Harmonie

Au sein même de la grande famille de la Franc-Maçonnerie, les avis divergent quant à la place de la Tradition et la manière de la transmettre. Le choix même d’une structure telle que le GOTM, non obédientielle, est bien la preuve que nous avons tous des façons différentes d’aborder la question de la Tradition Maçonnique. Et chaque loge au sein même du GOTM, est libre (et souveraine) de s’organiser selon ses propres règles, tant qu’elle se conforme à la charte commune qu’elle a librement acceptée et au Rite qu’elle a décidé de prendre comme support du travail de la Communauté Initiatique. Un certain nombre de valeurs et de règles ont d’ailleurs été mises en place par les membres fondateurs de la Loge, afin de donner un sens commun à cette structure, plaçant la Tradition au cœur même de notre démarche initiatique.

La loge, libre, n’est cependant pas libre de faire n’importe quoi.

Pour préserver la Tradition, il semble en effet indispensable de réfléchir à la manière dont nous la transmettons. Cette réflexion ne peut se faire sans un regard lucide et honnête sur nous-mêmes, notre travail, nos devoirs, notre loge et la manière dont nous perpétuons cet héritage.

Un questionnement permanent doit nous permettre d’évaluer ce qui relève de la Tradition Maçonnique, de la convention, du maniérisme ostentatoire ou juste de mauvaises habitudes prises au gré du temps.

Alors que nous transmet notre Tradition ? Et quels en sont les fondamentaux ?

La Tradition constitue une structure au parcours initiatique et nous offre, à travers des symboles, des règles et des rituels, une structure de réflexion permettant à chacun d’évoluer, personnellement, mais dans un cadre commun.

Ce « cadre commun » se caractérise notamment par certaines valeurs « humanistes », en partant du principe que chaque homme peut se perfectionner en développant son état de conscience. Alors, la Tradition serait une sorte de transformateur, de processus par lequel s’opère la transmutation, un Révélateur d’Humanité en l’Humain. Cette Tradition, « transmise de génération en génération, par la parole, (l’écrit), et par l’exemple » dépend aujourd’hui de nous. C’est l’héritage que nous avons accepté de protéger en prêtant serment, c’est devenu le devoir qui nous incombe : transmettre aux générations futures « par la parole ou par l’exemple » ! Notre responsabilité est grande et il appartient à chacun, en sa qualité de Franc-Maçon, de s’interroger sur sa place et son rôle en loge et de l’exemple qu’il transmet :

– LA TENUE

Si nous souhaitons éviter le « folklore maçonnique », il ne faut pas confondre « Tenue Traditionnelle » et « Tradition de la Tenue ». Si certains portent « habituellement » le costume et le col blanc, notre atelier quant à lui a adopté la blouse (bourgeron). Certes, nous n’excluons pas les autres tenues, mais il incombe à chaque maçon d’évaluer la justesse de cette dernière, pour parvenir à faire corps avec le tout. Ainsi est-il peut-être préférable par exemple de préférer des habits sobres et sombres, aux manches longues et d’éviter les signes (ou marques) profanes ?

– LA PRÉPARATION SUR LE PARVIS & L’ENTRÉE EN LOGE

Si la loge n’est pas encore sacralisée et que les travaux ne sont pas encore ouverts, elle ne reste pas moins un « foyer de concentration ». La manière dont nous nous préparons et dont nous entrons en loge, notre attitude (c’est à dire la manière dont nous nous tenons, notre posture physique mais aussi psychique), participent déjà au rassemblement.

Le temps calme sur le parvis y est propice, mais est-il suffisant ? Nous devons tous, chacun à notre niveau, pour le bien-être de la loge d’une part, et pour le nôtre en particulier, travailler sur notre détachement au monde profane et à l’abandon de nos métaux, que ce soit par notre gestion du temps (pour ne pas courir), de nos téléphones, ou tout autre chose. D’ailleurs, une partie de nos affaires (vestes, casques, etc…) pourraient également rester sur les portiques prévus à cet effet à l’extérieur de la loge ?

– LE RITUEL

D’une manière générale, afin de pratiquer au mieux le rituel et respecter les différentes règles qui dirigent notre loge, il me parait utile de s’interroger sur le « pourquoi », qui ouvre nécessairement la réflexion au « comment » : si je m’interroge au « pourquoi » je rentre en loge, « pourquoi » je fais le pas d’apprenti, « pourquoi » je me mets à l’ordre, « pourquoi » les Règles sont lues à chaque ouverture des travaux, « pourquoi » je participe au tronc de bienfaisance, … alors vient nécessairement la question du « comment » je le fais.

Car, en effet, il est aisé de répéter le rituel telle une rengaine, avec habitude, et pourtant l’habitude n’est-ce pas précisément ce qui nous éloigne de l’état de conscience ? Quand on fait les choses par habitude finalement ne dit-on pas que nous les faisons « sans réfléchir » ! L’état de pleine conscience que nous cherchons à atteindre, ne commence-t’il pas là ?

– LE TRAVAIL

Nous sommes une loge de recherche ésotérique : nos travaux portent sur la symbolique à laquelle nous consacrons, d’ailleurs, bien plus que cinq minutes. Bien entendu, nous avons tous notre façon de travailler et s’il est nécessaire pour certain de rédiger pour prendre la parole, il n’en est pas de même pour tous. L’important est le temps que nous consacrons à la préparation et au travail : notre loge étant plutôt petite, les interventions des uns et des autres pourraient vite devenir « prévisibles ». Si nous voulons avancer dans notre recherche, et sortir des sentiers battus, afin de partager un travail commun de qualité, il est plus que nécessaire de s’interroger en amont. Car un mot, une définition, une référence, une idée, peuvent ouvrir le débat de manière exponentielle. Et c’est ce plaisir de la recherche que nous aurons bonheur à partager ! Les travaux, recherches et morceaux d’architecture sont d’ailleurs les « trésors de la loge » comme le précise l’article 10 de la Règle Unique (du GOTM), alors faisons en sorte que notre atelier en soit riche.

Ce travail est nécessaire par tous, y compris nos apprentis qui n’ont pas la parole. Car la recherche soulèvera des questions, et ces questions pourront être débattues après la tenue durant les agapes.

– LES AGAPES

Nous les minimisons et pourtant elles font, elles aussi, partie de notre Tradition, car elles sont un moment de partage et d’échange fraternel sans restriction pour les apprentis. Alors certes, nous pouvons y parler de la pluie et du beau temps, comme d’autres y parlent affaires, mais comme ce serait regrettable et décevant… Alors que, dans l’enthousiasme du partage et la ferveur de la recherche, nous pouvons prolonger nos échanges, plus librement, en dehors de la loge. Bien entendu, cela n’est possible que s’il y a une envie : une envie de donner (d’une part) et une envie de recevoir (d’autre part) … J’ai conscience que de nombreuses causes peuvent motiver le renoncement à ce moment fraternel (problème de santé, de régime, de fatigue, de moyens, de nounou…). Il ne faut pas oublier de surcroît que la plupart de nos maîtres participent chaque mois à plusieurs tenues dans plusieurs loges. Mais grâce à l’avidité de nos jeunes cherchants et notre envie de partage, je suis certaine que nous trouverons ensemble (et avec notre frère servant) une solution pour rendre à nouveau ces instants possibles et agréables.

Ces fondamentaux, bien que « traditionnels », sont-ils voués à être immuables malgré les époques et les générations ? Quelle place la Tradition laisse-t’elle au changement ?

Un certain nombre de règles « encadrent la vie du maçon » et nous structurent. Mais une réflexion collective sur des orientations nouvelles que la Loge souhaiterait prendre n’est jamais à exclure. Après tout, les générations changent avec les hommes, et une certaine adaptabilité semble de mise à toute époque. Les maçons d’hier sont-ils les maçons de demain ?

Mais en remettant en question nos fondamentaux, ne risquons-nous pas d’altérer notre Tradition ? Celle-ci ne doit-elle pas rester un repère fixe dans ce monde en mouvement ?

La modernité peut-elle se passer de son héritage traditionnel ? Quel avenir avons-nous si nous oublions notre passé ?

La réflexion que j’ouvre n’est évidemment ni exhaustive, ni exclusive : elle doit être ouverte et participative, afin que nous partagions ensemble nos idées pour construire notre projet commun, afin de prolonger et faire grandir ce que nos membres fondateurs ont fait naître.

Ils ont choisi pour nom « Harmonie ». Dans de nombreuses traditions, le nom définit « une relation entre une chose et sa qualité essentielle ou sa fonction », « il est considéré comme une définition de la nature essentielle » car il crée un « rapport analogique du visible et de l’invisible et enseigne l’abstrait par le concret ». Le nom choisi pour une loge est tout aussi symbolique, ésotérique et initiatique, car il atteste, à un moment t, d’une volonté commune et d’un consensus autour d’un projet commun. Le nôtre en dit long, et si nous nous référons au Littré, « l’harmonie » est :

– L’Agencement entre les parties d’un tout de manière qu’elles concourent à une même fin.

– De la racine grecque « harmoste » c’est un « assemblage ».

– « Ce qui s’accorde, concorde », par prolongement « ce qui va bien ensemble » et, par cela même, paraît « agréable ».

Le Littré nous précise que « l’on peut considérer l’harmonie comme le fait pour tous les éléments d’un tout, d’être à la place qui leur est destinée, de telle sorte que le tout est meilleur que la somme des parties » : l’harmonie ainsi sublime chaque élément par le tout.

Dans son principe même, notre loge accepte la diversité et la multiplicité car « l’Unité est Harmonie et l’Harmonie n’existe nécessairement qu’entre deux termes ». L’autre dans sa diversité et sa propre singularité est donc essentiel au processus et ce chemin, bien qu’individuel et personnel, est également collectif et commun, car nous trouvons en loge cette diversité « d’autres (cherchants) comme nous mais différents ». « Harmonisation » ne veut donc pas dire « Uniformisation » et notre structure n’exige pas l’abandon de notre singularité, elle ne nous demande pas de nous « conformer », mais de nous « former ensemble », de « prendre forme ensemble », de nous « UNIR ».

Nous unir dans un projet commun, dans une envie commune d’un mieux.

La loge, en Harmonie, trouve ainsi son point de justesse et d’équilibre dans l’ordonnancement (mise en ordre) de chacune de ses parties bien formées.

Alors soyons éveillés, ne restons pas sur nos acquis et n’oublions pas que le franc-maçon est un bâtisseur : ses outils en sont les témoins, et ses piliers (Sagesse, Force et Beauté) le soutiennent pour réaliser son chef d’œuvre.

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