Planche ?

Le Dictionnaire étymologique « Le Robert » dit que ce mot vient du Grec « phalagks » qui signifie « gros morceau de bois rond, rouleau pour faire avancer de lourds fardeaux ». Un autre dictionnaire exprime que « planche » vient du bas latin planca, forme féminine de plancus, signifiant « aux pieds plats ».

Les « planches » sont abondantes dans notre langue particulièrement riche de diversités. De la planche à dessin à la planche à repasser en passant par la planche à roulettes, la planche à billets, la planche à voile, la planche d’illustrations, celle de la photographie et j’en oublie sûrement, nous voyons bien que cette appellation est utilisée à toutes les sauces…

Apparu dans la langue française vers 1200, ce terme désigne alors une « pièce de bois » sciée volontairement plus large qu’épaisse. Ce n’est que vers 1900 que, dans l’argot scolaire, le terme « planche » prit un sens sans lien apparent avec le bois et la menuiserie, à savoir celui d’interrogation au tableau (fabriqué en bois), expression qui, en 1905, toujours dans l’argot scolaire, donna le verbe plancher donc « être interrogé ». Dans le monde scolaire, il suffit de répéter par cœur une leçon pour satisfaire son examinateur. En Maçonnerie, point d’examinateur, point de leçon, point de planche donc ?

D’autant que ce terme n’a pas une origine maçonnique comme le pensent bon nombre de nos sœurs et frères.

En maçonnerie, il prit en premier lieu le sens de « procès-verbal ». Il trouve sans doute son origine dans l’usage qu’avaient les anciens bâtisseurs de tracer les plans sur des pièces de bois avant d’utiliser du papyrus et, enfin, du papier.

La pièce de bois est, par nature, putrescible, destructible, friable avec le temps et les intempéries. Est-ce la vocation d’une planche « maçonnique » ?

Certains le pensent et c’est parfaitement légitime, peut-être pour se conformer au monde scolaire, d’autres pensent au contraire qu’un travail écrit pour ses sœurs et frères est une œuvre en soi, autrement dit achevée, au moins pour un instant évidemment, celui du partage avec ses compagnons de recherche. Le partage est l’acte essentiel de notre démarche, collective par essence, et qui, pourtant, cherche la libération individuelle de ses membres.

Ceux-là préfèrent donner comme appellation à ce travail de recherche celui de Morceau d’Architecture.

Cela fait de nombreuses années, de trop nombreuses années certainement, que j’explique à qui voudra l’entendre que l’appellation « planche » en maçonnerie est liée à la notion de « planche tracée » des derniers travaux du secrétaire et non pas au travail de recherche ésotérique que présente une Sœur ou un Frère en Loge.

A moins que cela soit un outil pour faire avancer les « lourds fardeaux » que nous sommes comme il est dit plus haut dans une définition d’un dictionnaire. Encore une fois, je vais ressasser mes convictions, mes fixations sur le Morceau d’Architecture.

Chaque fois que cela est possible, nous avons le privilège d’offrir nos réflexions, nos recherches, nos intuitions, nos révélations à nos compagnons cherchants.

Chaque fois que cela est possible, il est de notre responsabilité de réaliser une contribution au Grand Œuvre de l’Art Royal.

C’est mettre la barre un peu haute diront certains.

La recherche de l’excellence serait-elle à ce point exclue de notre démarche qu’il suffit d’appeler « planche », rapidement ciselée, pour se satisfaire du RMI (recherche minimale initiale) ?

Un travail en Loge est une Œuvre d’Art.

Cela n’est possible que si l’ensemble des acteurs (le cherchant, les sœurs et les frères présents) sont en conjonction pour concourir, hors du temps et de l’espace, à l’idéal de perfection qui est le nôtre. Sans cet idéal, le chemin initiatique se transforme en recherche du confort de la convivialité ou du conformisme pour toutes ces médailles et sautoirs rutilants si lourds qu’ils empêchent « l’adhérent maçon » de prendre son envol vers les hauteurs de la spiritualité.

A mon sens, le morceau d’architecture est un mets pour gastronome de la Pensée. Le travail en Loge doit devenir une de ces sublimes résurgences ésotériques. Faire une planche serait comme faire avorter le verbe de la chair, tuer l’esprit du cœur, assassiner l’âme du sang, même si cela développerait la mémoire immédiate. Max Jacob – poète, romancier, essayiste et peintre français, né en 1876 à Quimper, mort alors qu’il était emprisonné au camp de Drancy – disait : « Toute carrière commence par un Miracle de travail ».

Travaillons-nous pour un auditoire, pour nous, pour l’éternité ?

De la réponse à cette question dépend le choix d’écrire une planche ou de réaliser un morceau d’architecture.

Nous sommes, ici et maintenant, en Loge, pour augmenter nos capacités parce que la forme précède le fond comme l’existence précède l’essence. Ici et maintenant, les justifications d’impuissance n’ont pas leur place !

Le travail en Loge peut s’exercer de différentes façons, à vrai dire d’autant de manières qu’il y a de Sœurs et de Frères prêts, sincèrement, à l’accomplir, dans l’esprit de la recherche ésotérique.

Nous ne sommes nullement dans une démarche culturelle ou cultuelle.

Nombreux sont les lieux où ce type de démarche, culturelle ou cultuelle, peut prendre toute sa saveur : églises, mosquées, synagogues… sans oublier les universités du temps libre et toutes les associations qui diffusent des conférences fort intéressantes.

Nous ne cherchons pas à rencontrer dieu, nous ne cherchons pas à établir une relation privilégiée avec lui, nous ne cherchons pas plus des savoirs y compris les plus éminents.

Nous sommes, ici et maintenant, en Loge, pour atteindre l’excellence, le sublime c’est-à-dire notre Lumière intérieure afin de l’offrir à nos compagnons de route… Et la route est longue pour donner du plaisir en offrant aux sœurs et aux frères ce que l’on sait donner et faire de mieux.

Produire devant la Loge un Morceau d’Architecture, cela doit être à la fois majestueux et sérieux. Alors, nous touchons à la magie transformatrice de l’acte d’amour destiné à l’enfantement. Résistons à la pensée fast-food, à la philosophie en clip, à la recherche zapping sur Wikipedia de préférence… Nous sommes hors du temps profane et notre travail doit être conçu, sinon fait, pour durer, pour l’éternité.

Par ailleurs, il ne suffit pas de parler d’un sujet en Loge pour qu’il respecte immédiatement l’esprit et la lettre du Principe13 du GOTM. Voici ce qu’en disait en substance, un Respectable de Semper Vivat : « … , j’ai compris que ce nouveau langage nommé symbolique serait plus qu’un simple langage, certes un peu particulier, mais une vraie science de la Connaissance…

Un langage de révélation… du nécessaire effort de dépouillement…

Un langage de communication… pour me rapprocher de tous, mes Sœurs et mes Frères êtres humains, me permettant de reconnaître et de dire les choses, de les nommer, de les créer, de les transmettre…

Et un langage de communion, couronnant le processus initiatique… »

Alors, le morceau d’Architecture n’est plus seulement utile et efficace qu’au moment où on le prononce. Apporter les fruits de sa réflexion, personnelle, intime, travaillée sur soi-même, c’est cette tâche qui nous dépasse souvent, mais qui touche à l’incognoscible.

Le Groupe de Recherche Alpina, dans un de ces dossiers remarquables comme à l’accoutumée, écrivait : « On fait la différence entre planche et morceau d’architecture, ce dernier représentant le discours prononcé en Loge. Par extension, on parle souvent de planche pour les travaux présentés en Tenue. Mais c’est un abus de langage, … Préférez le terme « morceau d’architecture » à « planche » car c’est un bon moyen de se rappeler l’importance de la structure, de la beauté du travail et tout à la fois de l’œuvre elle-même, c’est-à-dire de votre message. Aucun architecte n’est jamais abouti, mais sa maîtrise se mesure à ses œuvres… »

Et oui, adoptons la maxime prêtée soit à Périclès, soit à Sénèque : « Ce n’est pas parce que les choses sont difficiles que nous n’osons pas ; c’est parce que nous n’osons pas que les choses sont difficiles ».

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