Espace Sacré

« Chaque chose est à sa place mais rien n’est en ordre ».

 

Dans la Loge, dans le Temple, l’homme reçoit trois formations, trois enseignements : le travail de la Pierre, la sculpture et l’architecture. Aujourd’hui, dans le monde profane les trois métiers sont séparés. En dehors de cette triple formation, le second aspect de notre travail, essentiel pour bien comprendre notre mentalité profonde, réside en l’orientation esthétique de l’ouvrage : faire beau, voilà le but !

Troisième caractéristique de notre travail : le sacré.

La sacralisation du travail conduit à une élévation spirituelle dont le cherchant ressort transformé.

Je vous invite, mes Sœurs et mes Frères, à marcher quelques minutes, avec moi, sur ce chemin qui m’a permis un jour d’aller du vestibule à l’Orient et de l’Orient au vestibule. Ne restons pas trop longtemps dans le vestibule. Il devrait simplement nous permettre de penser que nous allons passer dans un lieu sacré.

Et pourtant… le vestibule est un lieu de dé-conditionnement à l’entrée, un lieu de prise de conscience de ce qui reste à apprendre, à comprendre et à faire, dans le monde profane, quand nous sortons de l’Espace Sacré.

Et pourtant, que n’entendons-nous pas dans le vestibule désacralisé en quelque sorte par les profanes en tablier. Oh ! Je sais : la perfection n’est pas de ce monde, je sais que nous ne respectons pas toujours à la lettre ni le rituel, ni la gestuelle, mais l’esprit est présent à chacune de nos rencontres de travail, à chacune de nos tentatives de compréhension. Et c’est cela l’essentiel, n’est-il pas ?

Allons, entrons dans ce temple et n’oublions pas qu’il est nécessaire, obligatoire même de passer de l’Orient à l’Occident et non pas le contraire comme on le croit trop souvent.

Si nous ne sommes qu’une partie du Temple, nous ne pouvons devenir le Temple entier que si nous passons intérieurement par les symboles et les appartements du Temple que la voie initiatique nous a légués.

Alors, explorer les parties du Temple, c’est véritablement prendre possession de son devoir, de son but, du sens de la Vie.

L’Orient de notre Temple est le lieu par excellence.

L’Orient de notre Temple est le siège du Nom.

L’Orient de notre Temple est fortement éclairé. Il est là pour que le Maître en Chaire ne perde pas de vue la méthode qui lui a été enseignée, pour lui rappeler que tout doit procéder par son analyse pour arriver à la synthèse des travaux de l’ensemble des Sœurs et des Frères, que seule cette méthode permet de dissiper les nuages de l’ignorance, du fanatisme et de l’erreur.

L’Orient de notre Temple est simplement le lieu de la parole, mais la création est ailleurs.

Le Carré Long qui comprend les colonnes (avec un « c » minuscule) se compose de nous toutes et tous. Si le Maître en Chaire possède le Plan de la Loge c’est-à-dire le Plan du Travail en commun, c’est nous qui travaillons dans le Carré Long, c’est nous qui possédons les clefs de la Construction, de la Création.

A chacun de nous, individuellement, d’en prendre conscience et d’avoir toute la conscience de son devoir. Il faut acquérir ses clefs, par l’effort, le don de soi et non par envie, par vanité, ou besoin de paraître.

Ainsi, le Maçon travaille sur des domaines qui ne sont pas déjà définis, sa création s’effectue dans le monde de ce qui reste à construire, et le champ est vaste. Le travail dans cet espace sacré consiste à ordonner le chaos, à construire un cosmos.

Comprendre ce sens, c’est l’impliquer soi-même, d’une façon ou d’une autre, dans son propre mode d’être, c’est donner le sens même de la vie et ceci s’effectue toujours au présent.

C’est ici et maintenant qu’il nous faut construire, dans le Carré Long, pour le Carré Long et aussi pour l’Univers tout entier.

Nous n’avons pas encore réussi ! C’est la preuve flagrante que notre travail n’est pas encore terminé. Mais, je suis certain que nous pouvons réussir si nous prenons conscience de nos possibilités et si nous décidons, sans arrière-pensée, de constituer une véritable communauté initiatique souveraine.

A mon sens, le parcours se fait de l’extérieur vers l’intérieur et non l’inverse… l’extériorisation nous précipite dans le mondain et prévient de la destruction du temple à l’image des égyptiens dont les parvis des temples sont de plus en plus vastes pour recevoir de plus en plus de « croyants » et corollairement de plus en plus d’offrandes jusqu’à ce que trop repu et trop perverti, plus personne ne sera capable de se défendre devant les invasions grecques puis turques… le temple fut détruit, l’initiation antique disparut.

En grec, le verbe « Sumbalein » signifie « mettre ensemble » ; ce qui est divisé cherche à retrouver sa moitié afin de recouvrer sa totalité… devenir UN consiste à abolir les contraires et donc aller au delà des antinomies dont parle Kant. Voilà peut-être l’un des objectifs de l’initiation, mais passer du psychisme au pneumatique (de l’âme à l’esprit) implique le détachement de la dimension mondaine… et, surtout, un détachement sans indifférence.

L’initiation semble toujours un processus destiné à réaliser psychologiquement, peut être même « psychanalytiquement » le passage d’un état à un autre, l’un des états étant réputé supérieur à l’autre.

Il s’agit bien d’un changement ontologique et lors même que notre homme extérieur se détruit, notre homme intérieur se renouvelle de jour en jour.

Le temple maçonnique a pour vocation de « reconstruire » un espace sacré, autrement dit retranché et coupé de l’étendue commune, pour que l’homme puisse se reconstruire, à tout moment, chaque fois que cela sera nécessaire.

Le temple maçonnique n’a pas réellement besoin d’une existence fixe, il suffira aux membres de la Loge, en dessinant le tableau de la Loge ou en déroulant le tapis de Loge, de recréer cet espace sacré en respectant les dimensions et les temps symboliques. En maçonnerie, à la différence de certains lieux de cultes, le temple n’est sacré que par les sœurs et les frères, quand ils travaillent.

Toutefois, l’organisation de cet espace, sa construction relèvent d’un point de vue traditionnel, de règles transcendantales qu’il faut reproduire sur le plan humain. En ce sens, l’œuvre architecturale est une création dans la création et c’est aussi pour cela que l’ouverture rituelle de la loge est un rappel de la cosmogénèse. Ainsi, le rapport entre la maçonnerie, l’Alchimie et la Tradition hébraïque doit être qualifié de fort pour ne pas dire essentiel. En effet, il s’agit, pour travailler par et pour notre Temple intérieur de capter, ordonner et diffuser les énergies, les entités, les égrégores, … qui sont et seront toujours présents dans notre Univers où « l’Ordre et le Chao » combattent pour notre bonheur.

Oui, notre temple sert à mémoriser et à transmettre.

L’intrusion de l’individualisme dans le contexte maçonnique a largement contribué à la corruption de l’idée de construction, suivant une double modalité. Il est question, d’une part, de construire le trop fameux « temple intérieur » qui, bien souvent, n’est que l’expression des ambitions « spirituelles » du bourgeois-gentilhomme nouvelle manière et, d’autre part, de construire un monde meilleur, utopie sociale naïve donnant l’impression d’être utile sinon indispensable à l’avenir du monde.

La maçonnerie a à remplir une fonction particulière sur différents plans, dans la préparation de l’avènement du Temple-Monde.

Notre temple est un temple rare : plus important que la symbolique, que l’organisation des espaces, des décors, que les rappels, les continuités avec des monuments existants, ce qui compte le plus, c’est que ce temple est un temple peuplé : il est rempli d’êtres vivants, avec qui il est possible de parler, d’échanger, de partager, de s’instruire … de s’initier.

La sacralisation de l’espace consiste à ordonner le chaos, à construire un cosmos.

Comprendre un sens, c’est l’impliquer à soi-même, d’une façon ou d’une autre, dans son propre mode d’être ; l’interprétation des symboles n’est pas une activité purement intellectuelle, elle concerne le sens même de la vie.

Si un temple égyptien est d’abord consacré à un principe de vie et, ainsi, il devient un élément d’une bibliothèque résumant d’une façon exhaustive tout ce l’on peut savoir sur le sujet et intégré à la connaissance globale, le Temple Maçonnique, lui, est consacré à l’Homme qui cherche, à celui qui n’arrête pas de se remettre en question.

Mon Maître me disait souvent : « Apprends comment sont verrouillées les portes par le secret de la Nature, sinon tu n’atteindras jamais le but. Toute l’œuvre de création est en l’homme ; mets l’homme à sa place dans le Temple. Il est né et il mourra : entre ces extrêmes, il vit ! Sans symbolique il n’est pas d’architecture, mais seulement une technique du bâtiment. »

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