Impressions d’Initiation ou Voyage au cœur des Quatre Éléments

Impressions « à chaud », il est 4h30 du matin.

Mon récit est au présent car je vis encore l’instant, espérant que ma transcription littéraire soit le plus possible le reflet de mon ressenti. Si mes mots, par leur choix, peuvent sembler enjoliver cette intense expérience, veuillez d’ores et déjà, mes Frères et mes Sœurs m’en excuser.

Accueillie par un noir sidéral et quel que peu sidérant, privée d’un de mes cinq sens, et pas des moindres : la vue !

J’ai dû faire confiance à cette main tendue et anonyme, tiède et bienveillante ; mon unique repère tactile, mon fil d’Ariane vers l’inconnu.

Je suis conduite dans l’intimité d’un réduit obscur et exigu.

Mes yeux, libérés de leurs entraves, s’accoutument délicatement à la faible lueur d’une bougie. Je me raccroche à cette étincelle de vie qui rassure et réchauffe mon cœur pour faire face à cet univers énigmatique dont je n’ai pas la clef. Je suis saisie par le silence hermétique de ce lieu qui me convie de façon plus intense à l’écoute de ma conscience et au recueillement.

Les battements de mon cœur s’apaisent.

Je fais le vide dans mon esprit tumultueux en respirant profondément et amorce la descente dans les abysses de mon être. Le calme et la nuit se font plus présents, presque solides et palpables. J’ébauche mon voyage intérieur, débarrassée de tous métaux qu’en tant que profane je charrie avec moi comme tout un chacun, sans grande conviction.

Là, je réalise que je n’ai plus rien, pas même une identité qui me rappelle l’extérieur d’où je viens. Je me sens coupée du monde, seule avec moi-même, prête à mourir à tout égoïsme pour débuter ma propre conquête et savoir qui suis-je véritablement sans me mentir.

C’est étrange, la crainte et l’anxiété se dissipent, comme si cet endroit avait quelque chose de familier comme une caverne ancestrale, une grotte des premiers instants de la vie, une matrice, un retour aux sources, une vidange nécessaire et salvatrice, une réorganisation cellulaire et chromosomique. Je suis des plus sincères, mes Frères et mes Sœurs, en vous décrivant cette sensation de vertige et de retour à l’infiniment petit, une sorte d’état embryonnaire.

Est-ce les prémices d’une probable re-naissance ?

Je me sens phalène en gestation, prête à éclore à la nuit de mon âme, déterminée à me brûler à ma propre flamme.

Comment opérer un tel changement si radical ?

Aidez-moi à concrétiser cette transformation essentielle.

Je me sens de plus en plus en adéquation avec ce caveau en m’adaptant progressivement à ce confinement, mais il ne représente qu’une étape et je reste déterminée à poursuivre mon chemin avec l’aide des « anciens ».

Je ne suis qu’une molécule, un « rien » faisant partie d’un tout, une poussière du cosmos.

Je scrute en détail tous ces symboles qui remplissent cet espace, j’ai le loisir de le faire, j’ai enfin le temps… Je me pose et réfléchis.

Il y a ce crâne qui semble me sourire et dont la présence me rappelle ma finitude, ma condition de mortelle, comme les vanités du XVIIe siècle m’appelant à la modestie. Oui, ce crâne jubile et je l’entends murmurer : « Voilà ce que tu seras et ce que nous serons tous ». Cette boîte crânienne, vidée de ses réflexions, est le réceptacle de la future connaissance que je souhaite acquérir.

A l’instant « t », je ressens : Désagrégation, Dilution, Dissolution dans l’infiniment GRAND. Ces mots émergent en pleine conscience de ce qui m’arrive.

Je souhaite, à cet instant, avoir le regard suffisamment fertile pour féconder toujours l’ombre de cet espace inassouvi entre le ciel et les étoiles. Je souhaite être digne de recevoir la Lumière, quitte à devoir recoudre le soleil points par points afin que ses rayons me laissent entrevoir la Vérité.

Les symboles se succèdent…

Le Sablier égraine le temps mais, en tant qu’objet, peut aussi avoir la tête à l’envers, et par son inversion, il nous offre un autre choix de penser et d’agir. Une sorte d’Alpha et d’Oméga, un Haut, un Bas contenus dans ces deux ampoules de verre reliées entre elles par un étroit et délicat passage. Le commencement et la fin tournent en boucle éternelle comme le cycle de toute chose : ADAPTABILITE, EVOLUTION, TRANSFORMATION…

La faux, instrument minimaliste, composée d’une lame tranchante et d’un manche, arase, égalise, décapite ce qui n’a plus lieu d’être et qui m’inscrit dans un nouveau cycle de vie actif et fécond.

L’eau étanchera ma soif de vivre pour m’approcher de la Vérité. Elle abreuve les sillons fraîchement ensemencés et dissous les doutes pouvant m’aveugler.

Aurais-je le courage de me transformer en blé doré, prête à être moissonnée et atteindre, à force de travail, la reconnaissance espérée de mon être dans sa complétude ?

Une fiole et un pot m’intriguent, je ne peux m’empêcher de les ouvrir pour en goûter le contenu. Du soufre aux relents d’œuf pourri et du sel exhausteur de goût. Sur une petite affichette en carton, un coq mercuriel chante à gorge déployée en hommage aux premières lueurs d’un jour nouveau. Sous ses pattes, un phylactère où est inscrit « VIGILANCE et PERSEVERANCE », termes forts qui résonnent en moi comme un appel à la prudence et à la détermination et le courage de ne pas baisser les bras devant obstacles et écueils dans ma quête de Vérité.

Serait-ce des substances utilisées par les Alchimistes lors de leurs expériences de transmutation des métaux ? Pourraient-ils être symboliquement les ingrédients nécessaires à ma propre transformation ?

Je ne sais pas, je ne sais rien, je ne peux que supposer et patienter pour obtenir des réponses à tant de questionnements.

Je note aussi divers signes dont j’ignore le sens et la relation qui existe entre chacun d’eux : symboles kabbalistiques, croix surmontée d’un triangle, cercle scindé en deux parties égales et puis ces lettres formant le mot : V.I.T.R.I.O.L. entrecoupées de points. Quel est cet étrange message ?

Je suis invitée à quitter ce lieu, l’épaule et la cheville dénudées, le pied gauche affublé d’un chausson et les yeux à nouveau couverts d’un bandeau, une corde au cou telle une « condamnée ». Quelle étrange sensation d’emprisonnement, de renoncement comme si mon sort dépendait désormais de mon geôlier.

Que va–t-il se passer maintenant ?

Mon crâne fourmille de questions.

J’ai terriblement froid et je frissonne, pourtant je sens une chaleur intérieure rougir mes joues. Après quelques pas, je suis stoppée net et l’on me demande de toquer à la porte. Je m’exécute.

Sur qui et sur quoi va-t-elle s’ouvrir ?

Encore un mystère.

Je suis contrainte à me courber en avant pour entrer.

Soudain, une pointe froide et acérée pique ma peau, juste au-dessous du cœur.

Je sursaute de surprise. Des paroles, d’un ton ferme fusent, claires et sonores. Je dois rester concentrée pour répondre aux questions posées.

Tout me semble s’enchaîner très vite.

Une coupe frôle mes lèvres. Je goûte alors une gorgée d’un liquide insipide, de l’eau probablement, puis je dois terminer l’intégralité du breuvage qui s’est transformé en fielleuse mixture. Beurk, mes papilles en sont toutes retournées. Ce goût amer perdure.

1er VOYAGE : tempête sonore, martellement, bruits assourdissants, agression auditive. Vivement que cela cesse ! Attouchement assez violent (j’en ai même gardé un bleu). Le sol est, par moments, instable et rend ma démarche incertaine, je titube, mes pas sont chaotiques, je me concentre pour éviter la chute en tenant fermement cette main qui me guide. Cette situation est inconfortable. Perte de repères garantie.

2e VOYAGE : ma main se retrouve plongée jusqu’au coude dans un récipient rempli d’eau. Je suis saisie par ce contraste liquide et humide. A quoi correspond cette ablution ?

3e VOYAGE : lueur fugitive et chaleur d’une flamme devant les yeux qui, par réflexe, font reculer mon visage pour éviter le danger.

Mon bandeau est à peine soulevé.

Je ressens la présence de nombreuses personnes autour de moi. Quelle ne fut pas ma stupéfaction en observant une forêt d’épées pointées vers moi. J’ai du mal à soutenir tant de regards. Grand moment de solitude… Je suis à nouveau plongée dans le noir. Et puis, il y a toujours cette main à laquelle je m’agrippe de plus en plus fort. Je retiens quelques mots : parjure, confiance, devoir, secret.

Puis, le bandeau tombe définitivement, je m’inscris dans la Chaîne d’Union. Et puis, il y a ce miroir qui renvoie ma propre image, juste derrière moi. A cet instant, la stupeur s’empare de moi, je souris, je me souris et me dis comme une évidence : « Mais bien entendu, que tu n’es autre que ton pire ennemi, ne le cherche pas ailleurs. J’ai vu danser en sarabande dans ce reflet, une multitude de « démons intérieurs » qui ne demandaient qu’à quitter les lieux dare dare ».

Me voici devant l’Autel des Serments. Je ressens profondément : Emotion, Solennité, Fidélité. La prise de conscience des engagements multiples, des devoirs qui m’incombent et de l’immensité du travail à accomplir avec courage et sincérité s’articulent comme une évidence.

Enfin, l’Adoubement par l’épée du Vénérable en signe de mon admission parmi vous. La Concrétisation par la taille de la pierre brute qui a, par trois fois volée en éclats, je la souhaite prometteuse.

Terriblement poignant ce discours de bienvenue par le choix des mots notamment : le mot BIENVEILLANCE m’a véritablement ému aux larmes, probablement parce que je n’en ai eu que trop peu de témoignages dans ma vie profane. Je suis heureuse de devenir un maillon de cette Chaîne d’Union, à part entière, et de sentir toute l’énergie qu’elle procure. Moi qui n’ai ni frères ni sœurs biologiques, cette fraternité-là est inespérée. Cette alchimie spirituelle me fait le plus grand bien.

Ma palette sensorielle s’est réveillée, m’a rendue attentive et concentrée pour vivre l’instant : je n’ai pas assez de mes deux yeux pour tout embrasser d’un seul regard…

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