La fin du silence de l’Apprenti – Pour quelle expression du Compagnon ?

Le silence des apprentis est le premier apprentissage d’écoute.

Certains peuvent ressentir cette obligation de silence comme une humiliation mais il s’agit en fait d’humilité. Comme le dit Maurice Maeterlinck : « Le silence est le trésor des humbles ». Pour l’apprenti, le silence est un chemin vers la Lumière, vers sa propre connaissance et vers le processus de déstructuration. Il faut une certaine sagesse et de la force ! Alors, on pourra contempler la beauté. Le silence maçonnique devient un « savoir se taire » plutôt que de « taire un savoir ».

Les surveillants ont pour habitude de dire : « le silence règne sur l’une et l’autre colonnes ». En Franc-Maçonnerie, il n’est pas rare de voir des personnes illustres qui ont été dans l’obligation de se taire durant leur période d’apprenti Maçon. Si la première expérience de l’apprenti est de savoir se taire, celle du compagnon est la prise de parole.

Cette force que l’apprenti va acquérir vient de sa prise de conscience individuelle de garder pour lui la somme de ses connaissances et de ne pas pouvoir les partager avec l’ensemble de ses Sœurs et Frères de la loge.

On pourrait se dire alors : où se trouve la liberté du Franc-Maçon, tout jeune initié, dans cet état de silence ?

Dans toute société initiatique ou d’apprentissage, il y a un moment pour écouter et apprendre et un moment pour s’exprimer.

Garder le silence n’est-il pas un autre moyen d’expression intérieure ?

L’apprenti écoute, analyse et fait la synthèse des réflexions qu’il entend et il doit se faire sa propre opinion. L’apprenti reçoit à la fois le rituel, mais aussi le débat qui suit en participant aux travaux dans un état de réceptivité. L’apprenti se plie à cette discipline et se forme à l’écoute, puis le désir et la curiosité de connaissances va le pousser à se poser les vraies questions et s’interroger sur l’existence et sa présence dans ce monde.

Le Franc-Maçon tend d’apporter une réponse à travers le rituel qui nous offre la possibilité de nous construire. Et c’est dans le silence que s’impose la réflexion avant la formulation d’une réponse ou d’une affirmation.

Au moment du serment, l’apprenti jure de garder le silence et ne s’exprime que pour l’acclamation. Il découvre un nouvel environnement, la loge, les règles de fonctionnement, la diversité des membres, le rituel et les travaux. Il prend, petit à petit, conscience de la nécessité de se taire, car le silence engendre la méditation, pour écouter, comprendre, absorber et se faire sa propre opinion.

Cependant, l’apprenti a d’autres moyens de communication par le signe, les mots et l’attouchement, il se fait reconnaître.

La PAROLE est la LUMIERE et la VIE

Il est venu le moment du passage d’un état à un autre, du silence à la parole, mais aussi de l’acquisition de connaissances plus vastes.

Rompre le silence devient un acte de force et de puissance : « ne dit rien si ta parole ne vaut pas mieux que le silence ».

La prise de parole n’est pas faite pour connaître l’autre, au contraire pour mieux se connaître. La première expérience du compagnon, face à la prise de parole, est difficile les premiers temps. Bien qu’il puisse avoir la liberté de parole, il lui faudra un temps d’adaptation pour discerner l’usage de la parole et qu’elle soit utilisée à bon escient.

Cet usage de la parole est bien spécifique, basé sur la réflexion symbolique et ésotérique. Pour faciliter le mécanisme de prise de parole, le compagnon devra passer par la création d’un morceau d’architecture qu’il pourra choisir ou qui sera imposer par le 1er Surveillant.

Le compagnon apprendra, au fil du temps, que la parole ne se prend pas, elle se demande. Elle lui sera accordée par le Vénérable. La finalité pour le compagnon est de pouvoir communiquer et d’être reconnu parmi les siens. Il faut éviter que le compagnon se sente isoler mais utile à lui et aux membres de la loge.

La confrontation des idées, des réflexions et des opinions éclora afin de dégager une synthèse, et la richesse de l’écoute et de son expression intérieure. Dans le respect de tous, demander la parole n’est pas favoriser la compétition entre les membres de la loge, certains sont plus performants et ont plus d’éloquence que d’autres dans leur discours. Là, nous devons apprendre l’humilité et à nous accepter comme nous sommes. Nous devons nous exprimer et nous faire violence pour apprendre à dominer nos craintes, nos doutes et nos peurs de paraître ridicule. Le plaisir viendra petit à petit car, à force de maîtrise de soi, nous nous rapprocherons de l’exercice de l’Art Royal.

Grâce à la fraternité des membres, le compagnon prendra conscience qu’il n’est ni dans l’adversité, ni dans la rivalité et surtout pas dans le jugement. Parfois, la parole intempestive est redoutable en loge, il appartient au Vénérable de réguler ceux qui s’écoutent parler et qui n’apportent rien à la construction de l’édifice. Nous, Maîtres confirmés, nous avons le devoir de rassurer nos jeunes compagnons pour qu’ils puissent se sentir en toute sérénité dans le temple, entourés de Sœurs et de Frères bienveillants pour leur faciliter leur prise de parole. Du silence respectueux de l’apprenti qui écoute et analyse pour apprendre, en passant au compagnon qui prend conscience de sa liberté de parole pour questionner, avant de devenir Maître et avoir la parole pour enseigner, il y aura du temps écoulé qui formera le Franc-Maçon assidu. Le passage du silence à la parole est la métamorphose pour atteindre le droit de recevoir et le devoir de transmettre.

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