Genèse ?

Inspiré par un récit de Claude NURIDSANY et Marie PERENNOU

Un jour, lors d’un de ses voyages en Afrique Occidentale, un cherchant rencontra un Griot malinké (communicateur universel de Guinée), assis devant sa caverne.

Le griot lui prit les mains, les scruta, le dévisagea puis lui dit :

Le Griot :

Toubab (blanc), tu es à la recherche d’une chose impossible, tu perds ton temps, et tu n’en as pas beaucoup. Tu recherches une relation avec le Créateur comme de trop nombreux hommes se perdent à établir un rapport avec leur dieu, au lieu de se consacrer à comprendre et à respecter la Création et ses frères, tous les hommes. 

Le Voyageur :

Etonné, mais subjugué, le voyageur se surpris à poser la question qui le turlupinait depuis longtemps : « Qu’est-ce donc, pour vous Monsieur Kouyaté, la Création ? »

Alors, Kouyaté sourit et se mit à conter une histoire, l’histoire de la Genèse et un dialogue s’engagea :

Le Griot :

Toutes les histoires ont un commencement.

Comme toi, comme tous, j’ai perdu à jamais le souvenir de ma naissance, si ce n’est le jour où ma mère m’a mis au monde ou bien la nuit où mes parents se sont aimés.

Et avant cet instant, où était ce qui allait, un jour, se réunir pour devenir moi ?

Elle était dispersée cette galaxie de milliards de milliards de milliards d’atomes qui allait devenir moi.

Quelle plante, quel caillou, quel animal, quel visage ont émigré pour se retrouver en moi ?

Et avant même que la vie apparaisse, avant même que la terre se forme à partir de poussières d’étoiles, où était ce morceau du puzzle ?

Y avait-il, déjà, quelque chose qui allait devenir moi à l’origine des origines quand l’univers est, soudain, sorti du vide ?

Mon histoire se confond avec l’histoire de l’univers.

Au commencement des commencements, à l’origine des origines, il n’y avait rien !

Je ne peux dire : en ce temps-là, car le temps n’existait pas.

Je ne peux dire : dans ce pays-là, car l’espace n’existait pas.

Rien que néant, sombre comme une nuit noire, une nuit sans lune, néant plus silencieux qu’une tombe, plus vide que le fond du désert.

Soudain, ce vide accouche d’un minuscule œuf d’énergies et de matières.

C’est la naissance de l’espace et du temps.

Le voyageur :

Pourtant, ce bébé univers se dilate à toute vitesse, enfle comme une gigantesque citrouille.

Le Griot :

Oui, d’abord, la pâte de l’univers est lisse et uniforme, puis apparaissent les premiers grumeaux, de simples nuages de gaz qui deviennent des galaxies.

Dans ces galaxies, naissent les étoiles, chaudrons ardents où naissent tous les atomes dont notre monde est fait.

Ces minuscules grains de matière se disséminent comme poussière au vent et ensemencent l’espace.

Les atomes qui feront les nuages, les montagnes, les lions, les papillons, les tiges, les fleurs et nous-mêmes et plus de chose que ma bouche peut dire.

Le voyageur :

Je comprends, mais la Terre, comment s’est-elle formée ?

Le Griot :

Dans un coin de l’univers, comme un nuage de lait dans le noir du vide, se forme la voie lactée, une pépinière de 100 milliards d’étoiles.

C’est dans cette lointaine banlieue de cette galaxie que naît la planète Terre.

Elle grandit en grappillant des miettes laissées par une étoile toute neuve, le Soleil.

La jeune Terre est brûlante comme un plat que l’on vient de sortir du four.

A ces débuts, la Terre n’est pas de la terre, il n’y a que le feu.

C’est la planète-feu !

Maintenant, les roches en fusion se sont refroidies et la vapeur du ciel se déverse en déluges sur la Terre créant des mers. Une pluie continue tombe sur la Terre pendant des milliers d’années et la planète devient la planète-eau !

L’eau de ces déluges qui a rempli tous les océans et fait couler les fleuves sur la terre encore fumante n’est pas un corps comme les autres. C’est un chaos sans forme, capable de toutes les formes. C’est le lien universel, la source qui permet tous les mélanges, qui favorise toutes les combinaisons.

Grâce à cet élixir, la matière est devenue aventureuse.

Dans de petits creusets chauffés par le soleil, gorgés d’eau et de sel, se forme une sorte de soupe, la soupe de nos origines.

La matière essaie une nouvelle façon d’être qui résiste au pouvoir dévastateur du temps.

De minuscules bulles, fermées et repliées sur elles-mêmes inventent le dedans et le dehors comme autant de mondes clos, plus petits que des grains de sable.

Ce sont les premiers enfants de la Vie.

Le voyageur :

La forme est donc la vie ?

Le Griot :

Non ! Si tu laisses tomber une goutte de lait dans l’eau, tu verras apparaître en un instant des formes régulières qui semblent vivantes, mais ce n’est pas la Vie !

La forme se dissipe progressivement et c’est le chaos qui l’emporte.

La fumée sait créer des formes qui s’effacent aussi vite qu’elles sont nées.

La Vie est une forme qui perdure, qui demeure, une forme qui lutte contre le temps, une forme qui dure en dépit de la loi universelle qui pousse toute chose organisée vers le désordre.

Le chaos, plus étrange encore, est une forme qui reste semblable à elle-même alors que la matière dont elle est faite se renouvelle sans cesse.

Ma bouche, ma langue, mes lèvres qui te parlent, ont changé continuellement de cellules depuis que je vie.

Chaque heure du jour, des milliards d’entre elles meurent et sont remplacés dans mon corps. Pourtant, je suis toujours moi-même comme le fleuve reste le fleuve alors qu’en permanence une nouvelle eau coule dans son lit.

Le voyageur :

Ainsi, nous ne serions pas des êtres de matière, nous serions des formes irriguées, des rivières vivantes qui tracent leurs cours sinueux dans l’étendue du temps.

Le Griot :

La Vie est un tourbillon qui entretient son propre mouvement, encore et encore !

La Vie avait tout l’océan pour elle, et pendant trois milliards d’années, elle s’en contenta. Mais, pour le mouton, l’herbe semble toujours plus verte au-delà de la clôture.

Au-delà des rivages, s’étendait le monde vierge des terres immergées. Alors, peut-être par nécessité ou par curiosité

Le voyageur :

En Occident, nous apprenons que la curiosité est le moteur de notre dépassement.

Le Griot :

Ainsi, le poisson « rampeur » est devenu batracien nageur et plongeur !

Le voyageur :

Il nous reste, d’ailleurs, pour s’en persuader, le protoptore gabonais qui possède en même temps des branchies et des poumons.

Le Griot :

C’est ainsi que les poissons ont pris goût au paradis terrestre et que naquirent les animaux à pattes.

Alors, la Terre se couvrit de créatures et de millions de griffes, d’ongles, de sabots foulèrent les sols des continents.

Dans l’eau, on danse avec légèreté dans un fluide qui nous enveloppe et nous porte.

S’aventurer sur la terre ferme, c’est changer de planète.

Fini de danser, il faut marcher et la pesanteur est cruelle.

Le corps devient lourd à porter, très lourd.

C’est la patte avec sa charpente d’os qui soutient le corps comme un pilier vivant.

Alors, l’homme arriva…

Le Griot malinké se tût et regarda le voyageur dans les yeux comme s’il cherchait un infime lumière au fond de son être.

Le voyageur :

Ma culture m’a appris le : Premièrement, en principe

Ah oui, mon histoire ne débute pas par « Au commencement… ».

En effet, dans le texte de référence, le Livre dit de Moyse, il n’y a aucun commencement ni aucune fin d’ailleurs, il y a le continuel, le permanent, l’éternel… Chaque manifestation dans la création contient ce principe de l’Eternel Moment Présent.

Le Griot :

Alors, votre Adam naît « en ombre-nôtre ».

Adam n’est pas l’Homme ni le premier homme, il est l’homme universel, le genre humain. Il n’est pas à l’image des dieux, mais il est son ombre.

Le voyageur :

Il est écrit exactement : « ils règneront dans les poissons des mers (notez le pluriel du « ils »), et dans les oiseaux des cieux, et dans le genre quadrupède, et dans toute l’animalité terrestre, et dans toute mouvante vie se mouvant sur la terre ».

Vous avez remarqué le « dans », ce n’est pas le « sur ».

Le Griot :

Ce n’est pas un règne de domination, d’écrasement, d’exploitation qui commence.

Il est simplement affirmé que le règne humain est distinct (c’est lui que l’on appelle Adam). Ainsi, il est affirmé clairement que Adam possède une vocation cosmique, c’est un être nouveau.

Mais, votre « créateur » est facétieux.

Il crée Adam (Gen 1, 27) mâle et femelle !

Le voyageur :

J’ai compris que la mission de l’hominal est de régner c’est-à-dire respecter les autres éléments constitutifs de la Nature et permettre le développement harmonieux des espèces. Ce n’est pas le pillage de la Nature !

Le Griot :

Votre Adam est créé, il est en contact avec le prodigieux mouvement de l’Univers, il s’intègre parfaitement à celui-ci et en qui toutes les possibilités sont latentes.

Le corps humain peut devenir un centre de radiation de l’énergie cosmique. Adam peut devenir le réceptacle de la plus grande intensité de vie possible sur cette planète. Oui, Adam le peut, s’il le veut !

Le voyageur :

Je suis, depuis quelques années, persuadé que le comment et le pourquoi ne sont pas les domaines du Créateur. Le créateur a donné la Vie, Adam doit faire le reste, nous devons faire le reste. À nous de le comprendre ! Si nous le voulons !

Le Griot :

Si j’ai bien compris votre mythe de la création, votre Adam est donc créé « pour travailler la substance adamique ».

Curieuse proposition, faut-il comprendre par cette expression étonnante l’élément homogène, similaire à Adam c’est-à-dire lui-même ?

Le voyageur :

Je le pense. Si Adam doit respecter la Nature et tous les éléments qui la composent (animaux, minéraux et végétaux), il a la mission de travailler sur lui-même, de se transformer.

Je suis certain que, malgré les religions et les écoles philosophiques, que l’Homme n’a pas compris ou n’a pas voulu comprendre ce message, pourtant essentiel.

Nous sommes sur cette terre pour nous améliorer, rien de plus !

En se transformant, Adam sent qu’il possède cette charge exceptionnelle : amener la Création jusqu’à son dernier développement !

Le Griot :

Cette idée me paraît essentielle car elle fait de l’homme le partenaire du créateur, son associé ! Ainsi, l’homme construit son autonomie.

Il élargit le champ de ce qui est possible et invente, face à une situation connue, un comportement inédit, face à des questions répétées de génération en génération, des réponses nouvelles. Il joue le rôle que lui a assigné l’Eternel : celui de partenaire !

Le voyageur :

Oui, je le crois également, contrairement à certaines croyances qui accablent l’Homme. Et puis, si la terre était maudite, pourquoi dieu ne le serait-il pas ?

En fait, Adam doit être « éjecter » de l’Eden pour naître.

Refuser cet accouchement c’est refuser la vie ! La vie ne peut mettre un obstacle à la vie. Nous naissons dans le combat et nous vivons dans le combat contre tous les murs de Berlin qui cloisonnent nos têtes.

Alors et alors seulement, Hève, le premier archétype peut venir. C’est elle qui va accompagner l’Homme dans son aventure terrestre, mais c’est une autre histoire…

Elle représente le symbole de la femme accomplie, elle sera en femme ce que sera en homme Yeshouha.

Kouyaté qui, visiblement, était joyeux, conclut cette rencontre d’un nouveau type en disant :

Le Griot :

« Tu as compris qu’Être vivant, c’est tisser une histoire entre un début dont on ne se souvient plus et une fin dont on ne connaît rien ».

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