le Rôle du Franc-Maçon

Mes Sœurs, mes Frères, il y a deux façons de débuter un travail pour une élévation à la maîtrise. Soit, on propose un sujet à son Premier Surveillant ; soit, il nous en propose un.

Pour moi, ce fut simple, début janvier je lui demandais un simple sujet de travail personnel, il me proposa « Schibboleth ». En y réfléchissant, et devant la luminosité que me faisait transparaître ce sujet, je lui soumis la possibilité et l’autorisation d’en faire un morceau d’architecture pour mon élévation.

Au bout d’un an d’avancée, je pris un contre-pied, j’ai opté pour un autre sujet qui pour moi, est, ce soir, essentiel : Le rôle du Franc-Maçon.

Le rôle du Franc-Maçon, quel sujet à travailler, quel sujet particulier !

Si de coutume, les sujets sont à aborder en général sur un premier plan au sens de la symbolique, celui-là, est, du moins je le ressens ainsi, de l’ordre de l’engagement, d’un engagement personnel et ésotérique.

Il y a quelques temps, je déjeunais avec un frère et lui confiais mes difficultés à traiter ce sujet et le choix de l’axe de développement. Il me dit simplement, « A mon avis ne pense pas rôle, mais que représente pour toi la Maçonnerie ? ». Là, je partis sur l’humanisme, la solidarité, l’entre-aide, il me coupa et me dit : « Arrête, c’est bateau ça, sort de ton utopie et fais simple ».

Sa remarque m’a fait beaucoup réfléchir, peut-être avait-il raison ?

En tous les cas, je peux lui répondre aujourd’hui, avec tout l’incommensurable amour que je lui porte, je t’emmerde !

Oui, je suis peut-être un utopiste, mais n’oublions pas que les utopistes sont des personnes qui anticipent les choses avant que le commun des mortels ne les voit se réaliser. De même, avant de penser rôle maçonnique, je pense Devoirs de et du maçon. Et notamment, des devoirs de réflexion : essayer de comprendre le monde actuel, en réfléchissant sur le passé, car à une époque comme la nôtre où les idées reçues, les croyances dogmatiques infondées, les manipulations de masse et/ou tous les paradoxes légitiment les inspirations populaires, chercher le permanent sous le transitoire permet de saisir le principe sur lequel repose une société donnée.

En ce sens, on peut déjà penser la Franc-Maçonnerie comme un miroir grossissant de l’âme collective, mais si tu trouves tout ceci bateau, je me dis que je t’ai peut-être déjà perdu à ce stade de mon raisonnement.

Tant pis ! Continuons quand même.

Oui, je t’emmerde car je ne vois pas pourquoi essayer de comprendre les choses, lutter contre les idées reçues, faire vivre, ou du moins tenter de faire vivre un idéal communautaire en vue d’une communauté humaine humaniste, fait de moi un idéaliste, un utopiste, et non un simple humain.

Oui, je t’emmerde car, lors de mon entrée en Loge, j’ai demandé, comme toi, comme toutes les Sœurs et Frères à recevoir la Lumière pour qu’elle me guide sur le chemin de la pureté, de la vérité, et si ça, ce n’est pas un idéal utopique …

Oui, je t’emmerde, car pour moi, Sagesse, Force et Beauté, c’est ce que j’attends entre autres que la Maçonnerie me transmette, pour avoir une chance d’être à mon tour, un jour, un rayon et essayer de partager cet engagement de principes et de valeurs.

Oui, je t’emmerde, car je préfère ne rien rendre au niveau travail, plutôt que de donner un copier-coller auquel je n’aurais pas réfléchi, ni compris le sens d’ailleurs.

Oui, je t’emmerde, quand tu penses que travailler au dernier moment en passant une nuit blanche avec une bouteille d’alcool, ce n’est pas respectable. Je te répondrais que, même si effectivement, j’écris mon texte le plus tard possible, j’ai le respect des autres en leur donnant un travail issu de ma tête et de mon cœur.

Il vaut ce qu’il vaut, mais il vaut ma personne. Il est de moi, il est moi, avec mes imperfections tellement sincères et mon envie jamais exacte, mais toujours vraie.

Je pourrais continuer ma liste de « je t’emmerde » mais ça prendrait des pages.

Et là, je te vois réagir en me disant : « quand même Éric, t’as pas l’impression que ta liste de « je t’emmerde » comme tu l’appelles est à l’opposé des valeurs que tu défends ? »

Si ces valeurs sont de vouloir rendre visible les étoiles dans toutes les symboliques interprétables,

Si c’est de penser que c’est un devoir d’agiter les esprits qu’on ne peut satisfaire,

Si c’est d’essayer de promouvoir par notre union nos idéaux. Si c’est pour chercher la libération de l’Homme tout en lui permettant de s’ordonner,

Si c’est parce que j’ai le désir de la connaissance de moi, des autres et des mystères de cet univers,

Si c’est parce que je pense que nous sommes unis pour découvrir ensemble le plaisir de la recherche, le bonheur par la rencontre de l’autre et la joie apportée par la Vie dans une réelle Communauté Initiatique,

Si parce que je pense que l’importance de recevoir et d’apprendre ne doit AVOIR pour but premier que d’apprendre à transmettre,

Alors, c’est sûr que ces valeurs, mes valeurs, sont très bateau, et à l’opposé d’une certaine Maçonnerie de confort et d’opportunité, qui, cependant, a pignon sur rue et une vitrine lumineuse qui n’a de mérite que d’éclairer une certaine bêtise et une inconsistante réflexion dont tous les membres sont des lumières, mais dont aucun n’a trouvé l’interrupteur.

De ces valeurs instituantes que je défends, ils en ont fait des valeurs instituées. Une Maçonnerie qu’un Apprenti ne peut évoquer mais dont on lui parle sans arrêt pourtant !

Alors oui, je suis fier de mes idéaux bateaux, car ils sont miens, et je suis fier d’essayer d’apprendre à lire, déchiffrer ce qui est et non ce que l’on aimerait qui soit.

Je veux accomplir non une chose imaginée et présumée, mais une chose juste et nécessaire.

Pour moi, l’importance de partager ses idées sur un sujet donné, de l’étayer avec d’autres idées, c’est que l’on ne peut pas aller droit au but tout seul.

Un questionnement n’avance que dans la confrontation d’avis. Comme si l’on voulait démêler une pelote de laine pour tenter d’atteindre le bout originel, et où chaque Frère et Sœur tirait par leur intervention sur ce fil.

De l’Apprenti au Grand Maître, ne jamais oublier que : « je suis qui tu étais, je serai qui tu es dans le devoir, mais surtout je serai moi grâce à toi dans mon essence. »

Il n’y a pas de mauvais élèves, c’est juste que certains enseignants veulent transmettre sans chercher à apprendre à donner, nous sommes les mêmes et pourtant si différents. Nous sommes chacun ce clair-obscur.

Je vais citer en collant des phrases qui n’étaient pas liées dans son texte, un autre Frère, pardon, pas un Frère, une incandescence qui, par humilité, n’aimerait être qu’une étincelle.

Alors, je te l’accorde, Frère anonyme, tu n’es qu’une étincelle, mais de celles qui permettent que le feu des idéaux, de l’espoir, de l’Utopie avec un U majuscule, repart toujours quand d’autres le voyaient s’éteindre, une putain de minuscule étincelle, certes, mais qui sera toujours à l’origine des plus grands incendies.

Je cite :

« Il s’agit pour nous, de quelque chose de beaucoup plus restreint et de beaucoup plus vaste à la fois : de la construction et de la reconstruction du monde entier par le jeu de l’Intelligence. » « C’est donc bien à la Connaissance que doit nous mener notre démarche maçonnique… A la Connaissance par l’Esprit, qui nous permettra, par la Volonté, de réaliser notre Plan. C’est le système philosophique traduisant, autant qu’il est possible, la Vérité. Notre mission, en tous lieux et en tout temps a été, est et sera d’Être. »

« L’utopie que l’on peut caresser ici, est que, dans notre démarche maçonnique, voire initiatique, on puisse trouver suffisamment de Sagesse en nous-mêmes, de Force dans nos Rituels et de Beauté dans nos Traditions, pour éclairer le chemin. »

Fin de citation.

Alors, si pour toi c’est toujours bateau comme idées, comme idéaux, tout simplement comme pureté, je l’entends, je l’accepte. Je te répondrais seulement, contrairement à toi qui est sûr d’avoir un rôle, moi, je ne sais pas si j’en ai un, et je m’en fous d’ailleurs. En revanche, je sais que j’ai un devoir, continuer à croire en mes idéaux, et les idéaux n’ont jamais fait tort à la Maçonnerie, en revanche le manque d’idéal …

Si depuis adolescent, j’ai toujours rêvé de devenir Franc-Maçon, c’est que ça évoque pour moi une beauté, une beauté d’être, une beauté de pensée, une beauté de simplicité, une beauté d’être simplement humain dans sa magnificence.

L’avenir appartient à ceux qui rêvent tôt.

Sans rêve on ne fait que subir sa vie.

Je finirai en disant que la Franc-Maçonnerie se doit d’être une utopie, un rêve et une tentative de perfection.

Paraphrasant Eduardo Galeano, je dirai : « Il est à l’horizon, je me rapproche de trois pas, il s’éloigne de trois pas, je chemine de neuf pas, et l’horizon s’enfuit neuf pas plus loin. Pour autant que je chemine, jamais je ne l’atteindrai. A quoi sert un idéal pourrait-on alors se demander ? Il ne sert qu’à cela : cheminer. »

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