De l’ouverture à la fermeture des Travaux

Comme vous le savez l’ouverture et la fermeture des Travaux constituent l’essentiel de nos rituels. Ainsi, quel chemin nous est-il proposé ?

Que se passe-t-il entre les deux ?

C’est la route du « Je » vers le « Nous », de l’ego vers le Soi. C’est le temps de notre nourriture, celui où, par la bouche, la parole de chacun nous pourrons nous remplir C’est la transmission de chacun. L’ouverture devient par extension la parole. Un philosophe grec, dont j’ai oublié le nom, a dit : « Le silence nous appartient, la parole appartient à nos ennemis. ». A mon sens, il se trompait.

Nous ne devons pas avoir peur de la transmission ! Bien au contraire ! Ces Travaux que nous ouvrons, cette Tenue que nous débutons, est une prise de risque. La Tradition s’effectue de bouche à bouche et non de bouche à oreille car la parole du Maître doit autoriser celle de l’Apprenti. La lettre-nombre Phé de valeur 80 signifie « la bouche qui rend les pensées » selon Fabre d’Olivet, mettant, ainsi, l’accent sur la libération et non l’enfermement proposé par ce philosophe. D’autant, ne l’oublions pas, dans ce Phé, il y a Hé, lettre-nombre inscrite dans notre Delta Rayonnant, le souffle divin, dont la parole du Maître doit être une parcelle.

C’est l’ouverture à l’humilité car il faut être humble pour accepter la transmission.

L’ouverture des Travaux nous propose une équité, une possibilité d’équilibre où chacun prend place, Sa Place. Elle nous offre la liberté, l’affranchissement, nécessaires pour nous mettre sur notre chemin de vérité.

C’est le Vénérable Maître, assisté des Premier et Second Surveillant, qui ouvre les Travaux. C’est le moment de création ou plutôt de recréation du monde par la mise en œuvre d’un rituel. C’est le moment où le Vénérable Maître propose la mise en ordre d’un chaos originel. Il nous dit de prendre place dès notre entrée en Loge.

L’ouverture des Travaux va sacraliser l’espace, le temps, le lieu. Elle nous fait pénétrer dans le monde vivant des symboles. C’est l’ouverture des Travaux qui permet de les mettre au jour. C’est le moment crucial qui va nous permettre de faire se rencontrer la matière et l’esprit, celui où les forces célestes et telluriques se rejoignent nous permettant de nous y abreuver. En effet, ce cheminement progressif, cette mise en place des symboles les uns après les autres, de manière ordonnée, met en harmonie les bios rythmes de chacun et de la Loge.

L’ouverture des Travaux est l’invite à la gloire du GADLU, à la conscientisation, car c’est bel et bien notre conscience qui crée la réalité. Cette nouvelle réalité qui se formalise à l’ouverture, se continue pendant la Tenue, nous emmène vers une conscience différente, elle nous transforme.

Ainsi, chaque Tenue nous met dans un processus d’évolution.

Cependant, ce n’est pas d’une banale ouverture de porte dont il s’agit, mais plutôt de celle, extraordinaire, des Travaux.

Alors, amusons nous un peu ! Si l’on cherche la définition du mot « ouverture » nous trouverons classiquement un trou. Mais, lorsque l’on parle d’une ouverture à quelque chose, il s’agit du : « Fait de rendre accessible, à quelqu’un ou à quelque chose, quelque chose qui ne l’était pas ; fait, pour quelque chose, de devenir accessible à quelqu’un ou à quelque chose. » Ainsi, l’ouverture va nous rendre accessible les Travaux. Mais de quoi parlons-nous ? La Loge ne ressemble pas à une prison où nous ferions des travaux forcés ! De quelle nature sont ces travaux, Et que veut dire le mot travail ?

Communément, si vous allez chercher l’étymologie du mot « travail », vous allez trouver que le terme vient du latin populaire « tripalium » venant lui-même d’un hypothétique verbe « tripaliare », signifiant torturer en parlant des animaux. Alors, il n’y a qu’un pas pour penser que le travail est synonyme de torture.

Peut-être parfois je vous l’accorde !

Trêve de plaisanterie, des linguistes éminents dont Emile Littré sont revenus de cette explication étrange ! Et le mot « travail » nous viendrait de mots hispaniques tels que « trabajo », « trabajar » qui expriment une « tension qui se dirige vers un but et qui rencontre une résistance ». C’est ce qui nous permet de passer de l’égoïsme à l’altérité.

N’est-ce pas là l’essence même de la Vie, la résistance qui nous permet de produire les formes variées de la manifestation comme nous le propose la dernière lettre-nombre Tav-400, mais plus humblement Beith-2 qui est la « grande force universelle de résistance à la vie », car c’est bien ce que nous construisons en Tenue : une grande force universelle.

Le mot travail est apparu au XIIe siècle et a eu le sens de celui de voyager.

Il est construit avec le préfixe « tra » comme le mot traverser. Ce préfixe exprime une notion de passage, une idée de mouvement dans un espace étroit : le val, la vallée. D’ailleurs, les hommes ont préféré s’installer dans les vallées où il est plus commode et agréable de vivre. Ainsi, lors de nos Tenues, nous sommes dans cette vallée nourricière que nous construisons pas à pas et améliorons sans cesse jusqu’à ce que nous l’ayons traversée.

Alors, nos Travaux deviennent notre nourriture, notre création, notre recréation dans notre chemin initiatique nous faisant traverser jusqu’à la fermeture de notre Tenue.

L’ouverture suscite l’éveil des consciences.

La fermeture viserait à annuler cet éveil, certainement pas !

Juste avant la fermeture, nous faisons la Chaîne d’Union qui nous rassemble dans le lieu, mais aussi dans l’espace et le temps.

C’est l’instant qui sacralise la mise en commun de nos pierres, passées, présentes et à venir. Ainsi, cette fermeture nous emporte vers une nouvelle ouverture.

Pourquoi me direz-vous ?

Il s’agit d’une fermeture et non d’une clôture, car si l’on clôturait les Travaux, on ne pourrait plus y revenir ! N’oublions pas que clôturer, clore, cloître ont la même racine. Le verbe « fermer » veut dire rendre fixe, arrêter, dans son sens propre. Alors, lorsque l’on ferme les Travaux, on les rend solides, fixes. On les grave dans notre mémoire personnelle et collective. On s’enrichit, on fait grandir notre Lumière, celle qui nous sert, à la manière du soleil, à rayonner. D’ailleurs, le Vénérable Maître à la fermeture des travaux nous dit : « Que la Lumière qui a éclairé nos travaux continue de briller en nous pour que nous achevions au dehors l’œuvre commencée dans la Loge, mais qu’elle ne reste pas exposée au regard des Profanes ».

Ainsi, la Sagesse, la Force et la Beauté se transforment, à l’extinction des feux en Joie, Amour et Concorde pour le monde du dehors.

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