Le Pourquoi et le Comment

S. : Ô sublimité ! Le pourquoi et le comment, le sens et la méthode … Il est nécessaire de revenir périodiquement à l’essentiel, à la base, tel le plus grand virtuose qui doit quotidiennement faire ses gammes.

Veux-tu faire quelques gammes avec moi ?

P. : Avec plaisir ! Ainsi, pourrons-nous parler de notre démarche et de notre but.

S. : Notre démarche, notre but … voici le moment de synthétiser notre pensée, nos expériences pour transmettre. Un soir, des Frères m’ont ouvert la porte de la vraie dimension de l’Homme, je n’étais pas le premier, évidemment, je ne serai pas le dernier, c’est rassurant ! Ce soir-là, l’Orateur d’alors, a voulu me donner la clé de la démarche Initiatique. Il m’a dit, avec sa verve particulière et son style de vieux crocodile : « Sois curieux ! Sois curieux de la symbolique, c’est la liberté de conscience, c’est la tolérance vraie, c’est l’effort vers la Lumière et vers le bonheur de tous par la Fraternité et la Raison. Sois curieux de la symbolique c’est la route que nous, Francs-Maçons, prenons en homme libre, et qui donne un but à notre Liberté, qui donne le sens à notre vie« .

P. Pour moi, le Franc-Maçon travaille, agit dans le calme, dans la paix : il vit et travaille en Loge et dans le Monde. Il est à son poste, il enseigne, il secourt, il se dévoue, car son idéal n’est pas celui d’un moine qui fuit le monde pour faire son salut à l’abri. Son idéal, c’est celui d’un combattant de la bonne cause sans se laisser griser par l’odeur du combat, sans se laisser éblouir par la gloire, sans se soucier des galons.

S. : Oui, ici, dans le Temple de l’Homme, ici où aucune divinité n’est présente, il n’est nullement question de devenir des surhommes, mais tout simplement de nous transformer en hommes complets. L’Initié, purifié, actif et altruiste, non seulement s’élève à une mentalité supérieure à celle du vulgaire, mais est prêt à l’exercice de facultés psychiques supérieures, latentes chez tous. Nous pouvons faire naître en nous une force nouvelle, une plus grande puissance de volonté, une plus grande efficacité grâce à cette méthode maçonnique, très scientifique malgré les apparences, mais qui s’adresse à l’intelligence de notre cœur et qui développera notre intuition à savoir ce qui est juste et ce qui est vrai !

P. : Pouvons-nous dire que les idées naissent au contact des choses ? En effet, notre esprit s’efforce de trouver une signification et classe ce qui lui est extérieur aussi bien que ce qui lui est intérieur, dès lors qu’il y a relation avec ses propres expériences. Pour véhiculer certaines idées, qui ne peuvent être communiquées de manière significative par les seuls mots, l’homme a eu recours pour les exprimer pleinement à des reproductions imagées, à des objets, à des gestes. Tout ceci représentant des idées et des émotions significatives suggérant non seulement à notre esprit une nature particulière, mais dépeignant d’autres idées ou concepts que nous avons eu. Ils sont alors devenus une représentation de quelque chose d’autre qu’eux-mêmes. Ce sont les symboles. Pour les aborder, il faut, c’est vrai, une saine curiosité, supportée par un effort continuel et progressif … mais je suis demandeur d’explications complémentaires.

S. : Ton propos est à double sens. Tu donnes la méthode : le symbole et tu voudrais mieux comprendre la démarche, le but. Tu sais, P., je continue tous les jours à chercher le but, à inventer le sens. Souvent, quand je ne comprends pas une situation, quand je ne domine pas les événements, et cela arrive bien entendu très souvent, trop souvent peut être, je retourne vers la méthode, rien que la méthode, mais toute la méthode car elle seule me permet de comprendre. Pour l’heure, efforçons-nous d’essayer de répondre à la question de fond : pourquoi être Franc-Maçon ? Je crois qu’en Maçonnerie, on n’atteint jamais son maximum, je crois qu’il y a toujours un pas de plus à faire, une marche de plus à gravir. Mais pourquoi marcher, gravir, s’améliorer ? Toute conquête est provisoire, l’euphorie masque la déchéance, la satisfaction fige le progrès. Périodiquement, nous passons par une de ces phases ténébreuses où notre foi en l’idéal maçonnique est mise à l’épreuve, où la vérité d’hier devient l’erreur de demain !

P. : Mais, le Maître Maçon sait que sa chute n’est qu’une phase provisoire de son évolution cyclique. La Lumière se relèvera de son déclin. Ce Maçon doit en permanence s’apprêter à passer par la porte des Dieux, pour s’élever vers le Zénith de son être. C’est ainsi que la Franc-Maçonnerie se renouvelle éternellement.

S. : Quand on cherche à extraire la substantifique moelle des événements de notre époque, on doit se garder de deux erreurs pareillement graves.

1° – Il faut se garder de tirer hâtivement des conclusions définitives d’une interprétation détaillée de tel ou tel fait isolé.

2° – Il s’avère nécessaire et ici s’annonce déjà notre mission maçonnique de condenser le dispersé, de coordonner le multiple afin d’en extraire non pas l’Unité, mais l’essentiel, en fait : de rassembler ce qui est épars.

P. : Il faut se méfier ensuite, de toutes les normes absolues qui, quelles qu’elles soient ne servent à rien d’autre qu’à étouffer nos doutes, à voiler notre ignorance, à masquer notre désarroi devant la réalité mouvante, complexe et insaisissable.

S. : En fait, nous quittons, à l’ouverture de nos travaux, cet homme ébloui par le feu dérobé aux Dieux, cet homme qui était le prototype de l’ambiguïté, de l’obscurantisme et du mensonge, mais qui avait horreur du vide que creusent toutes les formes de l’absolu. Coupé du passé qu’il renie, redoutant l’avenir qu’il enfante, ce « vieil » homme s’acharne fiévreusement sur le présent, il consomme ! Cet homme ressemble à Sisyphe, il ne cesse de remonter sa pente, il se lance à corps perdu sur mille pistes, il oppose un défi absurde à ce qui l’écrase, il ressemble à la mouche qui se débat dans une toile d’araignée. Un jour, nous avons senti cela, nous avons voulu comprendre, nous avons voulu relier les différentes branches de nos connaissances, nous avons voulu amplifier à perte de vue notre champ de conscience, nous avons voulu augmenter l’écartement de notre compas. C’est pour cela que nous sommes devenus Francs-Maçons !

P. : Certes, à chaque pas que nous allons faire en avant, nous allons nous heurter à de nouvelles bornes. Pour monter, il nous faudra lâcher du lest, plus nous allons gagner en altitude, plus nous allons souffrir de la raréfaction de l’air. Et pourtant … notre œuvre sera marquée de poussées profondes, d’ardeur de recherche, de disponibilité permanente, mais aussi d’inquiétude sourde, d’inquiétude, quelquefois résignée, suivie d’une curiosité, toujours grandissante, éternellement insatisfaite. Notre rôle consistera à faire la synthèse des tendances contraires et complémentaires qui caractérisent l’état actuel de la civilisation, qui nous caractérisent tous, du jeune apprenti à celui qui possède l’ultime degré du REAA. Cet objectif est présent en permanence dans le Temple Maçonnique.

S. : Je crois que je comprends ton message. S’il ne devait, un jour, ne rester qu’un seul symbole maçonnique, se serait sans nul doute, lui : le Delta Lumineux. Contemple-le, comprend-le, intègre-le : c’est cela ton message.

P. La vérité d’hier est morte, celle de demain reste encore à bâtir.

Ainsi, l’arbre de la forêt pourrait être comparé à un Franc-Maçon, l’individu à la base qui sert à constituer la forêt … maçonnique. Je crains autant les normes que l’absolutisme. Sachons cheminer à la recherche de notre vérité, sachant que notre vérité de ce jour est différente de la Vérité, et cette vérité personnelle va constamment évoluer en fonction de toutes sortes d’éléments qui nous sont soit intérieur, soit extérieur. Notre corps physique ayant un rapport nécessaire et vital avec le manifesté, tandis que notre être spirituel est le prisme où se reflète l’invisible. De fait, cette nouvelle vérité est, elle aussi, appelée à évoluer. A peine née, elle n’est déjà plus que le palier inférieur de celle qui est déjà en puissance pour prendre sa place de manière tout aussi éphémère. Tout Franc-Maçon, arbre de la forêt obédientielle, possède donc sa vérité.

S. : Et ce, à tout moment d’éveil ou de rêves.

P. : Cet individu, qui est la base aussi bien de sa Loge que de son Obédience, avec sa vérité, doit accepter son voisin de Frère …

S. : Que ce terme ne soit pas un simple mot dans nos bouches, …

P. : … voisin qui lui aussi a la sienne de vérité, elle aussi en évolution, plus ou moins rapide, plus ou moins proche ou éloignée, plus ou moins compatible, plus ou moins éclairée, voire carrément parallèle …

S. : Le jeune apprenti et le porteur du 33ème Degré du REAA participent tous deux à l’existence de la forêt, …

P. : … tous deux cependant n’ont pas les mêmes racines « enracinées » dans la rituélie et les structures, tous deux n’ont pas le même feuillage, et leurs fruits ne peuvent avoir la même saveur, même s’ils sont de natures semblables. Le jeune apprenti ne peut espérer se couler dans le moule, ou même la trace de son ancien, sans avoir vécu ses propres expériences. Je crois que la vérité d’hier, de son devancier sur le chemin initiatique n’est morte pour aucun des deux. Pour l’un, elle est un stimulant qui la pousse toujours plus loin, toujours plus haut … sur un autre plan de recherche. Pour l’autre, il doit, au contraire, aller à sa recherche.

S. : Il a la chance de savoir qu’elle existe. Mais, il doit à son tour la maîtriser (sans jeu de mots), sans penser qu’avant lui, quelque part quelqu’un peut l’avoir atteint. Il ne peut espérer faire l’économie de son engagement sur le sentier initiatique.

P. : Comme le disait un homme grand (de presque 2 mètres) : « pour préparer l’avenir, il faut puiser des exemples dans le passé » (Charles De Gaulle). Nous qui voulons être maçons de Tradition, nous nous devons de ne pas confondre l’individu « initié » et les structures tant profanes qu’obédientielles qui, elles, réagissent dans le temporel … et pourtant elles ne sont pas soumises aux mêmes contraintes d’échéances électorales … quoique !

S. : Je ne suis pas autrement surpris de ton propos. Comment un frère qui a eu, à un moment et pour un moment, des fonctions obédientielles peut analyser ce phénomène et surtout la relation entre l’obédience et l’initiation ? Ai-je bien compris ta question ? Ma réponse est simple et sans détour, l’initiation, alchimie s’adressant à l’homme dans son intimité, n’est pas le but d’une obédience. Les deux concepts sont séparés et pourtant ils sont très liés. Essayons d’éclaircir cela.

P. : Pour moi, si tu le permets … le message maçonnique est individuel. Il est destiné à un seul à la fois, pour son propre progrès. Je n’ai trouvé, à ce jour, aucun texte ancien ou ancien rituel qui stipule que le but de la maçonnerie était le progrès UNIVERSEL. Au contraire, ils disent tous (y compris les Constitutions d’Anderson) que le but de la maçonnerie est le perfectionnement de l’homme.

Il semblerait que ce n’est que récemment, au regard de notre passé historique, qu’une interprétation s’est glissée nous amenant progressivement à confondre ce but initial avec l’idée d’une mission : le progrès universel.

S. : C’est exact. Toutefois, ils ne sont pas incompatibles : l’un peut raisonnablement découler de l’autre … et réciproquement. Il faut garder ceci à l’esprit si nous voulons éviter les normes absolutistes … même chez nous !

P. : La perfectibilité humaine est un fait, et non un corollaire de la théorie « moderne » de l’évolution de la société. Aussi, par cette nouvelle interprétation, peut-on craindre que cette bifurcation, que je qualifierai de profonde, tende à privilégier la forêt à l’arbre, à ne considérer que l’Obédience au détriment du Franc-Maçon (de province) et alors, qu’importe effectivement que la vérité d’hier soit morte si elle est mise à mort par une « élite » temporaire. Qu’en penses-tu ?

S. : Question difficile et combien piégeuse … Simplifions à l’extrême, l’initiation cherche la libération de l’homme tout en lui permettant de s’ordonner. Cette liberté ne peut être obtenue qu’en Loge. La loge est le point de rencontre d’hommes que tout séparait dans une société cloisonnée non seulement géographiquement mais également socialement. La religion a créé la créature, la monarchie a déterminé le sujet, la république a inventé le citoyen, reste à faire naître l’individu. Cet individu, parce qu’il est unique, mène à l’Universel et à l’Humanité car l’autre est un autre soi-même. Comment assurer la liberté des Loges, notamment par rapport aux pouvoirs en place. Le franc-maçon a pensé qu’une réponse possible était l’obédience (l’union fait la force en quelque sorte). D’ailleurs, combien de fois, par le passé, les loges ont accepté que le Conseil de l’Ordre soit composé de non initiés ? Reconnaissons que, quelquefois, l’obédience a été bien mieux gérée par des profanes. J’ai en mémoire un vieux texte datant, je crois, de l’Ancien régime qui disait en substance : « … chaque loge est libre de suivre sa propre voie, d’où ce caractère disparate, les unes se consacrent à des recherches métaphysiques ou ésotériques, d’autres sont des cercles de bons amis prônant la morale et pratiquant la bienfaisance, quelques unes deviennent des cercles culturels et aspirent à jouer un rôle dans la cité … ». Tu vois, mon très cher frère, l’Ordre maçonnique est le fruit d’une histoire longue et mouvementée qui semble se répéter périodiquement.

P. : Si je t’ai bien compris, l’important est que l’obédience ait en permanence à l’esprit que son but est de rassembler et assurer la liberté du travail des Loges. Cette liberté signifie bien la cohabitation d’athées, de déistes, de théistes, d’agnostiques, de spiritualistes les plus divers. Cette liberté ne signifie pas l’engagement syndical obligatoire, les défilés derrière les bannières frappées du delta lumineux.

S. : Cette liberté ne signifie pas plus la distribution de préservatifs sur la place publique ou la succession de commémoration. Quand on a plus d’idée on commémore. L’important, mon frère, c’est qu’aucune opinion n’ait force de loi interne.

P. : Une autre motivation explique certainement l’existence des obédiences : le besoin d’action. Écoutons notre frère Gœthe : « Voici le temps de prouver par des actions que la dignité de l’homme ne cède point à la grandeur de Dieu ». Sommes-nous seulement une société de pensées ou plus exactement une société à penser, sommes-nous une société nécessairement fortement présente dans la cité ?

S. : Questions souvent sans réponse, tout est dans la mesure certes mais tout réside dans la réponse quasi rituelle : les francs-maçons partout (à combattre et à être exemplaires), la franc-maçonnerie nulle part. Eh oui, les maçons ont pensé (ça leur arrive parfois) que leur union était nécessaire afin de mieux promouvoir, à travers la planète, les idéaux qui étaient les leurs et cela d’une voix unique. Ce rêve n’est jamais resté qu’à l’état de … rêve. Les hommes de pouvoir sont toujours présents, et ils préfèrent séparer que rassembler …

P. : Le travail doit être repris et sera repris par nous ou par d’autres. Il y aura toujours des hommes qui, de leur propre chef, décideront de s’unir sans en demander l’autorisation à qui que ce soit, pouvoir religieux ou civil … ou maçonnique.

S. : Il en faut des hommes pour instiller de nouveaux comportements, il y en aura toujours des hommes pour entrer en dissidence contre les préjugés et les freins, pour diffuser et pour transmettre. Puisse l’homme de notre temps, qui, conforté par l’illusion technologique, tombe de plus en plus bas dans la matière, comprendre que, si le but de la vie du corps est de mourir, le but de ce qui fait la vie de ce corps est de survivre en toutes circonstances, de se libérer du mortel et de développer une éthique de vie et de construction.

P. : Effectivement, l’initiation tend à la libération de l’homme, elle s’adresse en grande partie à son être intérieur et à ses aspirations les plus subtiles. Chacun à notre tour, nous sommes venus frapper à la porte du Temple, pour accomplir quelque chose sur nous-mêmes. Nous avons fait confiance à d’autres qui avaient déjà fait la même démarche et qui peuvent en témoigner soit en paroles (facilité) soit en actes (authenticité et fiabilité). Un soir, nous avons intégré un groupe uni en pensée et en actes. Avec le recul, aujourd’hui, je peux dire que nous n’avions pas tous la même histoire, que nous n’étions pas tous animés par des motivations semblables et surtout, que nous ne pouvions pas tous réagir d’une même et stricte manière.

S. : Mais, nos différences, loin de nous léser, ne doivent-elles pas nous enrichir ?

P. : Et loin de nous uniformiser, cette méthode usant de la rituélie et des symboles y étant rattachés, nous ouvre à la compréhension de l’autre, « l’ouverture graduelle de notre compas » comme tu le dis souvent, mon Frère. Ce rituel, rigide mais non immuable, est comme une trame imposée LIBREMENT, et doit être accepté par l’impétrant pour que l’œuvre alchimique puisse commencer sa lente et progressive action.

S. : Voici, peut-être le moment où l’on peut commencer à réfléchir sur la méthode, le comment. D’ailleurs comme elle est basée sur le système itératif (les degrés), nous aurons l’occasion, je pense, de revenir, un jour, sur le pourquoi.

P. : Entre un animal et un homme, quelle est la différence ?

S. L’obéissance de l’animal lui est imposée par les ordres qu’il porte en lui de naissance. Il n’a pas le choix ! L’Homme n’obéit pas obligatoirement à des règles indépendantes de sa volonté. L’homme possède une grande liberté d’opinion et d’action. Il a le choix ! De plus, l’homme, même après sa mort, peut nous faire profiter de sa pensée, de ses découvertes, de ses écrits. L’animal ne le peut !

P. : Oui, l’homme qui prend conscience de ses contingences, veut les dépasser et trouve en la Franc-Maçonnerie un moyen de se libérer. Opérer le sacrifice du contingent au nécessaire, à l’essentiel, ce n’est pas dévaloriser le contingent mais c’est une entreprise du Sublime. Ce moyen, l’homme le trouve dans la Méthode Maçonnique.

S. : La Tradition maçonnique ne propose pas une vision générale et exclusive du monde. En revanche, elle propose une méthode pour aider l’homme à devenir meilleur et plus heureux. Cette méthode repose sur l’exaltation de l’effort et du travail de recherche. La proposition de la méthode est une transformation vers le bien. Des exemples de réussite sont nombreux. Pourtant, tant d’hommes ayant reçu l’initiation ne cherchent pas à comprendre cette méthode et ensuite l’appliquer. Certes, les réunions d’Apprentis et de Compagnons mettent ces hommes sur la voie. Mais, dès la Maîtrise, ils sont nombreux à s’empresser d’oublier. Pourquoi cela ? Quels sont les mécanismes ou les blocages qui empêchent ces hommes d’entrer sur le chemin de la libération ?

P. : Voici encore des questions auxquelles, je l’espère, nous pourrons réfléchir ce soir, tous ensembles. Mais, il y en a bien d’autres. Je reste persuadé que la Loge est le comment et le pourquoi de la transformation du profane en initié.

S. : Je reste persuadé qu’il faut que la réussite du travail soit due à la Loge.

P. :  A condition que celui qui y entre le fasse en toute sincérité et non pour compenser certains échecs ou certaines reconnaissances pas assez rapides ou ronflantes de sa vie profane. La littérature abondante sur l’Ordre et les Obédiences ainsi que l’extériorisation favorisent, je le crains, de plus en plus, ce comportement. Qui n’a pas eu la surprise de découvrir en discutant avec un frère, tout juste initié, l’existence de sa tablette des grades ou degrés avec inscrits les temps de passage et les correspondances possibles entre les différents rites ?

S. : Et de calculer ce qu’il sera dans quelques années …

P. : Et de préciser que si cela ne va pas assez vite à tel endroit, il ira ailleurs … Alors, que reste-t’il de l’INITIATION ?

S. : Le soir de mon initiation, les trois coups de maillet sur une épée ne m’ont pas apporté immédiatement la conscience de ce qui m’attendait : tu as dit INITIATION, mon frère ?

P. : L’irrégularité et la dissymétrie sont des caractéristiques fondamentales de la Vie et l’Artisan ne doit reculer devant aucune difficulté …

S. :  nous sommes tous des exemplaires uniques, nous sommes tous inédits …

P. : … la vie est un mouvement et le mouvement se nourrit de contradictions …

S. : … et la Franc-Maçonnerie est la communauté des esprits contradictoires dès que règne la sincérité entre ses adeptes. Très souvent, trop souvent, ce qui sépare les Hommes relève de l’ignorance et de la bêtise.

P.  : Le concept même d’initiation sépare les hommes alors qu’il devrait, j’allais dire … naturellement, les rassembler.

S. : L’œuvre à accomplir n’est pas divine ! Elle est humaine et doit être réalisée sur Terre « Hic et Nunc ».

L’initiation … Pour moi, aujourd’hui, je comparerais ce concept à un choc, un choc si violent et pourtant si doux, qu’il me place, j’espère définitivement en état d’éveil, en capacité de réception, en potentialité de lucidité.

P. : L’initiation, c’est une mise en mouvement, une mise en route vers la réflexion permanente ; c’est le travail quotidien pour découvrir, pour dévoiler lentement mais sûrement ce qui se cache derrière l’apparent, l’évident, l’immédiat.

S. : L’initiation, c’est une invitation à construire sa pensée, à l’ordonner, à l’orienter vers le beau, le juste, le bon ; c’est le premier pas vers la création de sa propre éthique, bien évidemment en harmonie avec celle de l’autre. Mais, j’allais dire surtout, l’initiation nous apprend à nous détacher. Pour nous établir dans le calme de notre être, nous devons apprendre à nous détacher des résultats de notre activité (le « Fais ce que dois, advienne que pourra » pourrait bien être notre adage majeur) … mais se détacher sans indifférence.

P. : Qu’il nous suffise de vivre sans attendre de récompense instantané, d’aimer sans satisfaction immédiate et d’exister sans considération spéciale. C’est seulement par le détachement de soi qu’on arrive à la paix avec soi et ainsi, à l’harmonie universelle.

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