innovant consistant à transformer des combinaisons de plongée en pneus de voiture, des pneus de voiture en masques de plongée et des masques de plongée en respirateurs artificiels de réanimation…

Un savant allemand du siècle dernier qu’on avait quasiment oublié avait dit, comme une prémonition, que seules deux choses infinies existaient, l’Univers et la bêtise de Confini. Mais concernant l’Univers, il n’en était pas sûr…

Cependant, il ne fallait pas désespérer car, à sa décharge, Homo Confinus Confini était nouveau né, un Adam démuni et ridicule aux prémices de son long processus génératif n’ayant que peu d’expérience quant à sa faculté volitive principiante.

Pour faire simple, on lui rappelait sans cesse que « quand on veut, on peut !» , mais lui, manifestement, il ne voulait pas, du moins pas encore…

D’ailleurs, les grands spécialistes du psychisme postmoderne ne cessaient de dire qu’il devrait progressivement s’approprier ces nouvelles contraintes dont il faisait l’objet. Même le préfet de police reconnaissait que Confini n’était pas mûr et que, pour l’heure, il récoltait piètrement ce qu’il avait semé !

Les heures passaient péniblement…

Pourtant, à bien des égards, un sujet prenait de plus en plus de place dans l’esprit des confinés: les fêtes de Pâques, qui approchaient à grands pas.

Passée la plaisanterie — qui n’avait fait rire que les plus détendus — sur la grande question de «Qui seraient les plus cloches cette année ?», Confini voyait d’un œil à la fois suspicieux et circonspect l’idée même de fêter quoi que ce soit, et a fortiori la résurrection d’un homme démodé qui avait passé son temps à arpenter le monde à moitié nu. Non, s’il y avait un «sauveur» à célébrer ce dimanche, ce ne serait pas celui de Galilée mais plutôt celui de la Timone !

De toutes manières, il n’y avait toujours pas de masque dans les pharmacies et Confini le savait bien: Pas de masque, pas de chocolat!

Plus inquiétante encore était la venue des grandes vacances de Pâques.

Un bruit de couloir se répandait et disait que bon nombre des confinés avait l’intention de fuir la ville pour un pseudo confinement à la campagne. Les beaux jours arrivant, on redoutait un déplacement massif de la population en direction du Midi et, disons le franchement, Confini du Sud ne voulait pas se coltiner Confini du Nord.

Les vieux démons et les vielles rancunes resurgissaient comme au premier jour. Décidément, cette pandémie comme les précédentes avait pour vertu de faire tomber les masques!

Sans aucun doute, on pouvait affirmer que le mythe judéo-chrétien allait perdurer. Et il y aurait encore des interpellations, des contraventions et des interdictions.

Et il y aurait encore des accusations, des délations, et des culpabilisations.

À suivre…

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