De la vie de profane à celle du Franc-Maçon au travers des outils

Il était présomptueux de ma part, de me lancer dans un sujet aussi vaste que les outils en maçonnerie. Pour le compagnon que je suis, développer les outils et leurs symboliques me paraissait approprié pour la connaissance ésotérique d’une des pages de la franc-maçonnerie la plus importante à mes yeux. Ils sont à la mesure d’un compagnon franc-maçon qui arrive à la croisée d’un chemin en cherchant à se perfectionner afin de transmettre à ses frères apprentis cette culture maçonnique.

Au fur et à mesure de mes recherches, une réflexion se révèle à moi.

Notre vie de profane et de franc-maçon est jonchée d’outils aux symboles aussi particuliers les uns que les autres.

La Franc-maçonnerie regroupe principalement neuf outils différents, d’une utilisation et d’un sens symbolique bien distincts. Le premier que l’on reconnaît est le maillet bien que nos mains soient notre premier outil depuis la nuit des temps. Le maillet sera utilisé par l’apprenti pour « dégrossir la pierre brute » ou plus exactement au RFM pour vérifier si la pierre est franche afin de réussir sa taille.

Le second outil, le ciseau permet au compagnon de polir la pierre pour qu’elle puisse s’empiler les unes aux autres afin de bâtir un édifice.

Viendront ensuite la règle, l’équerre, le compas, le niveau, le fil à plomb ou perpendiculaire. Ils sont pour la majorité d’entre eux les outils des compagnons mais aussi ceux des Maîtres ou architectes bâtisseurs, les experts. Le levier et la truelle sont dans les mains des experts.

J’ai toujours été fasciné par la maîtrise de l’outil, par la perfection que pouvait avoir l’artisan penché sur son travail ou de l’artiste qui donne le meilleur de lui-même en sacrifiant le temps. Tous ont la même recherche de la perfection après des années de pratique, cet état de force, sagesse et beauté que nous retrouvons en maçonnerie. Faisant référence à ma vie de profane, je me suis aperçu que mon existence avait traversé ces étapes de l’utilisation des outils et de leur application au niveau intellectuel et que ma démarche était pour le moins similaire.

Je suis passé, du jour au lendemain, des bancs de la faculté d’économie d’Aix, où je me destinais à une carrière de gestionnaire sans trop de conviction et ne sachant pas ce que ma vie deviendrait, au fond d’une cale, à six heures du matin, le crochet à la main. Je devais faire mes preuves, ma vie avait pris un virage à cent quatre-vingts degrés. J’étais devenu soutien de famille après le décès de mon Père et l’héritage de sa carte de docker.

Comme l’apprenti, le crochet à la main en guise de maillet, je suis resté muet pendant quelques mois. Face à des hommes forts en gueule, je me devais d’apprendre sans faillir, pensant que le sens de l’existence de chacun se mesurait au bien fondé des choix de son libre-arbitre, orienté vers une œuvre constructive guidée par le rayonnement de la beauté de son âme.

Dans ces années quatre-vingt, il fallait assumer mon nouveau statut de docker, se déterminer, s’engager, être pleinement responsable et accepter de me confronter tous les jours à mes imperfections. Comme l’apprenti s’identifie à la pierre brute, je travaillais et apprenais sans relâche avec le soutien des anciens. J’avais une haute estime de ce métier qui avait nourri depuis trois générations ma famille. L’activité de remplir ou de vider des cales de navires n’était pas une difficulté en soi, mais il fallait savoir économiser ses forces avec des gestes justes et appropriés pour manipuler des sacs, des cartons, des fûts ou des caisses, pendant six heures trente sans interruption.

L’apprenti observe sa pierre brute, il la jauge la scrute et la conçoit dans sa forme idéale. Il va la contourner cherchant l’angle d’attaque le plus favorable ce qui lui demande de réfléchir, de penser et de méditer avant d’agir. Au fond du trou, les anciens nous conseillaient de travailler avec notre tête pour ne pas nous épuiser trop vite. Je scrutais avec la même clairvoyance l’endroit le plus propice pour commencer sans se gêner, sans se mettre en danger et être à la fois à l’abri du froid ou de la chaleur selon le temps. Nous travaillons par bordées de deux hommes sur une équipe de dix. Avoir le geste précis et au même rythme que mon compagnon ou homme de barre, terme emprunté par les dockers, pour ne pas l’épuiser par mon manque d’expérience.

En franc-maçonnerie, nous pouvons dire que le maillet est pour l’apprenti le symbole qui lui permet de débarrasser le cœur de tous les vices autant que du superflu.

Il prépare l’âme à devenir une pierre vivante de l’édifice spirituel.

Le geste de l’apprenti doit être précis et persévérant pour progresser par étapes successives, sans précipitation et impatience.

Le maillet est une expression de la dynamique de la vie de l’énergie.

Le maillet est aussi la lumière du Vénérable, celui qui annonce par les coups répétés les différentes rituélies de l’atelier, l’invitation au travail et non un commandement. L’apprenti aiguise son sens de l’observation, sa logique, son raisonnement par une action persévérante, dans le silence, il apprend ainsi à utiliser ses connaissances.

Pour polir la pierre, une fois dégrossie, le Compagnon utilise le ciseau et le maillet. Cette action lui demandera de savoir trouver le rythme de travail dans la régularité et l’apaisement des passions, pour découvrir la beauté et la vérité qu’y si cache.

Le ciseau symbolise la discipline, c’est un révélateur de la beauté et de la lumière cachée en chacun. C’est la faculté de se déterminer dans ses choix par des motivations sérieuses. Le ciseau devra être affuté afin que l’intelligence agisse avec subtilité.

Dans le monde portuaire, le travail était sans relâche, rythmé par les cadences incessantes des allées et venues de la grue qui, au bout de son câble, suspendait, après le palonnier, des palettes à remplir ou à vider, selon le travail de l’embarquement ou débarquement des marchandises. Comme un fil aplomb, il fallait orienter la grue pour qu’elle puisse descendre la « palanquée » dans un endroit bien approprié de la cale. Lors des campagnes de sacs de farine envoyés en Afrique dans un but humanitaire, les palettes descendaient à l’aplomb.

La perpendiculaire, fil à plomb fixé au centre d’un arceau, est un des emblèmes, avec le niveau, des surveillants. Ils leur permettent de vérifier la conformité de la réalisation, de l’élévation, aux principes énoncés par le plan de l’œuvre. Le fil à plomb ou perpendiculaire est donné au Second surveillant pour vérifier le travail des apprentis.

Cette perpendiculaire ou fil aplomb sur un plan spirituel permet de contrôler la justesse et la droiture de nos pensées et de nos actions qui doivent être en symbiose. Toute construction qui n’est pas verticale est instable pouvant s’effondrer à tout moment.

Lors du débarquement des sacs de noisettes de quatre-vingts kilos qui provenaient de Madagascar, nous avions pour habitude d’utiliser la brague américaine faite de gros cordages et d’un crochet. Notre fierté était de voir montée cette palanquée d’une dizaine de sacs sans se disloquer, montée accompagnée à chaque fois de cris de joie. C’était une victoire sur nous-mêmes et nos efforts augmenteront d’autant nos primes en fin de vacations.

Ceux dont la vie louvoie au gré de l’intérêt du moment ou de l’emportement des passions seront confrontés, un jour ou l’autre, à l’affaissement de leur édifice.

En revanche, la personne de bien dont la vie est fondée sur des principes de droitures est apte à résister aux épreuves de l’adversité et aux sirènes des vanités. Elle sait se maintenir dans l’axe du juste milieu qui correspond à la voie droite de l’équilibre entre devoir et raison, mais aussi d’une parfaite justice ou équité.

On attribue au compagnon d’autres outils comme l’équerre, la règle, le niveau.

L’équerre est l’outil de base et de fondement de la maçonnerie.

Elle met en place le temps, l’espace et le nombre.

C’est elle qui ordonne le comportement d’un maçon. L’équerre donne le cadre des lois et de l’ordre à observer. On peut considérer les deux branches de l’équerre comme emblème du droit et du devoir, symbole de loyauté. C’est l’outil qui conduit toute l’œuvre jusqu’à son acheminement que cette œuvre se construise sur un chantier matériel ou dans le sanctuaire du coeur, elle correspond à la sagesse.

Elle assure des bases conformes à la réception des pierres du temple dont la juxtaposition parfaite est la garantie de la solidarité de l’ensemble. En un mot, l’équerre symbolise ce que doit être la vie d’un franc-maçon sur terre et elle le représente lui-même.

Elle est donnée au Vénérable pour la rectitude, c’est le symbole de la science maçonnique. Le Vénérable est charge de former des maçons parfaits, permettant de faire passer de la pierre brute à la pierre cubique.

Dans ma vie de profane, ce sentiment de justice et de droiture s’est toujours manifesté chez moi, héritage d’une éducation basée sur le respect des personnes et de la défense des injustices. Éducation que je me suis efforcé de transmettre à mes fils.

Quand je travaillais à bord des navires, j’ai pu observer que ces hommes dans la souffrance de l’effort physique gardaient un esprit fraternel et de solidarité. Dans une discipline du travail bien fait, tous devaient « d’être d’équerre » comme ils disaient ! L’embarquement des marchandises était bien aplani pour continuer à travailler dans de bonnes conditions, évitant ainsi les dangers de tomber dans un trou. Quand l’homme engage son corps au risque de sa vie et de celles des autres, il doit travailler avec des règles bien précises.

La règle est sans doute l’instrument de mesure le plus simple mais, sur le plan intellectuel, c’est aussi une méthode, une discipline ou un précepte qu’on doit observer dans un art dans une science dans notre vie de franc-maçon et de profane. Il y a deux sortes de règles, les règles théoriques et la règle pratique. En théorie, une règle acceptée volontairement, choisie, symbolise l’exigence et l’obéissance d’un résultat. Cette droiture et cette rigueur doivent s’appliquer à l’esprit pour la maîtrise. La règle pratique se rapporte à la volonté et sert à la diriger vers ce qui est bon et juste. La règle permet de vérifier si la construction achevée est conforme au projet.

Outil de mesure qui est divisé en vingt-quatre degrés comme la division du jour en vingt-quatre heures. En franc-maçonnerie, on peut distinguer la règle du compagnon et la règle du maître.

La règle du compagnon se rapporte à un signe d’une parfaite régularité de sa conduite. La règle du maître de la loge lui permet d’installer chacun des officiers de son collège en leur annonçant leurs devoirs et leurs charges. Le maître de la loge établit le plan de l’édifice ou la planche à tracer et en vérifie l’exactitude.

La règle utilisée à bon escient conduit le maçon à en faire un usage constant pour trouver l’ordre inhérent à toute chose, mais aussi pour découvrir sa propre norme de mesure la discipline au quotidien.

Elle donne le sens de la mesure et de la précision dans l’exécution.

Le franc-maçon s’en sert pour gérer sa présence dans l’instant, pour avoir de l’attention à tout ce qu’il fait et qui demeure la ligne de conduite librement choisie et indispensable à l’édification de son temple intérieur. Il doit toujours suivre la ligne droite comme étant le plus sûr et le plus court chemin pour réussir et pour jouir de la paix de l’âme.

Voulant suivre un code d’honneur dans ma vie de profane, je ne me suis jamais défilé face à la tâche, aussi dure soit-elle. À l’époque, un poème de KIPLING inspirait ma propre ligne de conduite dans la vie. Ce poème commençait par « Si tu peux voir détruire l’ouvrage de ta vie et sans dire un seul mot te remettre à rebâtir … ».

J’ai souvent médité ces quelques lignes. Plus tard, j’ai pu le vivre à mes dépens.

La force tranquille et le juste équilibre, en franc-maçonnerie, sont donnés par le niveau et le fil à plomb. Sur un plan philosophique, le niveau permet de trouver la mesure et le juste milieu, de tendre à l’équité et à l’équilibre par l’union parfaite de la verticale.

Du câble de la grue qui montait et descendait jusqu’au plancher de la cale, notre rythme de travail était défini par le vertical et l’horizontal dans l’union de nos efforts qui nous cassaient le dos. Le soleil qui vers onze heures venait nous éclairer nous réchauffait l’hiver et nous étouffait l’été. Mais il représentait l’approche de notre fin de travail. Il nous donnait du cœur à l’ouvrage malgré la fatigue accumulée. À midi trente, le chef d’équipe nous ordonnait de monter.

Le premier surveillant, lumière et force de la Loge, doit veiller à ce que l’ordre et l’égalité entre tous les membres soient observés. Il doit aussi évaluer à bon escient leurs efforts de perfectionnement individuel en vue de mettre en harmonie leurs esprits et que la vertu de fraternité règle leurs échanges. Il fait voir ainsi que le niveau est l’outil de vérification du travail des compagnons.

L’usage du niveau en franc-maçonnerie permet le développement en soi du sens de la justice, il invite à aplanir les obstacles qui génèrent l’ego pour progresser vers la libération intérieure.

D’autre part, en franc-maçonnerie, le « passer de la perpendiculaire au niveau » désigne ainsi le passage du premier grade au second. Le premier prescrit de mettre dans sa conduite la droiture qui fait l’homme d’honneur et l’aplomb qui fait l’homme conséquent à ses principes et constant dans la pratique du bien.

Dans le grade de compagnon, le niveau est le signe de l’égalité et rappelle à tous de se mettre en garde contre l’orgueil et la vanité, de ne pas se croire plus parfait que ces frères et rester toujours modeste.

Dans cette nécessité de la modestie, on doit se méfier de la faiblesse humaine et ne compter que sur sa persévérance dans le bien qu’au moyen d’une lutte continuelle contre les mauvaises passions.

La cale était notre espace. Il représentait notre cercle, nos limites et notre univers remplie de parfums aux senteurs exotiques. Il m’arrivait parfois de travailler l’aprèsmidi quand, à la première embauche du matin, je ne trouvais pas de travail. Quand embauché par un chef d’équipe parmi des hommes que je ne connaissais pas, il fallait composer et parfois s’imposer. Je constatais dans ces moments-là que ces hommes à la gouaille aux jurons incessants redevenaient plus humains, plus sensibles, les sujets de conversation changeaient au fur et à mesure que la nuit tombait dans la cale. Au rythme des cargos de lumières qui tanguaient, la fatigue aidant, nous étions en communion comme la chaîne d’union qui nous relie après la fin de nos travaux en loge.

Un franc-maçon qui se perd se retrouve toujours entre l’équerre et le compas car il se révèle sur l’équerre et se tient à l’intérieur du compas. L’union de l’équerre et du compas est le symbole qui caractérise le franc-maçon. Car ils sont respectivement le ciel et la terre. Le compas pour tracer le monde, l’équerre pour s’écarter du monde céleste à l’univers.

Le compas permet de trouver la mesure dans la recherche du juste milieu, le sens des proportions et estimer l’étendue de ses capacités.

L’entrecroisement du compas et de l’équerre symbolise les noces de la terre et du ciel ou de la matière et de l’esprit. Le récipiendaire après sa prestation du serment devient symboliquement enfant du ciel et de la terre.

L’équerre et le compas sont les attributs du maître avec la planche à tracer.

Le compas trace un espace bien défini ; mis dans une main experte, il symbolise l’expérience, la sagesse et la connaissance du trait et la maîtrise de l’art royal.

Souvent dans notre vie d’efforts, un obstacle se présente sans que l’union de nos forces puisse être utile. Parmi nous, il y avait toujours un plus sage et plus raisonné pour trouver une solution en disant : « Archimède disait : donnez-moi un levier et un point d’appui, je vous soulèverai le monde » en poursuivant par « rien n’est lourd pour un docker, il suffit de travailler avec sa tête »

Le levier repose sur la compréhension des lois physiques de l’action-réaction et de la loi de cause à effet, facteurs nécessaires pour décupler la force à bon escient. Le levier se caractérise par la force et la puissance. L’utilisation du levier caractérise l’homme déterminé à vaincre les difficultés et les épreuves de toutes sortes.

C’est l’outil qui symbolise la force en mouvement.

C’est pourquoi il ne doit être utilisé qu’avec de grandes précautions. C’est l’outil le plus dangereux, il permet de manipuler de lourdes charges et l’action qu’il met en mouvement est liée directement aux réactions qui s’ensuivront.

Employer comme il faut le levier permet au maçon d’utiliser sa force qui repose sur la connaissance qu’il a de l’univers de contrôler son énergie dans l’action et l’effort d’agir consciemment selon la loi des interactions de cause à effet. Il donne le moyen de surmonter l’obstacle, la résistance matérielle physique ou morale. Mais cela n’est possible qu’en sachant utiliser son point d’appui avec la volonté de surmonter ce qui paraît au-dessus de nos forces.

Sa bonne utilisation repose sur la connaissance et la maîtrise des forces et s’illustre par la ténacité d’une volonté affirmée de tenir ses engagements et de poursuivre la voie choisie jusqu’à son terme, sans négliger le nécessaire apport, le cas échéant, de ceux que l’on reconnaît pour frères.

L’emblème des qualités du véritable maçon est la truelle.

À quoi sert la truelle dans le temple ? À cacher les défauts de nos frères !

Après quelques années passées au sein du monde portuaire, j’avais acquis l’expérience nécessaire, ressentant toutefois le besoin de changer d’horizon, besoin aussi d’apprendre autre chose. Je passais un stage de pointage et de contrôle des marchandises. C’est un travail de solitaire dans lequel le sens de l’observation, la mémoire et l’organisation sont mises à l’épreuve. Je me souviens que parfois nous décidions d’un commun accord de « cacher la misère », expression qui signifie qu’à l’aide de la marchandise que nous devions manipuler, il fallait aplanir le plan de travail laissé la veille par une équipe peut soucieuse des camarades qui viendraient le lendemain, comme l’aurait fait un travailleur du bâtiment avec sa truelle pour cacher ainsi les imperfections.

La truelle est aussi perçue comme pouvant symboliser la conscience de la fraternité universelle entre les êtres humains à l’image de l’excellence du travail bien fait par la solidarité entre tous. Cet outil sert à étaler le ciment qui lie toutes les parties d’un édifice par le jointement en une seule et même masse, ce qui, sur un plan symbolique, nous apprend à lisser le ciment de l’affection et de la bonté qui unissent tous les membres de la famille maçonnique où qu’ils soient dispersés par le monde, en une seule communauté fraternelle.

La truelle sert à ramener et à lier dans nos âmes des sentiments d’honneur et de vertu et à les employer de façon à ce qu’ils élèvent un édifice digne de la plus noble des sociétés.

Tout est dans l’art de manier la truelle.

C’est la recherche du beau du bien, du vrai dans l’élaboration de toutes les œuvres d’une vie en quête d’harmonie.

La truelle correspond à la mise en pratique de la fraternité du pardon. Quand un maçon passe la truelle, cela signifie qu’il oublie les injustices et les imperfections des frères qui lui ont fait du tort.

Elle est le symbole de bienveillance et d’unification de l’ensemble par le ciment de l’affection fraternelle. La truelle est l’instrument qui cimente la destinée individuelle au sein de la collectivité. Elle permet d’achever l’œuvre entreprise et d’accéder à la perfection. Elle unifie, rassemble et fusionne par l’utilisation du mortier destiné à cimenter entre elles toutes les pierres de l’édifice en les reliant par un joint.

La truelle relie le travail manuel au travail intellectuel.

Elle est le trait d’union entre l’esprit et la matière.

C’est l’outil qui témoigne de l’union de l’ensemble des maçons réunis sur la surface du globe.

Le travail est la plus haute expression de l’intelligence humaine.

C’est par lui et à travers lui que tout être se réalise. Aujourd’hui, pour beaucoup, le travail a perdu sa signification profonde, universelle. Il est ressenti, très souvent, comme une contrainte. C’est une triste et regrettable réalité car le travail devrait être un moyen de mieux se connaître et progresser dans ses relations avec autrui.

Le port est un lieu d’échanges de marchandises, certes, mais aussi de relations humaines très fortes avec des hommes au caractère bien trempé et très solidaires. J’ai eu cette chance de faire partie d’une des dernières corporations d’ouvriers tellement décriée de nos jours à travers les médias.

À l’époque des réductions des coûts de la main d’œuvre au détriment de l’accroissement des dividendes donnés aux actionnaires, le port a subi tellement de conflits, passant de trois milles dockers en 1980 à quatre cents de nos jours.

Que d’erreurs commises de part et d’autre !

L’arrivée des conteneurs nous cantonnait à faire les singes sur le pont des navires montant jusqu’à cinq de hauteurs laissant les anciens de côté ressentant la fin d’une époque.

J’ai quitté la profession dans les années quatre-vingt-dix pour me consacrer au centre de vacances dans les alpes du personnel de la manutention portuaire. Une autre vie s’ouvrait à moi passant du rustre solidaire à la plus simple expression du naturel humain dont puisse être l’enfant.

Mais n’oublions pas une chose, les outils dans leur symbolique sont les mêmes.

Dans notre vie de profane ou de franc-maçon, nous passerons toujours selon les situations et les méandres de la vie du maillet à la truelle si notre cœur est pur et notre âme en paix.

Si l’on se donne la peine de se pencher sur nos rapports humains, dans la vie de tous les jours, qu’elle soit professionnelle ou familiale, on pourrait s’apercevoir de sa grandeur d’âme et de ses faiblesses.

C’est dans l’effort, la création, la volonté de transmettre que l’homme se réalise. Avoir une attitude maçonnique est réelle à mes yeux et celui qui mesure cette dimension dans sa vie de profane est certainement un franc-maçon qui s’ignore.

Soyez le premier à commenter

Laisser un commentaire