Unidualité

Nous ne sommes pas des « hémiplégiques de l’initiation ».

Nous sommes en correspondance avec les symboles et la Tradition, pour être plus forts afin de travailler à un nouveau rapport avec l’autre, tous les autres.

Tout homme qui cherche la Vérité, dans sa quête, se trouve confronté aux trois questions très classiques certes (Qui suis-je ? Où vais-je ? D’où vins-je ?), mais non moins essentielles et qui sont pour lui un « garde fou » et un jalon fondamental. Il est bien évident que ces trois questions n’apportent pas une réponse satisfaisante et définitive et qu’en fait, ces questions se posent perpétuellement au cherchant.

Là se situe le véritable « connais-toi toi-même » des Anciens et de l’adepte franc-maçon.

L’adhérent, lui, trouve dans le concept de république et de laïcité la sécurisation de son ego souvent trop fort et trop développé. Celui qui se pose ces trois questions est celui qui tend vers « autre chose ». Il pressent qu’il existe un autre état possible qui le met dans une très inconfortable position. Chaque homme qui est en recherche tend à s’unir à un complément imparfaitement défini, mais susceptible de lui amener un « plus » qui devra être digéré, assimilé et surtout intégré. C’est le propre de la Tradition que d’amener l’homme vers cette Unité.

Or, l’Unité est harmonie et l’harmonie n’existe nécessairement qu’entre deux termes. Ainsi, l’UNITE est la dualité intégrée dans une perspective supérieure qui fait comprendre que le bien et le mal font partie, inévitablement, de nous-mêmes et en même temps d’un tout nécessaire. C’est aussi la réintégration, par pallier, dans un principe universel de vie que les Egyptiens anciens appelaient le Neter des Neters et que nous, les Modernes, nommons symboliquement Hhiram, Grand Architecte de l’Univers, Verbe ou Dieu, selon le choix de ses convictions intimes. C’est cette quête de soi-même et pourtant de l’autre que nous allons, ensemble, tenter de comprendre. Il est évident que de nombreux sœurs et frères cherchent depuis longtemps ce chemin de la sincérité avec soi et avec les autres et que certains l’ont trouvé. Les tentatives continueront après cette modeste réflexion, je le sais. L’important est qu’il puisse ouvrir la voie de notre commune recherche.

Nous le savons tous, la franc-maçonnerie ne dispense aucun enseignement qu’il suffirait d’absorber par voie buccale – ou par d’autre voie (sic). Si certaines voies sont considérées comme impénétrables, nombreux, pourtant, sont les maçons qui tendent leur arrière-train aux endormissements obédientiels : « dors, mon Frère, dors, je m’occupe de tout et surtout n’oublie pas ta cotisation… » -.

Heureusement, la Franc-maçonnerie exige la participation vivante et consciente de l’adepte qui expérimente par lui-même les multiples formes du monde quotidien.

Quand il est question d’uni-dualité, le support théorique met en jeu deux domaines qui fonctionnent chez chaque individu considéré comme un système vivant plongé dans un environnement avec lequel il entretient des échanges.

Il s’agit du travail de l’intérieur vers l’extérieur de notre être.

II me semble que, dans toute recherche où il est, inévitablement, plus ou moins question de soi, le travail de l’homme qui réfléchit consiste à construire la connaissance de son identité par l’expérience de la réalité. C’est parce que nous avons une véritable expérience de la réalité, une expérience de l’intérieur de nous-mêmes, que cette connaissance nous amène à connaître un univers insaisissable autrement. L’origine de la source est déjà en nous, elle fait partie de notre nature humaine, c’est ce que nous apprend la perpendiculaire. Cette connaissance s’organise en mobilisant la complexité du potentiel à communiquer et elle se développe, quasi concomitamment, à l’aide de la découverte de l’autre (le niveau).

Pour cela, il faut une tension.

Cette tension entre deux mondes n’est possible qu’à la jonction des identités de chacun des mondes et cette jonction ne peut se produire qu’à l’intérieur de notre être pour qu’il en prenne concrètement conscience. C’est la conscience profonde de soi qui sert de médiation à une autre conscience, celle de l’essence de l’Etre, celle de l’essence de soi. La médiation s’opère de conscience à conscience, de l’expérience d’une réalité relative à l’expérience d’une réalité autonome, du passage de la vie émiettée au passage à la vie unifiée. Il s’agit en fait de parvenir à articuler, à mettre en correspondance, en harmonie les deux aspects de l’identité.

Le premier aspect permet au cherchant de s’exprimer en tant que sujet. C’est ce qui correspond à l’aspect de son tréfonds : le « je suis moi-même » ou le célèbre « je suis ce que je suis ».

Le second aspect tend à éviter tout enfermement sur soi, sur une sorte d’isolement quasi mystique de celui qui se coupe du monde. Le sujet s’apprécie, alors, par rapport à autrui. Ici, le cherchant se demande en quoi il est le même (ou différent) des autres ou de lui. C’est le célèbre « je suis le même et pourtant différent ».

Il ne se réfère instantanément plus à lui. Ici, il se compare aux autres ou à une autre image de lui qui fonctionne de la même manière. C’est l’écorce de son moi.

Quand l’identité du sujet n’est plus seulement explicative, mais plus vécue, ressentie et aussi en partie plus raisonnée voire raisonnable, elle peut se penser aussi sans complexe et le cherchant devient cohérent et surtout réellement unique. Sa cohésion repose sur sa façon originale, personnelle, d’associer les deux aspects qu’il porte en lui.

Les processus d’extériorisation, individuelle, bien entendu, concernent les rapports que l’individu entretient avec son environnement. En apportant des informations à cet environnement, il le modifie par assimilation. En sens inverse, quand l’être reçoit de son environnement par accommodation, il devient apte à évaluer ses échanges avec ce monde extérieur, matériel et vivant en général et humain en particulier.

Mais, ce premier domaine d’échanges et de références ne peut fonctionner que si, en même temps, l’individu peut s’évaluer par rapport à lui-même. Autrement dit, l‘homme ne construit son temple intérieur qu’en construisant en même temps son temple extérieur.

Le travail sur soi-même crée problème.

En effet, nous ne savons pas trop comment le mettre en évidence chez autrui alors qu’il est ressenti par chacun de nous dans tous les instants de notre propre vie, enfin, souvent en apparence.

Cette difficulté d’approche semble d’autant plus pertinente que nous pouvons faire l’hypothèse très forte que notre autonomie, c’est-à-dire ce qui nous fait nous gouverner, tient aux deux facteurs qui constituent notre être, l’écorce et le tréfonds, agissant l’un par rapport à l’autre, et l’un sur l’autre par interactions. Sans avoir un regard sur le monde, aucun homme ne saurait en connaître l’existence et, par-là même, son existence et le sens de sa vie. Mais, aussi, sans se référer à lui-même pour exister et se connaître un peu, il ne saurait pas disposer de repères grâce auxquels le monde peut exister pour lui comme pour chacun d’entre nous, homme connaissant et voulant. Oh, il est évident que c’est un effort difficile, un effort qui n’est pas possible à tous, un effort qui nécessite beaucoup de temps et beaucoup de volonté. Pourtant la naissance et le développement de l’Etre ne peuvent se réaliser que dans l’union nécessaire avec la source de toute vie. Avouons que la symbolique maçonnique nous aide bien sur ce chemin ardu.

Le sacrifice de la vie égoïste est indispensable pour alimenter, par fusion, l’Etre. Mais, sans une acceptation qui accompagne le sacrifice, il ne peut y avoir rachat, et si, en plus, le sacrifice est accompli sous l’emprise de la vengeance aveuglante, alors, dans le gémissement de l’ego blessé, une partie de celui-ci finit dans l’obscurité des profondeurs abyssales de notre médiocrité naturelle. La mission qui est accomplie n’a pas réellement atteint son but et pourtant, toute la démarche initiatique nous y invite.

La franc-maçonnerie constitue bien un terrain propice à la reconnaissance de la complexité de notre existence. C’est bien là la raison de l’existence de nombreux grades ou degrés. Il nous en faut beaucoup pour nous comprendre !

Pour cela, il importe de ne pas négliger ce qu’est cette écorce et ce tréfonds. Un des indicateurs de cette complexité, en maçonnerie, réside dans le sentiment intime mais objectif, de flou que chacun éprouve quand il cherche à se définir.

Plus l’individu se regarde intérieurement, plus il a l’impression de se saisir, et plus, conjointement, il a l’impression que se creuse en lui comme un manque, un vide. Inversement, s’il cherche à se fixer sur ce manque, sur cette vacuité de soi, la puissance du moi ne se désagrège pas, mais devient, cette fois, évidente. Cette expérience est, bien sûr, originale, elle est étonnamment banale pour des cherchants. C’est l’expérience de l’impossible pouvoir de statuer, à coup sûr, sur soi.

Alors, pour nous francs-maçons, un jalon symbolique, un de plus, peut nous aider. Je veux parler des fondements du vivant, les principes de vie, la base de notre éthique qu’il nous faut comprendre selon la Tradition.

On peut, ainsi, poser ces fondements en soulignant que tout être grandit en vertu d’un certain Ordre inférieur et qu’il contient en lui l’Ordre supérieur. « Tout ce qui est en haut est, alors, comme tout ce qui est en bas ». L’enseignement ancien d’Hermès Trismégiste est encore, décidément, très présent dans notre monde moderne et pourtant, souvent, trop souvent, la rencontre de ces deux ordres obscurcit irrémédiablement le point de leur rencontre. Elle permet, en revanche, que se détermine le centre où se forme l’autonomie du sujet, parce que ni l’un, ni l’autre de ces deux ordres ne peuvent être pleinement visibles de façon conjointe. La maçonnerie en admet le primordial avec son secret, quand, évidemment, on cherche à comprendre ce que secret maçonnique veut dire.

En fait, l’expérience maçonnique est un lieu où une telle situation de tension et de fusion est acceptée voire appréciée car elle est le lieu privilégié invitant l’homme à ne pas croire qu’il pourra accroître indéfiniment la connaissance qu’il peut se faire du monde et de lui-même. Elle implique alors qu’il apprenne à assumer sa part d’inconnaissable. C’est dans cette perspective de spiritualité active que nous pourrions, peut-être, comprendre comment des individus, parfois très positivistes par ailleurs ou encore des crypto-trotskistes, peuvent continuer à travailler dans des Temples, avec des tabliers et à être, comme le disait notre Frère Bruno Étienne : « des ânes qui portent des reliques sans en connaître leur valeur ».

À l’évidence, la connaissance que chacun a de soi en propre et dans son rapport à autrui peut se retrouver dans la métaphore de Janus ou de notre Rébis. Le premier visage traduit le regard que le sujet tourne vers le monde extérieur et le second vers le monde intérieur. Alors, nous devons nous poser la question de savoir comment ces deux visages tiennent ensemble. Ce « crampon », évidemment invisible, est constitué par les interactions qui relient les deux faces du sujet.

Cela signifie qu’à chaque instant de notre vie, nous ne pouvons pas ne pas avoir, en même temps, une posture égocentrique et une attitude ouverte, tournée vers l’autre. Et, pourtant, la confusion est grande parmi les francs-maçons quand ils parlent de la construction du temple extérieur qui n’est pas, à mon sens, l’amélioration de l’organisation de notre société grâce, bien entendu, à notre seule intelligence ou notre seule action. Pour moi, elle est la recherche, l’invention et la construction de nouvelles relations avec l’autre.

La symbolique du grade de maître éclaire cette dimension car elle construit l’homme, vrai et sincère, à partir d’un récit où certains de nos congénères compagnons auraient participé au meurtre d’un homme de position élevée, Hhiram, celui qui a su s’élever au-dessus de la multitude. Pourtant, c’est une scène classique de la vie sociale que l’on revit avec les ambitieux et les fanatiques habituels.

Cependant, au cours de ce récit tout change.

Dans les rituels traditionnels, le compagnon renaît dans l’esprit du maître. Cette situation est rendue possible car le sujet demeure lui-même quelle que soit la forme qu’il prenne ou le rang qu’il occupe dans la société. En étant lui-même, non plus le témoin, mais l’objet symbolique, il vit en lui-même l’état conjoint d’acteur et de sujet.

Cette véritable initiation, parce qu’elle autorise une véritable renaissance, tend à faire comprendre à l’impétrant, que, en passant maître, il est à la fois la partie et le tout, l’ensemble du monde vivant et lui-même, partie intégrante et unique de cet ensemble plus vaste et moins sécurisant. Il nous faut apprendre à vivre cette nouvelle vie avec tout ce qu’elle implique d’efforts pour exister, d’incertitudes à dominer, d’inconnaissables qu’il faudra bien assumer. Se justifie ainsi le caractère initiatique de l’expérience humaine, du chemin ouvert vers une maîtrise toujours imparfaite.

C’est pourtant la voie pour qui ose se regarder vivre, agir et comprendre, autant qu’il le peut (quanto omu pô). L’initiation aide à devenir lucide, certes, du fait même que l’on ne parviendra jamais à une claire vision du monde et de soi-même. L’important est, pourtant, d’être sur le chemin. Dès lors, on peut saisir que cet enchevêtrement d’enchevêtrements, entre soi et les autres, est l’enchevêtrement de toutes les origines.

Ainsi, le récipiendaire fait physiquement, j’insiste sur le terme de vécu physique, une expérience majeure pour sa vie comme pour son esprit, même si elle peut paraître, à certains, parfois, anachronique ou enfantine. Le maître nouveau comprend que nous pouvons nous permettre de décider si le possible de tous les possibles fait partie, dès notre naissance, de nous-mêmes.

Alors, pour que l’homme existe hors des dogmes et des rêveries solitaires puis, qu’il soit reconnu dans sa condition d’homme en jetant, enfin, au sol le masque rétréci des opinions publiques, la franc-maçonnerie dispose de ressources illimitées, autant que de degrés, de symboles et de légendes. Car les rites traditionnels permettent que le sujet demeure invariablement lui-même tout en se transformant. Le nouvel initié touche l’insaisissable instant où il réalise la transmutation suprême. A ce moment précis, les deux aspects majeurs de notre identité s’enchevêtrent. Nous sommes d’autant plus nous-mêmes qu’à la fois nous nous approfondissons en cherchant à nous voir vivre de plus haut sans adhérer à l’instantanéité de l’actualité et à la proximité du monde profane et, simultanément, nous nous reconnaissons comme n’étant pas fait d’un seul tenant, nous devenons peu à peu bicéphales. Alors, il nous faut, toujours et encore, reconstruire le Temple, notre Temple, et ce n’est pas à la quatrième tentative que nous réussirons.

Il est bien entendu que tout se passe dans notre système nerveux central qui perçoit et agit. Soit, on observe les faits comme lors d’une étude en laboratoire et on les manipule pour définir leurs lois, de manière extérieure et la recherche demeurera vaine. Soit des intuitions conscientes apparaissent à l’aide de notre méthode symbolique, et alors, nous trouvons des solutions à des problèmes que bien d’autres n’avaient pu résoudre. Il s’agit là de manifestations naturelles qui se créent dans notre tête à partir de l’expérience que celle-ci a enregistrée symboliquement. C’est la fonction essentielle de « préparation à tous les possibles possibles ».

Dans ces conditions, la matière consciente devient une actualisation progressive de sa capacité à homogénéiser car tout système vivant ne fonctionne que par attraction et répulsion. Il faut donc pour qu’un système humain existe et vive que ses éléments constitutifs s’attirent et se repoussent en même temps, car s’ils s’attirent seulement ou s’ils se repoussent seulement, il n’y a pas de vie consciente possibles.

Il faut encore et toujours une dynamique antagoniste.

Tout élément implique un élément antagoniste nécessaire et vital qui entraîne la potentialisation de l’autre, sinon l’un et l’autre s’éparpillent dans une diversification illimitée. Cette diversification extrême est le fait même de la maçonnerie de ce début du 21e siècle qui exclut plus qu’elle ne rassemble parce que chaque élément constituant croit détenir la vérité et ne cherche plus ainsi à potentialiser l’autre, à le faire exister. Dans cette maçonnerie d’exclusion, on comprend qu’il existe plus d’adhérents que d’adeptes. On sait bien le nombre de catastrophes que ce laboratoire mental politique a engendré. Staline, Trotski et Hitler en sont les plus dramatiques exemples, mais nous pouvons observer, aujourd’hui, les dégâts non-collatéraux dans les obédiences politico-syndicalo-philosophico-affairistes.

L’imaginaire est une arme aussi prodigieuse que redoutable si elle n’est pas structurée, ordonnée par une symbolique de création, une symbolique de réflexions éthiques, une symbolique que l’on vit dans une véritable Loge Maçonnique.

Alors, comment acquérir la sagesse, la paix et le bonheur sinon en éclairant la raison d’une expérience spirituelle qui replace l’initié dans un univers d’exemplarités ? Comment avancer sinon en retrouvant en nous le chemin qui conduit à notre centre et, par là-même, à l’autre ?

De tout temps, l’homme, guidé seulement par l’aspiration à sa perfection et par la fraternité qu’il offre aux autres, s’élève au-dessus du monde de la dualité et ainsi, se tourne, enfin, vers le monde de Lumière tant recherché, tant imaginé et surtout tant espéré.

Oh, je sais, nous serons montrés du doigt par des esprits brillamment étroits, nous serons, souvent, humiliés par des contradicteurs habiles, mais finalement médiocres, nous serons écrasés par la multitude, enfin en apparence ! Mais je sais, aussi, que l’initié doit se battre avec ardeur pour passer le pont qui relie les deux mondes, en toute liberté. Le monde profane, même s’il porte le tablier maçonnique, surtout s’il le porte, ne voudra jamais reconnaître l’existence d’un noyau essentiel au centre spirituel de l’homme. C’est soit la peur de se remettre en question soit la crainte de se découvrir ou encore la peur de l’autre !

Nous le savons, ici en Loge, que nous avons tous un profane en captivité en nous et qu’il nous faut toujours et sans cesse combattre, c’est cela le vrai sens de notre présence en Loge pour créer le pont d’harmonie entre les deux forces antagonistes.

La transformation est une transmutation résultant de la lutte entre les deux grandes forces dualistes qui découlent de l’au-delà et de l’en deçà de notre identité : au-delà du tréfonds, n’oublions pas qu’il y a l’écorce. Qui peut admettre qu’il lui manque une opposition dualiste pour que naisse l’unité autrement inaccessible ? Un initié par essence.

Passer par la porte étroite, traverser le pont, symbole du centre de fusion, construire l’Etre bicéphale, consiste à ne plus être l’esclave de l’homme biologique perverti, mais devenir libre d’adopter une pensée, un sentiment, des comportements spirituels et avoir, enfin, des convictions.

La franc-maçonnerie traditionnelle, symbolique et spirituelle est une des réponses, une des voies, mais sachons raison garder : celui qui avance sur la Voie Royale expérimente dans son cœur et dans sa vie la vérité que contiennent les rituels, les légendes et les symboles. L’uni-dualité est de l’ordre de la mémoire et de l’ordre de l’expression de cette mémoire afin que soit formé le regard de celui qui se souvient.

L’uni-dualité apparaît comme une seule chose. Elle agit comme deux parties ou plutôt deux moitiés, en égale correspondance de similitude, mais à des niveaux différents, dont la jonction aboutit à reconstituer un tout d’une portée et d’une signification supérieures.

La kabbale nous l’a appris. Cette « uni-dualité » est comparable à ce principe féminin (ishah, la femme) et un principe masculin (ïsh, l’homme) qui deviennent, par union intime, « un dans la chair ». On rappellera également le mythe de Narcisse, où l’image et le modèle se réunissent dans la mort à la dualité. Ces diverses « notions » sont incluses dans l’idée de « symbole ». Celui-ci, en effet, est quelque chose servant à représenter une autre réalité en vertu d’une correspondance réelle, et, non pas d’une convention arbitraire. Le symbole est ainsi conçu comme un « signe » pris pour évoquer, ou tenir lieu d’une réalité complexe d’un ordre différent et supérieur lorsqu’il s’agit d’un véritable « symbole ». Par ailleurs, dans le symbole se retrouvent les notions d’ajustement, de jointure, de jonction, de carrefour, de réunion, mais aussi de projection vers l’avenir, vers l’universel, vers l’homme que nous serons.

En somme, un symbole implique essentiellement un rapport, une proportion entre deux termes que l’on rapproche afin que l’un puisse servir à reconnaître l’autre. Un tel constat permet de « créer la mémoire » du Modèle de tous les modèles. Les procédés herméneutiques hébraïques, basés notamment sur les valeurs numériques des lettres et leur « symbolique » propre, par leur caractère sacré, n’ont d’autre justification que ces rapports de proportion d’un ordre à un autre ordre. En particulier, les mots de passe et les mots sacrés maçonniques sont des simulations, des réalités, auxquelles ils s’appliquent. Ils sont chargés de puissance et participent effectivement à la réalité des mystères.

Par là même, en cette « Mémoire » rappelée lors de chaque initiation dans un rite maçonnique traditionnel, se trouve le « Modèle », non seulement intellectuel, mais réellement spirituel. Cette mémoire et ce modèle nous font découvrir l’Homme tel qu’il est et tel qu’il peut devenir, s’il le désire.

L’homme, ce n’est un secret pour personne, et c’est une évidence pour nous, est agité, écartelé, au plan physique comme au plan spirituel, il est capable du meilleur comme du pire, imparfait et pourtant porteur des germes de la perfection.

Ce principe de vie qui est en lui, mais auquel il semble souvent comme étranger, est ainsi défini dans le prologue de l’Evangile selon St Jean : « dans le principe était le verbe » que nous préférons, sans doute, exprimer par « dans le principe était le rythme, la vibration, le principe d’harmonie ».

En nous, et pas seulement en potentialité, nous effectuerons la jonction réelle avec l’autre, par aimantation en quelque sorte, nous l’intégrerons en nous par les qualités propres de notre Feu-énergie, notre « Igne Natura Renovatur Integra » (I.N.R.I.) prend toute sa force vitale, sa sagesse créatrice, sa beauté tranquillisante. L’action de notre feu est, nous le savons bien, corrosive, destructrice et pourtant si constructrice car la recherche d’un état équilibré, fluidique et éthéré est permis par notre flamme qui semble flamboyer partout et pourtant, souvent, nulle part.

Il est possible de devenir Lumière, cette lumière rayonnante et qui n’aveugle pas, cette chaleur, réconfortante et qui ne brûle pas.

Pour cela, la tiédeur, avant tout, sera à chasser.

Le franc-maçon doit s’engager à fond dans tout ce qu’il entreprendra. L’action doit être le maître mot de ses œuvres, non une action irréfléchie et légère, mais le reflet de sa pensée. Il aura droit à l’erreur, mais il sait qu’il devra peser constamment le poids de ses actions et ses pensées, il les voudra positives et rayonnantes, soutenues par une volonté inébranlable de faire et de dire le bien, en toutes circonstances. Il évitera de se fixer, se remettant toujours en question, apprenant la discipline intérieure, ce qui le remettra perpétuellement à sa propre place par rapport aux autres et à l’Univers.

L’autre, voilà le principal aspect de la quête car notre démarche est Amour. Ce n’est que dans la double perception de lui-même et de l’autre, et de leur nécessaire jonction, qu’il cueillera les fruits de sa pratique rituelle. Il saura qu’il n’a rien à attendre en retour de quiconque. Il développera sans arrière-pensée et avec ferveur sa connaissance et le champ de sa conscience qui lui ouvrira les portes de l’Unité. Il participera réellement à l’œuvre commune de recréation du Temple cosmique, il rebâtira, sans cesse, le Temple de Salomon et ceci pour la quatrième fois, … au moins.

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